22 janvier 2026
Lettre ouverte aux dirigeants Edgard Leblanc Fils et Garry Conille
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Lettre ouverte aux dirigeants Edgard Leblanc Fils et Garry Conille

L’avocat haïtien, Me Jodel Coupet propose des politiques stratégiques pour l’éradication de l’insécurité en Haïti à l’attention des président et premier ministre de facto, en l’occurrence Messieurs Edgard Leblanc Fils et Garry Conille.

Boston, le 21 Aout 2024

Massachusetts,

Etats unis d’Amérique

Lettre ouverte à :

 Edgard Leblanc Fils, 

Président de la structure dénommée Conseil Présidentiel de Transition (CPT)

Et 

Garry Conille,

 Premier ministre de facto. 

Messieurs les président et premier ministre de facto ;

Je m’en voudrais de vous attribuer le titre de président et de premier ministre car ces qualité, grade et mérite sont réservés aux citoyennes et citoyens qui sont parvenus à ces fonctions par les voies et procédures légales et administratives reconnues par la constitution nationale. Cependant, en dépit du défaut de légalité et de légitimité que souffre votre élection/nomination, je suis forcé non sans réserve de vous reconnaitre votre statut d’officiels de facto, représentant le Pouvoir Exécutif de l’Etat haïtien en raison des circonstances politiques exceptionnelles qui vous ont fait respectivement président et premier ministre avec toutes les charges et responsabilités que cela implique.

Sous cette base, et en cette occasion difficile que traverse mon pays, mes devoirs citoyens me commandent de vous adresser cette présente pour d’une part, vous présenter mes préoccupations citoyennes et d’autres part, formuler des propositions de solution à la grave crise de l’insécurité en Haïti.

Messieurs les président et premier ministre de facto, depuis votre prise de fonction dans les circonstances connues de tous, il est évident de constater que les grandes préoccupations du peuple haïtien ne sont pas jusque-là prises en compte dans les débats et pourparlers engagés. Entre gratifications de postes et déclarations d’intention, le peuple haïtien subit le supplice de tantale par rapport à ses attentes liées à la crise de l’insécurité qui rend de plus en plus difficile l’existence de toute forme de vie sociale et humaine en Haïti.

Alors que la protection des vies et des biens est une responsabilité régalienne, c’est-à-dire qui relève de la responsabilité première de l’Etat, votre gouvernance accuse cependant un déficit de leadership et de capacite à décider et à mener des actions concrètes pour ramener l’autorité de l’Etat dans les “territoires perdus”. Le constat est que, les gangs armés n’ont pas l’air de s’inquiéter malgré l’installation de structures de gouvernance, l’annonce et l’arrivée de mission de forces multinationales. Comme de fait, ces bandits armés démontrent leur puissance à chaque territoire conquis et commissariat de police investi. Ils imposent leurs lois et leurs pouvoirs. L’autorité de l’Etat est de ce fait de plus en plus bannie. La population haïtienne est définitivement abandonnée et livrée en pâture à ces criminels qui incendient, kidnappent, tuent, volent et violent. 

Messieurs les président et premier ministre de facto, ce à quoi on assiste aujourd’hui en Haïti ne relève pas d’un simple banditisme social. Car lorsqu’on a affaire à des individus armés, bien équipés et tactiquement mieux organisés que les forces publiques d’un pays, qui s’en prennent aux populations civiles et établissements publics stratégiques comme les commissariats de police et aéroports, cela s’appelle terrorisme selon la définition donnée à l’article 3 de la résolution 1566 (2004) du Conseil de sécurité des Nations unies. En de pareille circonstance, Il n’y pas de demi-mesure dans les décisions à prendre pour rétablir l’autorité de l’Etat et l’état de droit dans le pays.

La vérité simple qui relève de toute logique banale qu’il faut déduire de de la réalité effroyable relative aux graves violences des gangs en Haïti, c’est que ces individus sales et en haillons des bidonvilles crasseux qui exhibent des armes en leur possession ne sauraient être à eux-seuls le nœud gordien de la crise de l’insécurité en Haïti. Nous devons alors retrouver chaque pièce du puzzle pour le constituer. C’est-à-dire nous devons pousser nos interrogations sur les tenants et aboutissants de ce projet macabre de la destruction du peuple haïtien mis en œuvre à travers cette forme impitoyable et inhumaine de l’insécurité en Haïti.

 Les bonnes réponses à la crise de l’insécurité en Haïti ne peuvent que suivent les bonnes questions qui fâchent auxquelles trop souvent on détourne le regard dans une forme de passivité comme celle de votre gouvernance qui frise l’indifférence aux souffrances du peuple haïtien et complicité au mal. Les questions dont s’agit peuvent être formulées dans les formes que voici :

A) D’où proviennent les armes, munitions et équipements militaires que possèdent les bandits ?

B) Comment ces armes, munitions et équipements militaires sont-ils parvenus directement aux mains des bandits dans les bidonvilles ?

C) Qui sont ceux-là qui agissent dans l’ombre de ce plan macabre contre le peuple haïtien ?

D) Pourquoi malgré certains noms d’individus listé dans des sanctions émises par des nations étrangères dont le Canada et les Etats unis depuis en 2022 et en 2024 indexant notamment un ancien président de la République, des Nations unies en 2023, pour leur implication dans des traffics de drogue, leur soutien financier et opérationnel illicite à des gangs armés pourtant pas un seul de ces individus n’a été invité à s’expliquer par devant la Justice ?

Messieurs les président et premier ministre de facto, il ne s’agit pas ici de politique, mais de la gestion responsable d’un pays, c’est-à-dire la prise en charge de la vie et de l’avenir de 12 millions d’âmes prises en otage dans leur propre pays par des criminels. La crise de l’insécurité qu’on a en Haïti n’est pas une affaire de bandits des rues qui pourrait être traitée par de simples opérations policières dans les bidonvilles. Cette situation requiert de votre part le sens de responsabilité dans la mise en place de mesures et décisions particulièrement courageuses, osées, drastiques, mais patriotiques et nationales.

Alors, considérant le développement ramifié et le caractère complexe de la crise de l’insécurité en Haïti, il s’impose alors à votre administration l’adoption des mesures et décisions que voici :

1)Par action judiciaire conservatoire en bonne et due forme, qu’il soit décidé :

  • le gel des avoirs et l’interdiction de quitter le pays de tous ceux dont les noms à tort ou à raison sont cités dans des activités criminelles liées aux traffics de drogue et d’armes en Haïti ; 
  • la mise en action des avis de recherches via les réseaux de Interpole contre tous ceux qui sont  impliqués dans de telles  activités criminelles se retrouvant en pays étranger pour avoir leur  transfert vers Haïti en perspective de poursuites judiciaires à conduire contre eux ;

2) Par décision administrative et nécessaire, qu’il soit conduit une opération de vetting en profondeur dans les intuitions publiques suivantes :

a) Au niveau de la Police Nationale d’Haïti (PNH)

Ce vetting sera conduit dans toute l’ensemble de l’institution policière, c’est-à-dire au niveau du haut commandement que dans le corps de la police, puis décider des mesures conservatoires contre tous ceux sur qui pèse des suspicions de connivence avec les gangs, sous réserves des actions judiciaires 

 b) Au niveau de l’Administration Générale des Douanes

  Un vetting en profondeur au niveau de l’Administrations Générale des Douanes consistera à :

  • Retracer le parcours des opérations d’import et d’export passées et actuelles via les frontières, ports et aéroports en vue de remonter au parcours illégal des armes et munitions dans le pays ; 
  •  Suspendre provisoirement jusqu’à nouvel ordre toutes les franchises douanières émises a toutes institutions étrangères et nationales pour évaluation, exception sera faite pour les institutions intervenant dans le secteur de la santé ;
  • Révoquer les franchises douanières d’institutions ayant fait l’objet de scandale dans des activités criminelles de Traffic d’armes ; 
  • Procéder à la prise de corps contre tous ceux dont leurs noms sont associés à de mauvaises opérations douanières ayant facilité l’entrée sur le sol national des armes et munitions puis émission d’avis de recherches contre tous ceux en cavale au pays et/ou en pays étranger.

c) Au niveau des banques :

Toutes les banques opérant sur le territoire national sont tenues de communiquer aux autorités judicaires les relevés de transactions de tout compte appartenant à tout individu dont le montant dépasse Cinq milles dollars us ($7000 us), et Un million de gourdes (1000000 Gdes) que les propriétaires de comptes avec de tels montants sont tenus de justifier la provenance du montant, la nature et le but des transactions.

3) Par décision de votre administration, qu’il soit décidé le contrôle des services des télécommunications de la manière suivante :

 Via les réseaux de CONATEL, et dans la coopération avec les opérateurs de téléphonie :

  • qu’il soit désormais interdit les transactions d’achat et de vente à  volonté  de carte Sim ;
  • que tout individu utilisant les services de téléphonie mobile ou fixe soit régulièrement enregistré dans les bases de données des opérateurs ; 
  • que ceux-ci (les opérateurs) soient en mesure de communiquer les relevés d’appels émis ou rentrant sur le territoire national  afin qu’ils puissent être retracés au besoin,sous demande de  la Police et/ou de la  Justice.

4) Par décision de votre administration, qu’il soit déclaré l’état de siège dans les zones métropolitaines pour le rétablissement de l’ordre étatique dans « les territoires perdus ». Cela suppose les mesures suivantes :

  • le déploiement des forces publiques (la Police et l’Armée) ;
  • l’identification de matricule de tous véhicules généralement quelconque, sans distinction aucune ;
  • l’identification de tous individus en circulation. Cela suppose aussi l’obligation pour tout citoyen non natif d’une commune voyageant (entrant ou sortant) à travers ladite commune de se faire enregistrer à la mairie en déclinant les motifs justifiant sa présence dans la zone ;  
  • l’interdiction aux véhicules des services de l’Etat de circuler après les heures de fermetures des bureaux de l’Etat ;
  • la fouille systématique de tous véhicules (véhicules diplomatiques et consulaires exceptés, toutefois les représentations des corps diplomatiques et consulaires sont encouragées à communiquer aux autorités policières les informations générales sur leur flotte de véhicules, l’agenda de circulation de chaque véhicule)

5) Par décision de votre administration, qu’il soit émis des avis de recherche contre tous les évadés de prison depuis les attaques contre les prisons civiles de Port-au-Prince et de Croix-des-Bouquets depuis le 26 mars 2024 dernier, en même temps la publication de la liste de ces évadés à la presse.

Dans la foulée, votre administration jugera nécessaire de rediscuter la mission des forces multinationales en Haïti auprès des Nations unies en vue d’une meilleure formule d’intervention qui tiendra compte des spécificités d’ordre institutionnel, sociologique, culturel et géospatial qui constituent des éléments non négligeables dans la conception d’une mission d’intervention en Haïti.

Messieurs les président et premier ministre  de facto, je n’ai pas  la prétention de mieux  vous conseiller sur la crise  de l’insécurité en Haïti en vous formulant ces  politiques d’action, expressions de mes préoccupations face à l’aggravation des violences des gangs dans mon pays toutefois, elles peuvent servir à un certain niveau de source d’inspiration pour  la conception de meilleures approches stratégiques pour l’éradication dans ses profondeurs de cette forme infernale de l’insécurité en Haïti. 

  Patriotiquement vôtre 

                                                                                                                                                   Me Jodel Coupet

                                                                                                                                                                    Avocat

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