22 janvier 2026
Haïti | Journalistes et bandits : gangs à micro et gangs à sapates
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Haïti | Journalistes et bandits : gangs à micro et gangs à sapates

par Elensky Fragelus

La société haïtienne est en proie à une décomposition profonde, où la corruption s’infiltre dans toutes ses strates, touchant aussi bien les dirigeants politiques que les forces de l’ordre. Désormais, même les journalistes, autrefois perçus comme les gardiens de la vérité et de l’intégrité, se retrouvent mêlés à des affaires criminelles, jetant une ombre sur l’ensemble de la profession.

En mars dernier, l’arrestation du journaliste Yvener Sylla Phanor a mis en lumière une réalité troublante : l’implication de certains membres de la presse dans des réseaux criminels. Accusé d’avoir des liens avec la coalition des gangs « Viv ansanm » et « 5 Segonn », Phanor a confirmé ses connexions avec des chefs de gangs lors des interrogatoires menés par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ). Ce rapport accablant, émis par le Bureau des Affaires Criminelles (BAC), a révélé une collaboration étroite entre le journaliste et ces organisations criminelles, laissant présager un réseau plus vaste.

Le rapport du BAC, détaillant ces révélations sur 27 pages, indique que des mandats d’arrêt devraient être émis contre d’autres journalistes, dont Matiado Vilmé, Stanley Jaccis, Yveson Jourinvil, « Machann zen Ayiti », et un certain Manno, tous suspectés d’implication dans des activités criminelles. Ces derniers ont été dénoncés par Phanor, qui semble avoir entretenu de bonnes relations avec plusieurs chefs de gangs.

L’affaire a pris une tournure encore plus dramatique le jeudi 15 août 2024, lorsque la Police Nationale d’Haïti (PNH) a appréhendé deux journalistes, Banatte Daniel et Richelson Cenejuste. Les deux hommes, arrêtés à bord d’une Toyota Land Cruiser blanche immatriculée SE-06202, ont été trouvés en possession d’un arsenal inquiétant : un fusil Ruger Carabine, deux pistolets, 15 cartouches, ainsi que des objets divers tels que 10250 gourdes, quatre blocs de chéquier et deux téléphones portables. Tous ces éléments ont été confisqués par la PNH, renforçant les soupçons sur leur implication dans des activités illégales.

Cette situation met en exergue un phénomène alarmant : la frontière de plus en plus floue entre journalistes et criminels en Haïti. Le journalisme, qui se doit d’être un pilier de la démocratie et de la justice, est ici entaché par des allégations de connivence avec des gangs. Il s’agit d’une trahison non seulement de la profession, mais aussi de la société haïtienne, qui dépend de l’information pour résister à la corruption et à l’injustice.

Cette affaire rappelle à quel point la crise que traverse Haïti est systémique, affectant toutes les institutions et professions, et montre la nécessité urgente de réformes profondes pour restaurer la confiance dans les médias et l’État de droit.

Elensky Fragelus

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