Haïti, une crise de trop !

par Gerry Jabon

Cette démonstration de force d’un peuple en délire expose la bêtise haïtienne au grand jour: Une crise qui expose toute la faiblesse d’une société fragile et fragilisée, un pays avec beaucoup trop d’armes en circulation, un peuple frustré, froissé, aigri, jaloux, méfiant, meurtri et revanchard. C’est aussi un peuple martyr, mal aimé, mal compris, méconnu et marginalisé




Mercredi 11 juillet 2018 ((rezonodwes.com))–La bamboche démocratique a trop duré. Après la grande pagaille de 1986, c’est la première fois après le départ des Duvalier que le peuple a été si loin en si peu de temps. S’agit-il de mouvements spontanés ? S’agit-il de quelque chose de planifié ? Si c’est un mouvement spontané, c’est très grave. Sur quoi se base-t-on pour choisir les cibles ? Comment attaquer toutes ces maisons de commerce en si peu de temps ? Comment savoir qui, quoi épargner ? Hasard ou décision ? La question reste encore pendante.

Depuis 1986, on s’attaque aux biens des investisseurs sans se rendre compte qu’on est en train de fragiliser davantage une économie anémiée. Qui va investir dans ce pays ? La grande bourgeoisie compradore en a marre, les nouveaux riches sont déjà fatigués dans leurs coups d’essai. Les trafiquants de drogue, encore chanceux ont peur d’exposer l’argent acquis au prix de risque énorme. De toute façon, quelle que soit la provenance de l’argent, celui qui investit rend service à la communauté. Il ne mérite pas que son argent parte en fumée un matin. Dans tous les pays du monde, l’argent inverti n’est pas toujours très propre mais l’investissement doit être garanti.

Que pouvait faire la Police Nationale d’ Haïti ?

Cette crise intervient à un moment où la police est encore fortement affectée par les séquelles de l’opération de Grand’Ravine. C’est une police encore traumatisée par les rapports accablants de certains organismes de défense des droits humains. C’est une police surveillée comme du lait sur le feu en matière d’atteinte aux droits de la personne humaine. Il y a encore des cadres qui, on s’imagine, se retrouvent sur une mauvaise liste à cause de cet incident au cours duquel plusieurs policiers avaient perdu la vie. On a parlé de la vie des autres et de la violation des droits par les policiers mais jamais de la vie des policiers tués. Deux poids et deux mesures !




Venons-en aux événements actuels, que pouvait et que peut faire la police face à une foule en délire composée de gens affamés et armés pour la plupart ?

Imaginons qu’une foule veuille mettre le feu à une entreprise, la Police Nationale D’Haïti fait la sommation en règle, tire quelques coups de semonce, la foule résiste et se renforce. Quelle devrait être la prochaine étape ? Disons que la Police Nationale D’Haïti se renforce et augmente les coups de semonce, parallèlement, la foule se renforce, des gens armés se mêlent de la partie, quelle est la suite?

Logiquement un bain de sang: « Des policiers tués, des pillards sans vie jonchant le sol.  » Imaginons que parallèlement cela se répète un peu partout à travers la ville. On parlerait d’un début de guerre civile. On aurait dit que la police a fait des carnages un peu partout. On aurait tous les éléments au menu pour une prise en mains de la situation par les champions de la défense des droits humains. La grande critique serait:  » Une Police Nationale D’Haïti vassalisée, dévouée à la cause de l’oligarchie. Une Police Nationale D’Haïti croupion. Une Police Nationale D’Haïti pour la défense des intérêts de la bourgeoisie de ce pays, … etc.  »

Les titres pour d’éventuels articles pompeux et déclamatoires ne manqueraient pas.

Les intérêts seraient peut-être bien défendus mais au prix du sang. Aujourd’hui, on aurait joué à la radio des musiques de circonstance pour saluer le départ de citoyens affamés, mal intentionnés, mal conseillés et mal utilisés, mais aussi des dizaines de policiers, fils du peuple, mal aimés, mal payés, ignorés, tombés sur le théâtre des opérations.

La Police Nationale D’Haïti peut-elle rester inactive ? Non ! Elle doit de toute façon faire son boulot quoi qu’on dise, quoi qu’on fasse. Mais le contexte n’est pas à écarter.




La Police Nationale D’Haïti se retrouve entre l’enclume et le marteau. Son inaction et son action seront l’objet de critiques acerbes. Elle gagne à se mettre les pieds dans l’eau pour sauver ce qui peut être sauvé et tenter de résoudre les problèmes éventuels.

De toute façon, en prenant pour acquis que la police était informée à temps des décisions que le gouvernement allait prendre, des actions aussi spectaculaires ne pouvaient pas être exécutées sans qu’elle ne se mouille le maillot; mais tout doit se faire avec mesure pour éviter le pire. Haïti mérite mieux.

Fait le 9 Juillet 2018

Gerry Jabon

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