13 juillet 2024
Haïti a désormais une faculté de Sage-Femme : Portrait de sa première Doyenne
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Haïti a désormais une faculté de Sage-Femme : Portrait de sa première Doyenne

L’institut National Supérieur de Formation de Sage-femme (INSFSF) devient une Faculté d’État : Portrait de sa première Doyenne

Nadège Daudier est la première Doyenne de la Faculté de Sage-Femme. Cette faculté d’État détient un programme de formation délocalisé aux trois sites répartis dans l’Ouest, le Nord et le Sud.

Nommée officiellement le 23 novembre 2021, elle dirige un conseil composé de 8 Sages-Femmes formatrices : une Vice-doyenne à la recherche, une Vice-doyenne aux affaires académiques, 3 Chefs de départements à la recherche et 3 Chefs de départements aux affaires académiques.

Le pôle de Port-au-Prince est déjà fonctionnel depuis plusieurs années. Celui du Nord devait être inauguré le 27 Octobre 2021, à Limonade, par le Ministre de la Santé Publique et de la Population et le Recteur de l’Université d’Etat, Fritz Deshommes, en présence du Représentant de l’UNFPA en Haïti et du nouvel Ambassadeur du Canada, Sébastien Carrière. Le pôle du Sud, endommagé par le séisme du 14 Août 2021, est en train d’être réhabilité pour recevoir de nouveaux étudiants.

Expérience de travail qualifié

Âgée de 44 ans, Daudier se base sur son expérience et celle des membres de la Commission gouvernante pour mener à bien sa mission. À l’Institut National Supérieur de Formation de Sage-femme (INSFSF), elle a encadré pas moins de 6 promotions d’étudiant-e-s de sages-femmes. 

Elle adore travailler dans les régions reculées du pays avec ceux qui n’ont pas de grands moyens économiques. Elle a grandi dans une petite localité appelée Moreau et située non loin de Camp-Perrin, dans le département du Sud.

Après ses études primaires à Camp-Perrin et ses études secondaires à Port-au-Prince, Daudier a bouclé successivement des études à l’École Nationale des Infirmières de Port-au-Prince (ENIP) et à l’École Nationale de l’Institut Supérieur de Formation des Sages-femmes.

Daudier a bénéficié de formations à l’étranger, notamment en Martinique, au Japon et en France. Celles-ci lui ont permis de répondre à ses multiples responsabilités dans la formation des sages-femmes. 

Quid des responsabilités ?

Au-delà des questions liées à la gestion de la Faculté, la Doyenne voit pour l’équipe gouvernante des responsabilités énormes. Celles-ci concernent, entre autres, selon elle :

  • La mise en œuvre du curriculum de formation en vue de former des professionnels hautement compétents.
  • La promotion de la profession de sagefemme à travers le pays.
  • La valorisation de la pratique Sagefemme pour aider à améliorer les indicateurs de santé reproductive en Haïti, y compris le taux de mortalité maternelle qui reste le plus élevé de tous les pays de l’Amérique.

L’INSFSF intègre l’UEH

D’une durée initiale de 3 ans, le Curriculum de formation de l’Institut National Supérieur de Formation de Sage-Femme(INSFSF) a été révisé et est passé à 4 ans, l’habilitant, suite à une réforme institutionnelle, à intégrer, en tant que Faculté de Sage-femme, l’Université d’État d’Haïti (UEH), confirme la Doyenne.

Daudier précise que les différents niveaux de responsabilité ont été mis en place pour le bon fonctionnement de la Faculté de Sage-femme. « L’équipe de gouvernance a participé à des formations (renforcement des capacités en gestion) ainsi que le personnel », souligne-t-elle. Le personnel sage-femme enseignant a été recruté et des sessions de formations de formateurs ont été organisées », ajoute-t-elle.

Les 9 Sages-femmes de l’équipe gouvernante travailleront dans l’Ouest, le Sud et le Nord. 

À l’Hôpital Universitaire de la Paix et l’Aide Médicale Internationale

Daudier a commencé son expérience professionnelle à l’Hôpital Universitaire de la Paix (HUP) où, comme sage-femme du bloc santé reproductive, elle s’occupait de la consultation prénatale, de la vaccination des femmes, de la planification familiale, de l’accouchement et du post-partum, de la consultation post-natale pour la mère et le nouveau-né, des séances d’éducation et de sensibilisation pour les femmes et leurs proches.

Elle allait par la suite se retrouver comme Cheffe de Programme de Santé Reproductive au sein de l’Aide Médicale internationale (AMI) à Saint Michel de l’Attalaye. Elle a coordonné une équipe composée de 2 médecins, 4 infirmières et d’une sage-femme. Cette équipe réalisait des cliniques mobiles, des postes de rassemblement, des focus groupes et livrait gratuitement des médicaments lors des consultations médicales. Daudier a rencontré les femmes, les familles et toute la communauté qui avait besoin d’elle. Des séances d’éducation dans les écoles et des émissions radiophoniques ont été réalisées.

À « Zanmi Lasante » et « Save the Children »

À « Zanmi Lasante » (ZL), à Thomonde, dans le département du Centre, et à « Save the Children », à Ganthier, dans le département de l’Ouest, elle a poursuivi son travail en matière de santé sexuelle et reproductive, notamment en consultation pré et postnatale, accouchement, planification familiale, dépistage et prise en charge des PVVIH, Prévention de la Transmission Mère-enfant du VIH Sida (PTME), dépistage et prise en charge des lésions précancéreuses par l’IVA et Cryothérapie.

Après ces 2 institutions, Daudier a décidé de fonder son foyer. Aux côtés de son époux et de ses enfants, elle se sent comblée et épanouie.

À l’Institut National Supérieur de Formation de sage-femme

Daudier est entrée sur concours comme monitrice de stage à l’Institut National Supérieur de Formation de sage-femme. Elle encadrait les étudiant-e-s au laboratoire d’apprentissage de l’institution pour l’acquisition des compétences avant de se rendre en milieu clinique pour travailler sur les femmes et les nouveau-nés. Elle les accompagnait pour la maitrise des compétences nécessaires à l’exercice du métier de sage-femme.

Peu de temps après, elle est devenue monitrice-enseignante. Elle enseignait aux étudiant-e-s sages-femmes le processus de soins de sage-femme, l’allaitement maternel, les soins du nouveau-né physiologique et l’administration des médicaments.

Trois ans plus tard, soit en 2013, elle est nommée par le Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) Directrice de stage. Elle coordonne et planifie depuis cette date les activités de stages des étudiants (stages cliniques et communautaires) à Port-au-Prince et dans certaines régions reculées du pays.

« Je demeure convaincue que la pratique sage-femme est un pilier incontournable dans la promotion de la santé et dans la lutte pour la réduction de la morbidité et de la mortalité maternelle et néonatale en Haïti ».

« Utilisées à bon escient, ces précieuses ressources que représentent les sages-femmes en matière de santé sexuelle et reproductive peuvent réduire de 90% les décès maternels en Haïti », affirme-t-elle.

Appui financier

Le programme d’extension de la formation de Sage-femme, Faculté à 3 pôles, soutenu en partie par le budget national, est cofinancé par Affaires Mondiales Canada (AMC), à travers l’UNFPA, l’agence des Nations Unies chargée de la santé sexuelle et reproductive.

Les sages-femmes ont un rôle pivot dans les efforts pour la réduction de la mortalité maternelle et néonatale et l’accès à des services de santé sexuelle et reproductive, y compris des adolescentes.

Selon la sixième Enquête Mortalité, Morbidité et Utilisation des Services en Haïti 2016-2017 (EMMUS VI), le taux de mortalité maternelle en Haïti est particulièrement élevé, soit 529 décès pour 100,000 naissances vivantes. En moyenne, 42 % des naissances des cinq dernières années se sont déroulées avec l’assistance d’un prestataire formé et seulement 39 % ont eu lieu dans un établissement de santé.

Haïti aurait besoin de 2200 sages-femmes pour couvrir les besoins des femmes haïtiennes et améliorer la santé maternelle et néonatale. Le pays ne compte qu’environ 400 sages-femmes professionnelles et 116 actuellement en formation.

Investir dans la formation des sages-femmes c’est promouvoir la vie et le bien être des femmes, des familles, des communautés et du pays tout entier de par leur mission qui consiste à sauver des vies.

Texte : Vario Sérant
Photo : Jhunie Ganème
FNUAP

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