17 juin 2024
L’UNESCO appelle à mettre en œuvre une éducation basée sur la langue maternelle
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L’UNESCO appelle à mettre en œuvre une éducation basée sur la langue maternelle

A l’occasion de la Journée internationale de la langue maternelle, célébrée le 21 février, l’UNESCO a appelé mardi les pays à mener une politique d’éducation multilingue, préconisant que les enfants reçoivent un enseignement dans leur langue maternelle dès les premières années de scolarité, pouvant être combiné avec la langue officielle d’enseignement.

Cette approche, connue sous le nom d’éducation multilingue, permettrait à la fois de préserver la diversité linguistique tout en aidant les enfants à apprendre.

« Pour aider à combattre la crise mondiale actuelle de l’apprentissage, tout en préservant la diversité linguistique qui est un élément culturel essentiel, l’UNESCO, l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture, encourage les gouvernements à mettre en œuvre une éducation multilingue basée sur la langue maternelle dès les premières années de scolarité », a déclaré Audrey Azoulay, la Directrice générale de l’UNESCO à l’occasion de la Journée.

« Nous savons que cela fonctionne. Il existe des preuves empiriques qui confirment que cela aide les enfants à apprendre », a affirmé la cheffe de l’UNESCO.

30% plus de chances de savoir lire

La Base de données mondiale sur les inégalités dans l’éducation de l’UNESCO montre que, globalement, les enfants qui reçoivent un enseignement dans une langue qu’ils parlent à la maison ont 30 % plus de chances de savoir lire à la fin de l’école primaire que ceux qui ne parlent pas la langue d’enseignement.

Les données montrent également que l’enseignement dans la première langue ou dans la langue maternelle améliore les compétences sociales des enfants, dans la langue maternelle, dans la deuxième langue mais aussi dans les autres matières, telles les mathématiques.

« Si vous n’enseignez pas dans la langue maternelle de l’enfant, l’enfant doit d’abord apprendre la langue d’instruction avant de pouvoir développer ses compétences d’apprentissage plus large », a expliqué Patrick Montjounides, leader technique du rapport Plein feu sur les apprentissages en Afrique de l’UNESCO, lors d’un entretien à ONU Info à l’occasion de la Journée.

De plus, selon l’expert en éducation multilingue, l’apprentissage dans une langue autre que la langue maternelle recourt à  des mécanismes différents, même parfois dans la manière d’ exprimer les chiffres.

« Vous avez l’exemple au Niger où la manière de dire « 80 » va être différente en français que dans les langues locales. En français, on dira 4 fois 20, alors que dans la langue locale ce sera 8 fois 10 », explique M. Montjounides.

« Donc vous avez un nombre de clés de codage que l’enfant doit changer dès les premières années parce qu’il n’apprend plus dans la langue maternelle qu’il a parlée jusqu’à son entrée au primaire, mais il apprend une langue qui est au final une nouvelle langue pour lui », a-t-il précisé.

Des élèves en classe à Kaya, au Burkina Faso.

© UNICEF/Vincent Tremeau Des élèves en classe à Kaya, au Burkina Faso.

Soutenir l’Afrique, le continent qui présente la plus grande diversité linguistique

L’UNESCO appelle particulièrement la communauté internationale à soutenir les États africains dans leurs actions pour développer l’apprentissage multilingue.

« En Afrique, seul 1 enfant sur 5 reçoit un enseignement dans sa langue maternelle », alors que « le continent possède la plus grande diversité linguistique au monde », souligne l’UNESCO s’appuyant sur son nouveau rapport intitulé « Né pour apprendre ».

L’organisation affirme que cette situation est défavorable aux résultats d’apprentissage dans cette région, « où seul un élève sur cinq maîtrise les bases de la lecture, de l’écriture et des mathématiques, même après avoir terminé l’école primaire ».

Des défis surmontables

L’éducation multilingue pose toutefois des défis allant de la formation des enseignants à la création des matériaux en langues locales ou bilingues, notamment dans les pays qui disposent de centaines de langues locales à l’instar du Cameroun ou de la République démocratique du Congo.

« L’un des problèmes principaux c’est de voir comment l’on peut former les enseignants – qui ne parlent pas forcément toutes les langues locales même de leur région – à dispenser un enseignement dans toutes ces langues et petit à petit, les faire converger vers l’apprentissage d’une langue d’instruction principale », a signalé M. Montjounides.

Il souligne néanmoins qu’il y a des façons d’être efficace pour accroître l’enseignement bilingue.

« Si on ciblait 3% des langues qui ont plus de 250.000 locuteurs sur le continent africain, ça nous permettrait d’atteindre aux alentours de 85.000 enfants, donc c’est la moitié des enfants qui sont en âge d’aller au primaire », a ajouté l’expert de l’UNESCO.

Enfants déplacés à Cabo Delgado, Mozambique.

© UNICEF/Daniel Timme Enfants déplacés à Cabo Delgado, Mozambique.

L’exemple avéré du Mozambique

L’UNESCO souligne le succès du Mozambique, qui a récemment étendu l’éducation bilingue à 25% des écoles grâce à un nouveau programme de formation des enseignants.

Dans ce pays lusophone, le portugais n’est parlé que par environ 50% de la population et en milieu rural, seulement 1% de la population a le portugais comme langue maternelle, alors que 85% de la population qui a pour langue maternelle une langue appartenant à la famille des langues Bantu, comme le swahili, le sénat ou le tsonga, a souligné M. Montjounides.

« Le pays a récemment renforcé sa politique d’enseignement bilingue en langue maternelle et en portugais, avec des programmes de formation des enseignants et le développement de livres et manuels enseignants en langue locale et pour l’enseignement bilingue », a expliqué l’expert.

« Après seulement une année de mise en œuvre, les données préliminaires indiquent que les élèves qui suivent leur scolarité dans ce système ont des résultats d’apprentissage sur l’ensemble des matières qui sont en moyenne de 15% plus élevées que ceux de leur pairs qui étudient dans le système monolingue », s’est-il félicité.

Pour que ce succès s’étende à l’ensemble du continent, la communauté internationale doit mobiliser davantage de fonds pour que les pays africains investissent dans ce domaine.

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