Voici comment Jovenel Moise pourra combattre la corruption! par Dr. Pierre Montès

Haiti – Politique : Prendre le taureau par les cornes… par Dr Pierre Montès, professeur à Polytechnique Montréal

Dimanche 12 aout 2018 ((rezonodwes.com))– Le Président Jovenel Moïse dit avec justesse que les problèmes d’Haïti sont au nombre de 5: (corruption x corruption x corruption x corruption x corruption) ou encore (corruption)^5. Mais il ne peut éliminer ces 5 problèmes tout seul.




Certains technocrates refont ces jours-ci de bonnes propositions : réduire la taille du gouvernement et le rendre plus efficace. Mais ils ont tout faux, c’est-à-dire qu’ils ne proposent rien pour s’attaquer au principal problème d’Haïti: la collusion et la corruption, qui sont une manifestation d’un problème plus grand appelé: la Ndrangheta.

Dans un État (E), le gouvernement, c’est-à-dire l’organe de l’État, est là pour, entre autres choses, offrir les conditions de création de richesses par deux forces complémentaires et incontournables: le Capital (C) et le travail (T).

L’État, le Capital et le Travail forment un triangle indéformable: C-E-T. Dans le domaine de la foi, on dirait la Sainte Trinité.

Mais il existe une quatrième entité, la Ndrangheta (N), qui personnifie Satan et qui s’introduit dans et autour du système C-E-T pour en prendre le contrôle en tout ou en partie et le faire travailler à son profit.

On a alors un nouveau système, C_E_N_T: Capital-État-Ndrangheta-Travail. On dirait qu’il prend la forme d’un tétraèdre indéformable (un polyèdre à quatre faces triangulaires et de sommets C, E, N et T.

L’objectif de la Ndrangheta est de prendre secrètement le contrôle du Capital, du Travail (la Main d’oeuvre) et même de l’État. Elle détermine qui doit avoir des contrats avec l’État, à quels prix doivent se négocier la vente du matériel et celle des matériaux. Elle détermine qui doit travailler dans les entreprises et dans les gouvernements (tous paliers réunis). Rien d’étonnant qu’elle finance souvent les élections et parfois même, elle les organise et les livre clé-en-mains. Pour tout ce travail occulte, la Ndrangheta se fait payer un pizzo (racket).




Comment combattre la Ndrangheta ?

Un gouvernement qui déclare la guerre à la Ndrangheta risque de se faire renverser par la Rue et/ou par le Parlement tous deux « gérés » par la Ndrangheta, à un certain degré.

C’est par les moyens que prend un gouvernement pour combattre ou tolérer la Ndrangheta que l’on peut observer son efficacité ou son impuissance/sa complicité.

Je ne prétends pas détenir la solution de ce problème complexe, délicat et dangereux. Peut-être faudrait-il l’action soutenue de plusieurs gouvernements consécutifs, pendant plusieurs mandats successifs de 5 ans pour en venir à bout ?

Mais il faut commencer le plus tôt que possible le combat.

L’objectif est de détruire 3 des quatre faces du tétraèdre C_E_N_T en coupant les 3 arêtes reliées à N: N-E, N-C et N-T, pour permettre au triangle C-E-T de fonctionner sans collusion, ni corruption.

Il me semble alors que la première action à prendre serait de couper les liens entre l’État et la Ndrangheta: ce serait la principale mission que pourrait se donner un gouvernement Moïse-Céant. Ainsi, le tétraèdre se transformerait en un système de deux plaquettes triangulaires (C_E_T)+(C-N-T), où les échanges ne se feraient que par osmose sur l’arête C-T, le lien entre E et N étant définitivement coupé.

En termes plus simples, l’État en coupant tous liens directs avec la Ndrangheta, celle-ci se verrait obligée de se ravitailler auprès du Capital et du Travail uniquement.

Un autre gouvernement qui succéderait à celui de Moïse-Céant se lancerait dans le combat contre l’emprise de la Ndrangheta sur le Capital et le Travail, tout en maintenant actifs ses moyens de défense contre tout retour de la Ndrangheta dans son sein.

Poser le problème autrement, faire sur papier le schéma de la meilleure administration gouvernementale possible, sans placer comme la priorité des priorités la lutte contre la Ndrangheta au sein de l’appareil étatique serait une erreur.




Le Président Jovenel Moïse a défini le problème d’Haïti (les 5 C). Avec son gouvernement et ses conseillers, il doit définir une stratégie pour combattre la corruption et la collusion. Pour employer le langage du Général Prosper Avril, quand il était capitaine ou major, me dit-on, le gouvernement et les conseillers du Président pourraient lui dire ceci: « Prézidan, stratéji ya bon wi, men kom nap chaché yon bon taktik pou nou aplikél stratéji ya, pou nou jwenn yon bon rézulta, an nou éséyé takik sa-a… ».

J’ai tenté, à distance et sans contacts autres que les médias, de lire dans la pensée du Président; j’ai fait part de ma lecture; j’ai ajouté également ma lecture du fonctionnement de la Ndrangheta. J’ai indiqué sommairement une stratégie de combat contre la corruption et la collusion. J’ai suggéré par où commencer ce combat. Il reste à mettre à exécution cette stratégie ou toute autre stratégie que les autorités jugeraient équivalente. Cependant, comme disent les militaires, « la stratégie étant définie, la tactique sur le champ de bataille, est affaire de génie personnel. »

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