La bataille pour occuper des postes de l’État fait rage en Haïti. Ministères, directions générales, institutions publiques : chaque position devient un trône convoité, un espace de pouvoir à défendre bec et ongles. Celui qui détient un poste s’y agrippe avec une férocité sans égale, usant de toutes les stratégies possibles pour ne pas céder sa place. Celui qui est encore en dehors du cercle fait feu de tout bois, activant ses réseaux, multipliant les pressions, jouant des alliances pour espérer son tour au banquet du pouvoir.
Mais une question demeure : pourquoi veulent-ils tant ce job ? Pour servir la nation, réformer l’administration, améliorer les conditions de vie de la population ? Rien n’est moins sûr. Car pendant que ces luttes intestines font rage dans les couloirs du pouvoir, le pays sombre dans l’abîme.
Les gangs avancent sans résistance, quartier après quartier, imposant leur loi. La violence fait partie du quotidien des Haïtiens, qui vivent sous la menace constante des enlèvements, des assassinats et des incendies criminels. La misère progresse à un rythme exponentiel, rongeant les dernières poches de résilience d’une population déjà à genoux. Pourtant, dans les hautes sphères de l’État, la réaction est inexistante. Pas un sursaut, pas une prise de conscience.
Tout va bien, madame la marquise. Les responsables politiques continuent d’exhiber leur indifférence, préférant sabler le champagne plutôt que d’affronter la réalité. Ils ne voient pas – ou feignent d’ignorer – qu’ils sont assis sur les bords d’un volcan en pleine éruption. Ils ne réalisent pas que leur obstination à s’accrocher à leurs postes sans aucune vision, sans aucun souci du résultat, les précipitera dans l’abîme avec le reste du pays.
Alors, encore une fois, pourquoi veulent-ils ce job ? Pour servir ou pour se servir ? La question reste posée, mais les faits parlent d’eux-mêmes. Pendant que les ambitions personnelles prennent le pas sur l’intérêt collectif, Haïti continue de sombrer dans le chaos.
Elensky Fragelus

