9 janvier 2026
SINIK MIZIK, le son du Nord-Ouest : trente ans d’un héritage musical haïtien
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SINIK MIZIK, le son du Nord-Ouest : trente ans d’un héritage musical haïtien

Par Jamesky Jeanty, Rèl Douvanjou

Port-de-Paix – Ils ont commencé modestement, dans les années 90, à l’ombre des palmiers de la fière cité de Cappoix Lamort. Trente ans plus tard, SINIK MIZIK s’impose comme un pilier de la culture musicale haïtienne du Nord-Ouest. Groupe à l’identité forte, formation en constante mutation, SINIK MIZIK porte aujourd’hui encore, envers et contre tout, le flambeau d’un compas engagé, populaire, et enraciné.

Une naissance dans l’élan du compas

Tout débute en 1993 sous le nom CASH CASH, formation locale animée par une jeunesse bouillonnante de créativité. Deux ans plus tard, le groupe change de nom : SINIK MIZIK voit officiellement le jour, sous la houlette de Djin Jean, originaire de Baudin, premier président du groupe. À ses côtés : Coicou et Fanès Tulmé – ce dernier quittera rapidement le navire pour rejoindre la formation rivale ALL STARS MUSIC MAGIC, menée par l’entrepreneur Sony Guillaume.

Le décollage du groupe se fait grâce au morceau “Feeling Bal”, produit et chanté par Papy Love, enfant de Saint-Louis du Nord. Ce premier succès place SINIK MIZIK sur les radars de la scène compas. Dans la foulée, le groupe sort son premier album : “Yo Sezi”, un opus de onze titres où le compas direct côtoie les sonorités de Zin et Lakòl, alors en vogue.

Une présidence mouvante, mais un cap maintenu

Le parcours de SINIK MIZIK est marqué par une succession de présidents et de promoteurs – cinq au total. Après Djin Jean et Michel, c’est Hanson Rémy, entrepreneur influent du Nord-Ouest, qui prend les rênes pour assurer la continuité. Puis vient Djin Frédéric, sous qui le groupe atteint un pic de notoriété nationale.

Mais c’est Sénèque Saint Rémy qui ouvre une nouvelle ère. Il installe le groupe à Port-au-Prince, recrute de nouveaux talents – dont David B – et assure une prestation remarquée au Festival de musique du Parc Canne à Sucre en 2008, notamment grâce à Master Luck, dont la voix évoque celle de Sean Paul.

Puis c’est le silence. Une longue pause qui laisse croire à une fin discrète. Mais c’était sans compter sur Henry Thomas, ancien fan devenu promoteur, qui relance la machine en 2022. À force de persévérance, il ramène SINIK MIZIK sur scène, motivé par un hommage personnel à Papy Love, figure fondatrice disparue, à qui il doit sa carrière et son parcours.

Une discographie solide et une mémoire vive

Outre “Yo Sezi”, SINIK MIZIK a enchaîné les titres qui ont marqué une génération : “Matinèt”, “Plezi tèt chaje”, “Rosy”, ou encore “My love”. Un second album, “DIFE”, était en préparation avant la mort de Papy Love, stoppant net le projet. Le morceau “Back into the game” reste l’un des témoins de cette époque avortée.

La tragédie aussi a jalonné le parcours du groupe. Entre 1998 et 1999, un accident sur la route nationale n°5, après un bal à Baudin, a blessé plusieurs membres. De cet événement sombre naît une chanson devenue culte : “Plezi tèt chaje”, dont le refrain résonne encore dans les mémoires.

Un nouveau souffle, une nouvelle équipe

Aujourd’hui, SINIK MIZIK se compose d’un ensemble solide de musiciens talentueux : Wilgam Thélusmé (batterie), Osny Gédeon (tambour), Wedson (Gongue), Athil Stevenson (Trombone), Lens (Saxophone), Fanest Joseph (claviers), Carson Guerrier et Sanon Widken (guitares), Syndie Denis et Johnny Joseph Kanzo (voix), pour ne citer qu’eux. À la direction, Alexis Wilkenson et Rodelin Dorvil assurent la coordination du groupe, qui cherche à recruter de nouveaux jeunes musiciens pour assurer la relève.

Un album est actuellement en chantier. Dix morceaux sont annoncés, deux seront testés en streaming. Mais les obstacles sont nombreux : manque d’infrastructures dans le Nord-Ouest, départ du chanteur principal pour un programme humanitaire américain, contraintes financières.

Le Nord-Ouest en ligne de mire

SINIK MIZIK n’est pas qu’un groupe. C’est un projet culturel. Un outil d’éducation populaire. Un ambassadeur du Nord-Ouest. Leurs chansons traitent d’amour, d’unité, d’identité, et sont interprétées en créole, français et anglais. À travers le compas, ils racontent Haïti. Et rappellent, contre vents et marées, que l’art peut changer des vies.

Trente ans après sa naissance, la question se pose : le Nord-Ouest peut-il enfin revendiquer sa place parmi les grands bastions de la musique haïtienne grâce à SINIK MIZIK ?
L’histoire, elle, est déjà en marche.

Rèldouvanjou

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