CIC (Collège Immaculée Conception) des Gonaives souffle ses 50 bougies

Le Collège Immaculée Conception (CIC) des Gonaives, un demi-siècle d’ histoire et de présence des csv en Haiti. Le Cinquantenaire du CIC à Gonaives ! Entretien avec R.P. Nestor Fils-Aimé de la Congrégation des Clercs de St-Viateur, Supérieur provincial du Canada.

Gonaives, jeudi 8 décembre 2016 (rezonodwes.com).- Les premières dix (10) années qui ont suivi la signature du Concordat de 1860, entre le Vatican et le gouvernement de Nicolas Geffrard, ont vu l’arrivée en Haïti de solides renommées congrégations religieuses, de tout ordre.  Si elles se contentaient de doter certaines villes de province d’établissements pour le moins d’enseignement primaire, pour apporter le pain de l’instruction aux jeunes filles et garçons, ce fut tout autrement à Port-au-Prince, avec l’institution Saint-Louis de Gonzague fondée en 1865 et le Petit Séminaire Collège Saint-Martial, l’année d’après. Au Cap-Haitien, il fallait attendre jusqu’en 1904 pour qu’y soit implanté un établissement secondaire laïque. Quant à la ville des Cayes, ce que le Collège Saint-Jean est aux yeux des Cayens, le Collège Immaculée Conception (CIC), fondé à la même année 1966, l’est également au regard fidèle et bienveillant des fiers et braves habitants de la Cité de l’Indépendance.




Avant le CIC des Gonaives, l’école des Frères de l’Instruction Chrétienne (FIC) et celle des Sœurs de St-Joseph de Cluny ne se limitaient respectivement qu’au recrutement des instituteurs pour l’enseignement primaire et chez les Sœurs, après des études classiques primaires. il existait seulement la possibilité de décrocher un Brevet d’études professionnelles. Il ne restait que deux choix aux jeunes gens dont Jacques Stephen Alexis. Rentrer sur Port-au-Prince pour entamer un cycle secondaire ou se faire inscrire au Lycée Fabre Geffrard qui a aussi donné de belles têtes à la ville. Mais un beau matin de juillet de 1966, un autre choix allait être implanté pour s’imposer définitivement et 50 ans plus tard, le 8 décembre 2016, l’inspiration d’un jeune prêtre haïtien et le rêve d’un jeune Évêque indigène allaient prendre une proportion extraordinaire. Le CIC, après avoir été consacré à l’Immaculée, le 8 décembre 1966, par ses accomplissements, au cours des ans, a dépassé les frontières de la ville des Gonaives.

Et ce matin du 8 décembre 2016, j’ai pris un réel plaisir à rencontrer un ancien camarade de promotion et quoiqu’on se retrouve sur des boulevards différents de la vie sociale et professionnelle, nous sommes encore et toujours, à l’instar de tous les anciens et actuels, unis par un seul cœur, cette fierté d’appartenance à une belle chose de l’esprit dont l’éducation fournie se révèle déterminante pour le futur.

cba : mon frère-ami-camarade un très « Joyeux Anniversaire du Cinquantenaire »!

Révérend P. Nestor : C’est un plaisir pour moi de retrouver mon ami, frère et camarade de promotion, le CBA de la grande famille du CIC. Je te dis «  Bonne fête » à toi aussi.  Quand une maman célèbre, tous ses enfants s’en réjouissent.

cba : en 1979, nous étions vraiment tout petits et n’avions pas envisagé ce jour « Le Cinquantième ». Dis-moi avec quel sentiment, tu vas présider les cérémonies ce jeudi 8 décembre 2016 ?

Révérend P. Nestor :  J’aborde ce cinquantenaire de notre collège avec un sentiment de grande fierté. Je revois le chemin parcouru et les accomplissements qui ornent le palmarès de cette grande Maison d’éducation. Je suis très heureux d’appartenir à cette belle famille.




Mon histoire personnellement est intimement liée à celle de cette institution depuis mon admission à l’automne de l’année 1979 jusqu’à aujourd’hui où je sers l’Église et le monde en qualité de Clerc de Saint-Viateur, la congrégation religieuse qui a perpétué le rêve initial du Père Louis Cinéus.

cba : raconte un peu pour nos lecteurs ton cheminement de jeune collégien au supérieur provincial de la Congrégation des Clercs de St-Viateur (csv) ?

Révérend P. Nestor : De ce matin d’octobre 1979 à aujourd’hui, j’ai passé treize (13) ans à l’intérieur des murs de cet inoubliable établissement d’enseignement : six ans comme élève, un an comme jeune religieux stagiaire et six ans à la direction (pédagogique et générale).

Je porte comme un précieux trésor et j’assume comme un immense défi d’être, à ce tournant de l’histoire du collège :

  • Le premier élève à devenir membre de la Congrégation qui a pris  le collège en charge depuis 48 ans

  • Le premier directeur religieux haïtien

  • Et aujourd’hui, le premier étranger à s’occuper de la province religieuse canadienne des Clercs de Saint-Viateur.

cba : un parcours sans faute, merci d’avoir gardé allumé le flambeau que tes aînés de la Congrégation t’a passé. Le CIC fête aujourd’hui 50 ans, essaie de situer pour nous cet anniversaire?

Révérend P. Nestor : Toutes les choses se tiennent. Les voies de Dieu sont insondables. Ce cinquantenaire nous restitue à l’intérieur de notre histoire et du cheminement que nous avons fait jusqu’à aujourd’hui. Il m’inspire l’action de grâce, la reconnaissance, la joie et surtout la volonté de voir le collège continuer de briller de mille feux au-delà de ses cinquante ans.




Une noce d’or marque une nouvelle étape et donne lieu  sinon à une renaissance du moins à une consolidation des acquis. Puisse-t-il en être ainsi pour notre cher collège!

cba : 50 ans c’est un parcours de longue haleine. Dr Nestor, tu vas prendre la parole jeudi à Gonaives, dans l’enceinte même du CIC où nous jouions au basket-ball, volley-ball, au mississippi, tennis de table… qu’est-ce qu’on peut retenir comme évaluation ou de progrès enregistrés à chaque décennie ?

Révérend P. Nestor : Je suis en train de finaliser l’écriture d’un ouvrage qui retrace les cinq décennies d’histoire du collège. À partir de documents d’archives trouvés au Canada et surtout à travers le cheminement du « Lambi », le journal des élèves du collège Immaculée Conception, fondé en 1977, j’arrive à tracer un portrait de l’évolution de l’établissement, de sa fondation au presbytère de la cathédrale à son positionnement aujourd’hui sur l’échiquier éducatif en Haïti. Je te dirais en gros que la première décennie (1966-1976) a été celle de la fondation. Le collège a défini ses couleurs, ses orientations pédagogiques et disciplinaire; la deuxième décennie (1976-1986) qui a été la nôtre, cher CBA, a vu l’éclosion d’une école qui s’est inscrite indiscutablement parmi les écoles de qualité du pays; la troisième décennie (1986-1996) a été celle des nouveaux enjeux (politiques, économiques, éducatifs). C’est le début de l’ère post-Duvalier. Le trentenaire célébré en 1996 a vu l’avènement de la classe de Philo au collège; la quatrième décennie (1996-2006) est témoin d’un établissement qui, sortant du cadre strictement académique, s’implique socialement et solidairement (alphabétisation, collaboration avec d’autres établissements de la ville)…la cinquième décennie (2006-2016) qui nous conduit à ces festivités du cinquantenaire est celle du renouveau pédagogique, de la totale haïtianisation de la direction et de la projection dans l’avenir…

cba : Le CIC est-il définitivement pris en charge par des religieux haïtiens de la congrégation ?

Révérend P. Nestor : Le Père Duchelande Saintilmé, actuel Directeur général et Supérieur de la Congrégation en Haïti, poursuit un travail formidable avec le concours de la congrégation sur le plan international. Il  rêve encore de belles choses pour l’avenir notamment un centre technique universitaire. Il s’agit maintenant de faire un bon état des lieux, de prévoir les ressources disponibles  en fonction des besoins pour évaluer la faisabilité d’un tel projet. Une chose est certaine, les Clercs de Saint-Viateur ne sortiront pas de la perspective d’une éducation de qualité. Autrement dit, la congrégation n’encouragera pas un projet qui ne viserait pas l’excellence et la qualité à l’instar du CIC.

cba : la moisson est nombreuse, mais de nos jours peu d’ouvriers répondent à l’appel, ressens-tu certaines inquiétudes pour le devenir de la Congrégation  qui charpente le CIC ?

Révérend P. Nestor : L’avenir de la congrégation pose des interrogations dans les pays industrialisés comme le Canada, la France, l’Espagne, les États-Unis mais il est porteur de belles promesses dans des pays où la foi en Dieu est encore vivante : Haïti, Burkina Faso, Colombie, Côte d’Ivoire. Il faut désormais miser sur la formation des jeunes qui font partie des nouvelles générations de Clercs de Saint-Viateur.

cba : Deux grandes associations d’anciens étudiants, à l’étranger (Floride et New York), à quel niveau évaluez-vous leur encadrement ?

Révérend P. Nestor : Il faut faire un clin d’œil bien mérité particulièrement à deux associations d’anciens élèves du collège qui ont vu le jour aux États-Unis. La première, l’ AACIC (Association des Anciens Élèves du Collège Immaculée Conception), se passe de présentation. Elle fonctionne à New York depuis 1989 et s’est fait un point d’honneur de soutenir l’établissement en contribuant à des bourses d’études pour des élèves moins nantis. Antoine Coq (1976-1982) et consorts ont su, au long de ces 27 dernières années, manifester une présence concrète et utile à leur alma mater. Je leur porte une fière chandelle à l’occasion de ce cinquantenaire du collège.

Il y a également l’ OACIC qui a pris corps au sud de la Floride dans le courant des années 2000 à l’initiative d’un jeune ancien du Collège, Miguel Romain (1991-1998). Cette association s’est donné les mêmes objectifs que son aînée de New York et compte aussi de belles réalisations à son actif. À l’occasion de ce cinquantenaire, je ne peux que leur souhaiter de poursuivre ce chemin philanthropique de grande générosité.

cba : d’autres institutions secondaires laïques telle Saint-Louis de Gonzague où tu as terminé tes études secondaires, car la Terminale II n’existait pas encore à Gonaives, bref, ont déjà traversé le cap du centenaire, comment perçois-tu le lendemain du CIC, sans presque l’encadrement direct des religieux canadiens ?

Révérend P. Nestor : Le bateau du collège est en pleine mer et bien assuré contre les vents et les marées. Le bilan des cinquante premières années augure de ce que l’avenir attend de tous les acteurs qui s’engageront chez les Clercs de Saint-Viateur et dans l’éducation au collège. Si des religieux canadiens ont marqué une bonne partie de ce demi-siècle, aujourd’hui et pour l’avenir, il revient à des Haïtiens de puiser à la source de l’héritage laissé par ceux qui ont écrit les premières pages de cette belle histoire du collège.

cba : le mot de la fin Mon Pè (rire) ?

Révérend P. Nestor : (rire) Je te remercie cher Claudy de m’avoir permis d’exprimer ces quelques mots à l’occasion du 50e anniversaire du collège qui nous a formés et qui a fait de nous ce que nous sommes. Cela a ravivé les souvenir de nos belles années du secondaire. Vive le Collège! Qu’il vive encore plusieurs autres tranches de 50 années et qu’il marque l’histoire de plusieurs autres individus!

Merci

P. Nestor Fils-Aimé, c.s.v.

Supérieur provincial du Canada

Merci aussi à toi cher camarade, j’espère un jour retourner là-bas et créer une chaire de l’Instruction civique qui nous fait défaut. « Joyeuse Fête du Cinquantenaire » et de l’Immaculée Conception à vous tous et spécialement aux anciens/anciennes du CIC : Fred Brutus, Jean-Robert Constant, Fritz-Gérald Calixte, Patrick Dodard, Laurence Charleston, Ronald Lebrun, Jacques Thomas Jacques, Camille Cantave, Archevêque Mésidor, Joanel Joasil, Brunel Jean-Marie, Frérot Jean-Charles, Claude-Abner Pubien, Betina-Bloncourt Coq, Fafouna, Denise Papillon, Miguel Romain, Jules Harold, Conceptie Dupiton…

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Propos recueillis par :

cba @rezonodwes.com

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