Haïti : Les dérives de l’indécence aboutissent au mercantilisme

Haiti, cet espace a un sens différent de la politique, peut être aussi, une autre utilité historique dans l’imaginaire des politiciens. Car dans cet espace, tout ne devrait pas être politique. Un état d’aboutissement mental qui conditionne ce manque de valeur intrinsèque des plus capables aux yeux d’une population désormais « pete klere« .

par Maître Elco Saint-Amand

Une difficile adaptation

Port-au-Prince, mercredi 13 septembre 2017 ((Haïti-Observateur.ca/rezonodwes.com)).- Ce qui engendre un intéressement des plus forts (des médiocres) vers la politique, c’est que tout se pratique par la « mafia politique». Un espace où les politiques fondent leur beurre sous le soleil des nouveaux riches.

Ce faisant, on assiste ainsi à une totale crise de confiance. Pour mieux dire, la faillite de ce qui reste de la politique. On joue trop avec les enjeux de l’instabilité politique. Ce couteau à double tranchant fragilise le de venir du pays. Par ailleurs, en Haïti, on a assez brocardé avec le sérieux du vrai, il faut néanmoins donner la chance aux véritables protecteurs de cet espace qui fut, jadis, à une épopée — une sorte de sacerdoce pour l’humanité. Une vocation personnelle truffée de bonnes intentions. Faire de la politique est un métier de vérité où l’on panse les blessures de son peuple; c’est cette souplesse qui manque. Une vérité qui impose l’espoir.

La politique et le choix des hommes

Voici un peu plus de 30 années après que le peuple eut pu exprimer sa volonté de vivre pleinement dans la démocratie, Haïti se débat encore dans cette galère où les pauvres deviennent plus pauvres et les riches de plus en plus riches, une équation sociale qui déséquilibre notre société. La politique n’est plus un lieu de service, mais elle est plutôt, depuis quelques décennies, une banque de coopération où les débiteurs sont malheureusement maltraités et les créditeurs étalent gracieusement leurs richesses au grand jour et au mépris de tous. Une mauvaise perception.

C’est justement l’objet de nos interrogations devant permettre de dire aux politiques : «Arrêtez d’empreindre cette voie de la mauvaise répartition des richesses du pays ». Et, au final, c’est un impératif que ces questions se soient soulevées. Toutes (ces questions) méritent d’être prises en compte.

Le civisme et la politique

C’est la volonté de voir son pays avancer vers le progrès. Le progrès de notre pays, celui de chaque Haïtien, sans aucune différence de classe, de religion et d’origine, c’est également celui de la génération future. De ce que nous avons en commun : Haïti. Dans ce coin de terre, nous avons, pour le malheur de nous tous, mis l’accent sur la politique en lieu et place des droits et des devoirs — une situation qui met en péril la volonté de chacun à vouloir servir son pays avec honneur et dignité. La politique de par sa nature ne peut pas remplacer le civisme. Le civisme a davantage vocation à lancer la politique vers la bonne direction, vers cet idéal du bien commun.

Avons-nous des citoyens et citoyennes de bonne foi ? Nous y croyons encore ! Ils sont légion, ces hommes et femmes qui aspirent à la dignité de leur pays ou à leur propre honneur… Ils demandent que la notion de civisme reprenne place dans la politique.

La surenchère rhétorique des droits et des devoirs

Avant d’en arriver là : dans la répétition des erreurs, il nous faudrait donner de nouvelles directions à la nation, c’est-à-dire fonder la République d’Haïti envers et contre la volonté de quiconque. Et, en effet, établir des balises devant faciliter le dénominateur commun qu’est l’établissement d’un État basé sur des droits et des devoirs. Ce qui aurait cimenté le sérieux avec lequel gouvernants et gouvernés considéreraient le développement humain comme étant un cheminement collectif.

Une politique de raison

Dans un pays comme le nôtre avec tous ses problèmes complexes, le multipartisme est mauvais pour l’instauration de la démocratie, c’est pourquoi nous insistons sur la fondation d’un « dualisme humanisant» avec la présence de deux grands partis qui pourraient, de manière consensuel, projeter une autre vision du développement national. C’est pourquoi la raison politique ne peut être que collective et inclusive et ce, dans une large mesure où l’on doit récupérer la dignité du peuple et enfin créer un véritable État-nation.

Lorsqu’on regarde la façon dont les députés ont voté à la cloche de bois et ce, en deuxième lecture samedi dernier (9 septembre 2017) la loi des finances, l’on est en droit de se demander : d’où viennent ces individus ? Qui les ont engendrés ? Aucun débat n’a lieu ! Un branle-bas. Pour plus d’un, c’est un vote marchant. Tout se fait sans posture. L’argent était le mobile de leur passivité. Et lis n’ont pas le sens d’avoir honte. Tous nos politiciens ont toujours annoncé au moment de leurs campagnes électorales que le pays doit avoir un changement. Que la misère diminue. En regardant, on dirait qu’il s’agissait que de paroles creuses, sans lien avec la réalité; ils ont gagné l’électorat par le mensonge. Une formule concoctée par les politiciens des années 1990 et faisant école.

Comment on est arrivé au mensonge systématique

Il nous paraît essentiel de tout faire pour dresser un bilan de notre vie politique, une sorte d’inventaire qui traduirait notre volonté de vouloir changer le destin du peuple. De là, le pays disposera d’un acte constitutif tendant vers un réel changement, un système de sanction équilibré étant capable de débarrasser le pays des entraves de répétitions des erreurs à chaque tendance politique. Le développement social et économique d’un pays ne peut se reposer sur les inégalités croissantes entre les générations — les inégalités qui sont lourdes face à l’écart existant entre les pauvres et les riches. Les pistes de pérennisation sont là, et deviennent avec le temps comme étant un dogmatisme paresseux et indispensable pour la survie de cet illettrisme féodal.

Beaucoup de choses ont été avec l’arrivée de Michel Martelly au pouvoir; et pour lui c’était, en effet, un test, un drame d’un mauvais rêve à la tombée du jour. Il a pu réussir son pari. Il impose son successeur, tout le monde se tait. À en croire les critiques, nous som mes arrivés à un point de non retour, une continuation dans le mauvais sens où tout va de mal en pis. Nous nous sommes laissés prendre au piège de l’imaginaire politique et dont l’objectif consiste à gaspiller le fonds PetroCaribe. La réalité est plus dramatique que romanesque.

Une frange marginalisée de la société voudrait donner une leçon de rupture avec le choix de Martelly. Erreur. Et pourtant, il a fait son quinquennat sans trop grandes difficultés. Tous les partis politiques étaient sa caisse de résonance, un échec de leur soumission au pouvoir de chaque régi me. Il a même choisi son dauphin, quoique inculpé dans une affaire louche transnationale, il est actuellement président et la corruption est institutionnalisée.

Qu’est-ce qu’un vote politique ?

La première question qui fait encore du bruit dans l’opinion publique c’est cette affaire de vote politique que les parlementaires doivent toujours évoquer quand il s’agit pour eux de fuir leurs responsabilités constitutionnelles, ou encore quand le vote a été préalablement monnayé par l’Exécutif. Tout compte fait, selon les rumeurs, cette pratique de soudoyer toute action institutionnelle est venue avec la présidence de René Préval, celui qui corrompt tout sur son passage. Une assertion qui mérite d’être vérifiée.

En dépit de tout, ce qui est certain sous la présidence de René Préval, en passant par Michel Martelly, pour aboutir à celle de Jovenel Moïse, toute action ou entreprise doit se faire selon la formule de « Ban m ma ba w » ou « Pay to play».

Un pays peut-il continuer à exister comme on vit dans un marché?

Seul un pacte de gouvernance et d’alternance démocratique pourra contenir les aspirations vénales des hommes et femmes politiques. Seul le renforcement de l’ indépendance du pouvoir judiciaire pourra mettre fin à l’impunité.

Dans le même ordre d’idées, seule une conférence nationale apportera un « modus vivendi» acceptable pour le pays. Il faut davantage responsabiliser la société civile… etc.

Nous crions: « HÔLA », face aux dérives dans lesquelles le régime tèt kale, version 2, en complicité avec le Parlement et le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), entend mettre sur pied le Conseil constitutionnel et le Conseil électoral permanent. Voilà nos inquiétudes ! Disons non à cette contenance politique qui sent la main mise de certains nantis pourris de la République.

La confusion des thématiques est constante et réside dans la traversée du tunnel des marchands de la politique. Tout le monde en paie les frais, mais accepte la défaite de l’équilibre jusqu’au-boutiste individuel. Un refus des différences mais qui enterre l’espoir d’un peuple qui attend que son avenir ne soit plus instrumentalisé à l’implantation de faux-fuyants de la politique.

C’est pour cela qu’il convient de réaffirmer la volonté de vivre libre dans un État indépendant et souverain.

Me. Elco Saint Amand, av.

[texte original à lire dans Haïti-Observateur, Edition du 13 au 20 septembre 2017]

 

Une pensée sur “Haïti : Les dérives de l’indécence aboutissent au mercantilisme

  • 13 septembre 2017 à 11:52
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    Rezonodwes vous faites un travail qui me porte à cœur car avec vous je suis toujours rester informer. Merci que Dieu vous garde.

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