Par Patrick Prézeau Stephenson
Port-au-Prince, Haïti —L’odeur âcre des débris en feu plane encore dans l’air alors que Georges marche parmi les ruines de son quartier de Solino, un endroit qu’il appelait autrefois chez lui. Sa maison, criblée de balles, et l’épave fumante de sa voiture témoignent silencieusement de la violence des gangs qui ravage une grande partie de la capitale haïtienne.« Je pensais que nous étions en sécurité, » confie Georges lors d’une réunion Zoom avec des partisans et des donateurs, sa voix tremblante.
« Mais la sécurité est une illusion ici maintenant. »Georges fait partie des centaines de milliers de déplacés internes (DI) en Haïti, contraints de fuir leur domicile alors que les gangs renforcent leur emprise sur les quartiers, transformant en quelques mois des communautés autrefois animées en zones de guerre. Son histoire incarne celle d’une nation au bord du gouffre, où la résilience n’est plus une option mais une nécessité.
Aujourd’hui, Georges et ses enfants trouvent un refuge temporaire grâce au leader communautaire Raymond, dans un abri de fortune, un complexe d’appartements appartenant au frère de Raymond et géré par Operasyon Men Nan Men (Opération Main dans la Main), une initiative locale qui soutient les déplacés. Alimentée par des dons d’un petit nombre de donateurs locaux et internationaux et par les efforts inlassables d’une douzaine de bénévoles, cette initiative est devenue un phare d’espoir pour ceux qui ont tout perdu.
Une Communauté en Crise
La crise sécuritaire en Haïti s’est dramatiquement aggravée ces derniers mois, la violence des gangs ayant déplacé plus de 700 000 personnes à l’échelle nationale, selon des organisations humanitaires. Dans certaines zones, les gangs agissent comme des autorités de facto, contrôlant l’accès aux services de base et imposant leurs propres lois brutales, notamment en attaquant et incendiant des écoles, des hôpitaux et même des églises.
Georges se souvient de la nuit où il a fui : « C’était le chaos. Ils sont venus la nuit, tirant partout. Nous avons fui avec seulement les vêtements que nous portions. »À Operasyon Men Nan Men, Georges et quelques autres commencent le travail ardu de reprendre leur vie en main.
Prendre Ses Responsabilités en Plein Chaos
Plutôt que d’attendre l’aide internationale ou une intervention du gouvernement, qui sont souvent perçues comme désespérément lentes, Georges et d’autres déplacés prennent les choses en main.Le groupe, avec le soutien de Operasyon Men Nan Men, a lancé l’idée d’un projet pilote pour établir des « communautés modèles » pour les familles déplacées. Ces communautés visent à offrir plus qu’un simple abri : elles proposent une chance de stabilité grâce à l’agriculture durable, des programmes éducatifs et des formations professionnelles.
L’objectif ultime est de relocaliser des individus et des familles volontaires hors de Port-au-Prince dans les provinces où des terrains ont été sécurisés.« Notre objectif n’est pas seulement de survivre, » explique Mireille, une organisatrice communautaire impliquée dans l’initiative. « Nous voulons prospérer. Nous voulons prouver que, même au milieu de ce chaos, les Haïtiens peuvent reconstruire. »
Une Lueur d’Espoir
Dans la première communauté modèle établie à Delmas, des familles plantent des arbres, nettoient les rues de leurs propres mains et assistent à des ateliers sur la création de petites entreprises. Georges, quant à lui, a trouvé un but en aidant à installer des panneaux solaires pour le nouvel abri.« Quand je travaille, j’ai l’impression de revivre, » dit-il. « Ce n’est pas seulement une question de fils à réparer. C’est aussi une question de réparer ce qui est cassé en moi. »Mais les défis sont immenses. Les gangs ciblent souvent les convois d’aide, et les ressources sont limitées. Les organisations internationales ont salué les communautés modèles comme innovantes mais avertissent que, sans une amélioration plus large de la sécurité, leur durabilité reste incertaine.
Étant située à moins d’un kilomètre du no-man’s land, la petite communauté mobilise tout le quartier en formant des brigades de vigilance pour se préparer à toute éventualité. Dans la nuit du 18 au 19 décembre, leur quartier a été attaqué pour la première fois par des hommes armés. « La police les a repoussés avec force. Ce n’est pas seulement la résistance armée qui compte. La résistance non armée est tout aussi importante, » déclare un leader dont le nom reste secret. « Je suis resté éveillé depuis 2 h 30 du matin pour organiser la résistance. »
Une Nation au Bord du Gouffre
Les crises politique et humanitaire en Haïti sont indissociables. Avec un gouvernement intérimaire peinant à affirmer son contrôle et des efforts internationaux, comme la mission de soutien à la sécurité dirigée par le Kenya, qui tardent à produire des résultats significatifs, l’avenir de la nation semble de plus en plus précaire.
Pour Georges, la solution ne réside pas dans l’attente d’un salut venant de l’étranger, mais dans une résilience portée par la communauté. « Si nous attendons qu’ils viennent nous sauver, nous mourrons en attendant, » dit-il.
Un Appel à l’Action
Operasyon Men Nan Men appelle les Haïtiens de la diaspora et les alliés internationaux à soutenir la création de davantage de communautés modèles, qu’ils considèrent comme une base pour reconstruire Haïti à partir de ses fondations.
Alors que Georges s’occupe de quelques cultures récemment plantées dans le jardin urbain du refuge à Delmas, il s’arrête et regarde ses enfants jouer à proximité. « J’ai tant perdu, » dit-il. « Mais nous sommes toujours là. Nous nous battons toujours. C’est ce que font les Haïtiens : se battre. »Dans un pays où le désespoir semble souvent accablant, Georges et ses compagnons déplacés prouvent que l’espoir peut encore germer, même dans le sol le plus aride.
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