Puces RFID, Nanotechnologies et abus d`une « société sous surveillance »!

Nanosystèmes électroniques : la crainte du nanobrother

par Dorothée Benoit Browaeys

La nanodimension est aussi l’horizon de l’électronique depuis plus de quarante ans. « Toujours plus petit » rime avec « toujours plus vite » et toujours plus de capacités : si les premiers circuits intégrés comportaient une dizaine de transistors en 1962, le microprocesseur Core2 d’Intel en comptait 291 millions en 2006, tandis que le processeur Itanium (modèle Tukwila quadri-cœurs) prévu par Intel en 2010 doit en renfermer 2 milliards ! La miniaturisation permet de réaliser des petits objets, puces, capteurs, mémoires, dotés d’une grande puissance de calcul, autonomes voire communicants.




Alors que l’électronique moléculaire est encore embryonnaire, les dispositifs invisibles et nomades qui captent des informations se multiplient et se banalisent, supportés par des mémoires informatiques et des bases de données (capteurs d’informations, mémoires informatiques, bases de données interconnectées sur Internet…). Les puces « RFID » (étiquettes électroniques d’identification par radio-fréquence) représentaient déjà, en 2005, un marché de 2,9 milliards de dollars avec six cents millions de puces vendues dans le monde.

Comme leur prix devient dérisoire (moins de cinq centimes par tag) les ventes vont exploser : on prévoit la production de quatre milliards de tags en 2016, sur un marché de quatre cent milliards. La grande distribution recourt à ces systèmes de marquage pour la gestion de ses stocks. Les banques, sièges sociaux, les Pass de transport les utilisent pour autoriser l’accès seulement aux personnes détentrices de puces. Dans les passeports biométriques les informations sur les données personnelles (empreintes digitales, iris de l’œil…) sont aussi portées par une puce RFID. De même, l’incorporation de puces miniatures est devenue obligatoire pour les animaux d’élevage depuis janvier 200816 et se répand pour les animaux de compagnie.

Le gouvernement américain a donné en 2004 l’autorisation de ce « tatouage électronique » chez l’homme. La société Applied Digital Solutions a mis au point une puce implantable distribuée par la firme VeriChip qui a déjà été injectée dans le bras de plus de deux mille personnes dans le monde17. Des médecins américains implantent ces « mouchards » pour identifier et caractériser leurs malades. L’argument des promoteurs : plus de risques de disparitions d’enfants, ou d’égarement de personnes souffrant de troubles d’Alzheimer… « VeriChip constitue un progrès majeur pour la traçabilité du cheptel humain, anticipe Jean-Michel Truong, romancier18. On voit clairement comment son usage se répandra et deviendra obligatoire, en invoquant le prétexte humanitaire […]. C’est ainsi que commencent toutes les dérives technologiques. »




Peu de garde-fous réels existent pour éviter les abus. Le rapport sur « La société sous surveillance » publié le 2 novembre 200619 par la Commission britannique pour l’information est alarmiste : « en 2016, tout sera sous contrôle, décrivent les auteurs qui annoncent des avions sans pilote pour la surveillance, la multiplication des caméras, à raison d’une pour quatorze habitants (c’est déjà le ratio en Grande-Bretagne), des traces électroniques comptabilisées, des relevés d’ADN banalisés ».

La Commission souligne que « personne ne réagit car nous nous habituons progressivement comme des somnambules » à ces automates de normalisation de nos comportements. Il faut peut-être aussi relire La Boétie et son Discours de la servitude volontaire…

Cette crainte sérieuse ne tient pas tant à la simple propagation des puces d’identification mais plutôt à leur interconnection avec des bases de données, localisantes et identifiantes (comportements, habitudes, maladies…).

Ainsi, l’« informatique ubiquitaire »20 qui génère une fluidité entre sensations, pensées et actualité du monde extérieur (comme l’anticipait le film Minority Report21, se banalise. Elle s’inscrit même dans un cadre plus large où s’articulent « numérisation » et « Internet des objets » (Internet Prococole V6). « Ce nœud stratégique est l’objet d’une véritable guerre pour posséder les bases de données et maîtriser les architectures, souligne Philippe Lemoine, commissaire à la CNIL. »22 Et Google a bien l’intention de piloter cette prochaine « indexation du monde »…

extrait « PROMESSES ET CRAINTES DES NANOTECHNOLOGIES »

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