Mes Réflexions sur l’Avenir d’Haïti !

par R.P. Jean-Miguel Auguste

Les douloureux événements déclenchés le 6 juillet 2018 viennent davantage plonger le pays dans une crise aiguë et profonde crise. Un témoin en première loge fait le récit de cette macabre expérience qu’il a vécue et qui aurait pu être évitée si le leadership primait sur chef de bande. Pour l’auteur du texte, ces gens là qu’il a croisés sur son chemin, sont des révoltés et non des assaillants




Port-au-Prince, mercredi 11 juillet 2018 ((rezonodwes.com))–Beaucoup de mes lecteurs s’étonnent et s’impatientent que je n’ai pas réagi ni livré « Mes Réflexions », tout de suite sur les derniers évènements qui se sont déroulés le week-end dernier.

A leur impatience, je répondrai que du vendredi, c’est-à-dire du commencement de l’émeute jusqu’à dimanche matin, je sillonnais les rues de Port-au-Prince en moto pour pouvoir être témoin oculaire de ce qui se passait. Oui, à tous mes proches et amis qui paniquaient et à qui j’ai fait vivre de grandes inquiétudes et angoisses pour ma sécurité, je demande pardon.

En effet, j’étais tantôt à Pétion-Ville, tantôt sur la Route de Frères en face du Concessionnaire Toyota et de la rentrée de Belvil, tantôt à Tabarre et sur la Route de l’aéroport, tantôt à Delmas, tantôt du côté du Canapé-Vert, tantôt au Centre Ville.Bien que très risqué,cela m’a permis de voir, d’entendre,et de comprendre…




J’ai vu de la colère, de la frustration, du désespoir, de la haine et paradoxalement de la compassion dans les yeux et le regard des révoltés. Je précise que ces gens là sont des révoltés et non des assaillants. Car leur violence et leur révolte légitime n’étaient nullement aveugles.

À tort ou à raison, ils ont identifié certains hommes de la place comme leurs ennemis et leurs oppresseurs. Et ils se sont pris à eux, à leurs magasins et à leurs entreprises. Ce qui est très regrettable.

L’année dernière (2017) dans certaines de « Mes Réflexions », j’avais humblement et respectueusement alerté les nantis de ce pays du danger imminent qu’ils encourraient de laisser les gens vivant autour de leurs maisons, de leurs business, de leurs plages, végétant dans une misère inhumaine et abjecte.

Cette alerte a été bien reçue par certains bourgeois comme un Nahoum Acra (Bébé) et un Stéfane Coles qui développent, depuis toujours, avec leurs employés des rapports très humains et à qui ils accordent des avantages sociaux très appréciables. D’autres bourgeois, par contre, se sont montrés très hostiles à mon égard, m’abreuvant de tous les noms, tout en me prêtant des ambitions contraires à ma formation, à mon travail et à ma vocation.

Ces derniers devraient réaliser aujourd’hui qu’ils ont fait une erreur de jugement et qu’il est encore temps pour eux de se rattraper en jouant leur rôle de créateur de richesses et d’emplois

Oui les miséreux, les déshérités, les marginalisés, les oubliés, les pa moun, les santifô, les bouda chiré commencent à se réveiller, à sortir de leur passivité et Port-au-Prince tremble, Pétion-Ville vacille, la République est ébranlée…

Si des éléments de la classe moyenne ou de la bourgeoisie avaient compris et saisi le moment, en prenant le leadership du mouvement de révolte ce week-end, ça aurait été la prise de la Bastille en Haïti…et pour un juillet, quelle drôle de coïncidence.

Malheureusement, cette colère du peuple transformée spontanément en révolte brutale, n’aboutira pas pour l’instant en révolution et en transformation de leurs conditions de vie par l’absence, le support et l’appui de la moyenne et des éléments éclairés de la bourgeoisie. Mais il n’est pas trop tard pour le « Petit Reste » pour les leaders naturels de la classe moyenne et de la bourgeoisie d’accompagner le peuple Haïtien dans ses revendications les plus justes et dans ses aspirations les plus légitimes sinon pita pi tris…




Car, aujourd’hui, le peuple connaît sa force, sa puissance et son pouvoir. Il sait maintenant, de par son nombre, qu’aucune Citadelle ne saurait lui résister… Le peuple comprend depuis ce vendredi 7 juillet, l’énormité de ses moyens et de ses possibilités.

Rien ne sera plus comme avant !

Vos travailleurs, vos femmes de ménage, vos gardiens de cour, les gens des bidonvilles savent que vous avez peur d’eux. Ils en tirent psychologiquement un plaisir et une satisfaction extraordinaire. Ils vous savent aujourd’hui faibles et sans défense. Ils vont probablement prendre une pause pour rebondir comme des fauves blessées au moment et aux endroits où on ne s’y attendrait le moins.

Croire qu’un changement de Premier Ministre et de gouvernement va calmer le peuple haïtien et résoudre les problèmes du Pays relève de la naïveté politique et de l’amateurisme des grands décideurs.

La crise que vit Haïti réclame des réformes en profondeur. Et seuls les gens en qui le peuple souverain a confiance pourront opérer dans cette Haïti les changements qui nécessitent obligatoirement de la patience et de la fermeté.

Nous vivons un moment extrême difficile de notre histoire de peuple. Saurons-nous trouver des leaders de la dimension d’un Dessalines, d’un De Gaulle, d’un Churchill qui ont su saisir le moment pour jouer le rôle clé de rassembleurs, de défenseurs des droits à la liberté et à la prospérité de leur nation et de leur peuple ?
Conduis-nous Seigneur sur le chemin de la Paix, de la Prospérité,de la Réconciliation et du Pardon!

Père Jean-Miguel Auguste

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