Désacralisation du savoir et discours anti-presse! par Kathleen Desravines

Jeudi 16 février 2017 ((rezonodwes.com))–

A mes pairs (es),

Le feu s’ est à moitié éteint. La tempête s’ est en quelque peu calmée au dehors. La mer cependant demeure houleuse.
Au moindre vent, la flamme se ranimera en un gigantesque brasier qui nous consumera tous !

Quant à la tempête qui s’est quelque peu atténuée momentanément, elle n’ attend qu’ un autre front de pression pour gagner en vitesse, en intensité et en ampleur pour mieux se répandre. C’ est dire qu’ il y a malaise dans la demeure!




Si les dernières envolées de l’ ex Président Martelly à l’ endroit de journalistes Seniors, ont choqué par leur caractère trivial, on a peu à gagner, cependant, à s’ attacher et à s’ attarder uniquement à dépeindre le personnage sous ses vraies couleurs, nous contentant de l’ invectiver et faire du coup, à travers ses diatribes le procès d’ une société dépravée.

Du discours « anti Presse » de l’ ex Président, et les réactions d’ un public partagé entre pour et contre, il convient au delà de nos clivages politiques d’ y lire non seulement ce processus de  » désacralisation » du savoir, cet  » anti-intellectuel » dont certains ne se cachent pas pour véhiculer, mais aussi ce sentiment  » anti presse » qui s’ est développé au cours de la dernière décennie, auquel le fonctionnement de certains confrères sert d’ alibi. A tort ou à raison?

Le fait est cependant indéniable et incontestable et mérite d’ être adressé!

Il y a un sentiment « anti-Presse » qui s’ est développé et a gagné du terrain depuis plus d’ une décennie dans le pays,
S’ il entre dans le cadre de ce processus de « déconstruction » mentale et du rejet du savoir pour mieux asseoir la nouvelle dynamique de  » médiocrité, consistant à instaurer un règne de « médiocratie » en échange d’ un système démocratique requérant une rupture d’ habitudes que nous ne sommes pas prêts à abandonner , c’ en est assez pour devenir préoccupant. On en est au point qu’ on s’ interroge sur le sens, voire l’ existence même de la profession.

Les journalistes, la Presse en général, se doivent dans ce nouvel environnement d’ être vigilants, dégager de nouveaux outils et de nouvelles perspectives dans la pratique de la profession. Ce n’ est pas une quelconque manifestation autocratique de pouvoirs totalitaires à laquelle nous faisons face aujourd’hui. Cela va plus loin. Et, se refuser à l’ admettre, le nier et l’ imputer uniquement à une question de chapelle politique, équivaudrait à de la lâcheté voire au suicide .




Que la Presse fasse face à ses squelettes soigneusement dissimulées et rangées dans des placards, et qu’ elle cesse d’être uniquement ce thermomètre n’ indiquant que les températures. Il nous faut aller à la racine du mal et diagnostiquer l’ organe « Presse » en passant en revue notre comportement et nos attitudes en tant que corporation, pour mieux nous projeter et faire notre travail critique

A la faveur de critiques et d’ attaques personnelles piètrement et piteusement exprimées par l’ ancien chef d’ Etat, il est vrai, il importe malgré tout que nous en prenions note. Que nous refusions cette stratégie adoptée depuis belle lurette, consistant à nous décerner des  » chèques » en blanc et un « certain satisfecit » relatif à notre capacité de remettre à leur place les détracteurs de journalistes en repoussant leurs attaques.

Cette logique de  » Citadelle » ne nous permettra pas de nous examiner et de nous réévaluer. Cela ne suffira pas non plus à masquer les problèmes. Il faut un changement au niveau de nos méthodes, de notre comportement et on doit s adapter au nouvel environnement qui se dessine.

Nous ne pouvons plus opérer à l’ instar de  » bouchers » en abattant tout ce qui bouge, nous reposant uniquement sur nos clivages et nos convictions. Car si la Presse est élitiste (n’ est pas journaliste quiconque le veuille bien) elle reste et demeure du domaine public et se doit non plus d’ évoluer en  » cocon » avec un article  » 249″ : makout pa ladanl » inscrit sur son front.




Nous devons adapter nos instruments, aiguiser nos esprits. nos sens, notre perception, notre sens de l’ équilibre pour jouer enfin ce rôle d’ avant – garde, qui nous est dévolu. Nous ne pouvons plus opérer en fonction de pouvoirs politiques qui nous plaisent, ni se servir de notre plume, notre micro comme instrument d’ abattage systématique comme certains confrères et certaines consœurs se plaisent à le faire dans leurs  » interviews » consistant à tendre des  » attrape nigauds » à leurs interviewés au détriment même de l’ information et d’ un public dont la responsabilité de former et d’informer, leur incombe.

Pensons à modifier, voire à changer nos pratiques pour le bien de la profession.

Kathleen Desravines

COMMENTS

  • Ce n’est pas seulement en Haiti , aux Etats Unis le tout nouveau occupant de la maison Blanche reproche la presse de faire circuler » fake news »à son endroit. Nous ètions en droit de penser que la presse represente le 4eme pouvoir mais elle est aussi biaisèe dans une culture de chapelle. En Haiti elle est pire: des pseudos journalistes tentent de se faire passer pour grands en affublant tous les gouvernements de mediocritè a tort et à travers. L’analyse est mise de cotè pour le sensationel; donc c’est la pagaille. Qui vivra verra!

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