Haïti : Le visa et la fuite des cerveaux

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À la discrétion des diplomates pour faciliter la mobilité sociale par le biais des échanges culturels et économiques avec des nations partenaires, le visa est administré selon des politiques démographiques implicites et explicites. Par la vertu de ce papier, l’extension du tourisme a atteint son paroxysme. C’est une illusion de croire que les pays en développement en sont les véritables bénéficiaires. A contrario, le visa élargit l’assiette économique et le réseau du « Think Tank » des sociétés industrialisées à travers le « Brain Drain » agressif qu’il occasionne en leur faveur.

Vendredi 29 juillet 2022 ((rezonodwes.com))–

Si une panoplie de récipiendaires du visa sont restés dans l’anonymat après cinq ans ou une décennie sous un autre ciel « clément », on y recense une niche d’immigrants qui rehaussent l’image de ces pays bourrés d’immigrants. Dans les sphères académiques, artistiques et culturels, un créneau d’Haïtiens ont octroyé des crédits substantiels au Canada et aux États-Unis en y contribuant à décrocher des titres qui embellissent leur image.

À juste titre, des critiques croient dur comme fer que le natif de Petit-Goave, Dany Laferrière, n’aurait pas été accueilli à l’Académie Française sans l’acquisition de la nationalité canadienne. Non plus, la sommité scientifique Samuel Pierre n’aurait jamais décroché autant de titres prestigieux en dehors d’un frottement avec l’élite scientifique que le Canada lui facilite de nourrir. D’ailleurs si elles devaient résider à leur pays de naissance, de telles personnalités auraient côtoyé les escadrons de la mort au quotidien. Probablement, elles auraient connu un lynchage à domicile. Nous ne saurions oublier le sort lamentable du bâtonnier Monferrier Dorval.

Le jeu gagnant-gagnant

C’est déjà un résultat jouissif qu’une citoyenneté additionnelle permette à un être humain de réaliser son plein potentiel. Par contre, l’échange démographique se révèlerait gagnant-gagnant si des politiques de fuite inversée du cerveau étaient mises en œuvre au profit du pays d’origine. Celle-ci n’implique pas forcément un retour permanent ou des initiatives à entreprendre en présentiel. Tout en promouvant un cadre social attractif pour fidéliser le capital humain dans le long terme, la dialectique encourage des interactions virtuelles à soutenir par des projets viables. L’université, l’Administration publique, le corps législatif et judiciaire auraient pu s’embaumer de la présence de professionnels et d’experts Haïtiens qui ont fait leur preuve en des arènes internationales.

Des échanges temporaires et permanents mobilisant des scientifiques Haïtiens à l’instar du projet Balik des Philippines auraient contribué à tirer vers le haut le niveau académique et professionnel des universités et des institutions publiques. L’Unesco évoque l’expérience indienne dans le domaine des TICs dans les échanges de cerveaux que l’institution internationale juge profitable aux pays d’origine et aux pays destinataires. De nouvelles visions peuvent se développer en appuyant sur ces expériences réussies.

Il faudrait des mesures au niveau international qui accordent des incitations aux élites expatriées de circuler ou de s’intégrer en vue de partager leurs compétences en des domaines divers. C’est une avenue à explorer par les traités internationaux pour construire un nouveau paradigme de coopération. Si les conventions internationales visent effectivement à œuvrer à propulser les pays du Sud vers des trajectoires florissantes pour se converger vers ceux du Nord, elles devraient se convaincre de la portée axiale du capital humain au sein des institutions clés. Combinez le partage des ressources matérielles et financières avec une compétence locale consciente du bien-être collectif, je vous garantis que les résultats deviendront soutenables.

Le visa a sauvé l’Europe et l’Amérique

Le visa participe de la réponse stratégique au vieillissement démographique des pays du Nord. N’était l’octroi du visa nourri par des politiques de migration sélective, des populations vieillissantes du Nord auraient tout bonnement disparu. On y recenserait dans cette archive historique des nations effacées de la carte mondiale. Le Canada, les États-Unis et de nombreux pays de l’Europe en perte de leur progéniture pure laine feraient tout simplement l’objet de vestige du passé.

Un demi-siècle en arrière, la fuite de cerveau savait alimenter les espaces prestigieux de certains cieux jugés cléments, particulièrement le Canada et les États-Unis. Une pléiade des descendants de Toussaint et Dessalines ont échappé à la dictature sanglante des Duvalier pour offrir leur savoir et savoir-faire à l’étranger. Aujourd’hui, Haïti expérimente une nouvelle version de fuite massive de cerveaux. Vers le Chili, le Brésil, le Panama, la République Dominicaine ; la destination désordonnée a changé de coordonnées géospatiales. 

Les récents scandales des habitants en sandales débarqués au Mexique dans la perspective de traverser le Pont du Texas suivi des déportations humiliantes sont un témoignage flagrant des frustrations des compatriotes aux espaces latino-américains. Les Haïtiens sont l’objet de trois types de préjudice en Amérique latine : xénophobie,  aporophobie et la discrimination linguistique. C’était un vrai mensonge quand des rapports naïfs véhiculaient que nos compatriotes menaient une vie heureuse au Chili et au Brésil. Archi-faux !

Le visa assure la dynamique des flux migratoires entrants et sortants entre des individus et des marchandises. Il paraît évident que les ouvertures et mélanges de races et de classes profitent davantage au Nord qu’au Sud. « Il n’y a de richesse que d’hommes et de femmes ». Par exemple, c’est à travers les approches « open-minded » que les États-Unis se démarquent dans le septième art qui leur rapporte des profits gigantesques.  Braquant le projecteur sur l’origine des célèbres artistes et acteurs du cinéma, on y perçoit un melting-pot. Africains, Européens, Américains, Asiatiques, un mélange exquis de Noirs, Jaunes et Blancs pour emmener les admirateurs des beaux-arts au septième ciel.

Le billet de sauvetage du talent latent

À maintes reprises, courent les rues des scandales de mazettes substitués aux vrais athlètes lors des invitations aux tournois sportifs internationaux. Des cousins, des coquins, des « marins » à la place de professionnels pour « suivre » des formations à l’étranger ; dans un racket destructeur, le passeport officiel peut être octroyé aux plus offrants. Les actes de déloyauté des directeurs et ministres racketeurs sont déshabillés quand, au cours des formations, des sièges entièrement payés sont restés vacants.

Quant à de nombreux évènements sportifs, c’est souvent au vestiaire que l’on constate que des joueurs ont répondu aux abonnés absents. Jean est descendu de l’avion, sorti de l’Immigration ; mais a pris une direction inverse éloignée de l’épicentre de la compétition. Cette pratique « ignoble » est vielle de plusieurs décennies, particulièrement dans les périodes de l’octroi de visas de courtes durées même à des grenadiers, par exemple. Aujourd’hui, ce vice s’érige en règle, sans le moindre gène. Même des cadres de la PNH en mission de formation spécialisée se sont fait héberger par des amis afin de fuir l’insécurité galopante. Qui n’a pas peur de Lanmò ?

Priver les jeunes talentueux des pays du Sud en effervescence de prendre part à des compétitions internationales serait-il une approche correcte pour dissuader les fuites ? Absolument pas.  Les pays partenaires sont plutôt conviés à faciliter la libre circulation des jeunes, quitte à les contrôler par le système de sécurité nationale qui détient d’ailleurs des informations et des moyens efficaces.

Comprenez bien que les torts diplomatiques et psychologiques causés au pays et aux talents à peine éclos sont de taille. Un consulat ne devrait jamais refuser l’entrée à des enfants de fouler le sol d’un pays qui les attend pour une compétition. C’est tuer le talent à son stade embryonnaire. La gifle est terrible.  On ne cause pas des préjudices à des enfants, à des jeunes qui ont fait choix de vaincre la délinquance pour plutôt exhiber leur talent sportif. Shame on You, USA !

Recours à la magie

N’est-ce pas que même l’église nourrit cette hérésie du « visa salvateur » en des jeûnes payants où l’intéressé doit déposer son passeport couvert de liasses de billets verts ou de multiples coupures à l’effigie de Christophe afin d’exaucer ses prières d’invocation. Sur un angle de dévotion rivale, il faut croire que les noms anonymes de consuls interviewers seraient étalés sous les autels des péristyles mystiques pour les hypnotiser en des décisions biaisées satisfaisant le fantasme du visa. Sésame, ouvre-toi !

L’exorcisme se rentabilise de plus en plus en raison de la montée spectaculaire de la demande de visas. Hier, c’était pour se réfugier sous la Feuille d’Erable, à l’Hexagone ou sous les ailes de l’Aigle afin d’échapper à la dictature anthropophage. Aujourd’hui, exception n’est faite sur les destinations géographiques. Le réflexe salutaire consisterait à quitter la barque en péril titanesque à brûle-pourpoint. La joie indicible que charrie l’obtention de cette pièce « salvatrice » individuellement mais « exterminatrice » collectivement serait équivalente à un miracle de guérison d’un sourd ou d’un aveugle.

Par les lois du marché qui se foutent de la moralité mais plutôt guidées par la rationalité, il s’ensuit des connivences entre ambassades et officiels sans scrupules pour accorder des visas dans la concupiscence. Tous les mauvais coups dépravés seraient admis pour en faire des pactoles. Les enchères via des rackets, des neuvaines, des services syncrétiques et des cérémonies fantasmagoriques sont surenchéries par la force de l’insécurité grandiloquente qu’il faudrait fuir à la première occasion.

Les hostilités sont surchauffées entre faux-hougans, pasteurs imposteurs et factices prophètes pour remporter la cagnotte dans l’ignorance et la fidélité des âmes infidèles qui se confient à toutes sortes d’holocauste.  « Donnez-moi un visa et je vous livre un carreau de terre ». Je couperai sept têtes de bétail pour plaire votre gourmandise. Mèt Agwe, Bawon Sanmdi, Ougou Feray, Èzili, …, tous les faux-dieux sont invoqués. Personne ne sait si ces forces invisibles ont le pouvoir de traverser les vitres pour « desounen » les consuls dans leurs prises de décision. Espérons un jour que l’anthropologie pourra y apporter des éclaircissements.

La riscophilie

Il y aurait des familles qui offrent absolument tous leurs billets et centimes dans des calebasses au vèvè aéroplane pour optimiser le succès de leurs progénitures dans les requêtes du papier les habilitant à se déguerpir de cet espace de 27 750 km carrés devenu pestilentiel. Le « First-Best » étant l’atterrissage sous le ciel cinquante fois étoilé ; même après leur exil aux Amériques latines, une palanquée de compatriotes nomades affrontent tous les dangers pour se diriger vers les USA.

Ils ont transité à plus de cinq pays, bravé des forêts sauvages, vaincu le chaud, le froid et le tiède. Ils/elles ont été violés, dépouillés par des flibustiers dont des policiers corrompus qui croisent leurs chemins. La majorité a finalement pu s’immobiliser sous le Pont de Del Rio du Texas dans l’expectative de traverser la frontière Mexique et USA. Malheureusement, quelques fugitifs des conditions de vie inhumaine installées par le PHTK et le Core-Group n’ont pas survécu. Des animaux de la jungle en ont fait leur proie. Après avoir séjourné quelques jours sous le pont mexicain, des femmes, des hommes et des enfants ont été bestialement fouettés puis déportés en des cargos, comme des « congos » sinon des « zenglendos ». Aucun geste « démocrate » pour eux ; car ils ne sont pas Ukrainiens !

Quand fait échec l’invocation de la bénédiction consulaire pour l’obtention d’un visa pour le Canada, l’Europe ou l’Amérique latine, le jeune désespéré emprunte le sentier de la déraison. Pour nos belles créoles déstabilisées, soit qu’elles tentent de s’enfuir via des « bois fouillés », sinon elles agissent aveuglément en consommant tout déchet toxique pour augmenter leur capital fessier. Désespoir.

Les jeunes sont pris dans le piège du règne délabré d’un krèy, d’un makrèl dans un mouvement bordel « Ouvè le kò » pour braquer les yeux épicuriens sur leur ventre et leur bas-ventre. Nos belles femmes déboîtées s’en foutent des conséquences de long terme des produits acidulés conçus pour des animaux.

Compétition effrénée dans le « back-chat », elles se vouent à la consommation de produits dédiés aux chats dans la perspective de grandir « leurs chattes ». Serait-il le sort regrettable que l’Ambassade Américaine souhaiterait à nos fillettes de moins de quinze ans qui ont opté de consentir des sacrifices pour construire leur avenir dans la décence ? Comment osez-vous jeter à la poubelle les sacrifices de ces enfants qui rêvent d’exposer leurs talents à la place de leur corps innocent ? Par la rancune étrangère, Haïti se meurt, le pays est tombé sur la tête. Merci Biden !

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com

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