Médiapart – Coincés en Colombie, des milliers d’Haïtiens rêvent des États-Unis

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Par Pascale Mariani

La Colombie fait face à un afflux de migrants haïtiens en provenance du Brésil et du Chili, où ils avaient émigré il y a quelques années. Près de 20 000 se retrouvent coincés dans la petite ville de pêcheurs de Necocli, dans le nord-ouest du pays.

Necocli (Colombie).– S’il n’y avait ces sacs de voyage çà et là dans la rue, ces milliers de regards angoissés et ces tentes sur la plage, on se croirait dans n’importe quelle ville haïtienne.

« Pwason, pwason… », crie un vendeur colombien de poissons qui a appris le mot en créole pour s’adapter à la nouvelle clientèle. À Necocli, dans le nord-ouest de la Colombie, les passants, la musique et les plats préparés vendus dans la rue viennent tous d’Haïti. 

Depuis juillet, les migrants haïtiens sont contraints de passer plusieurs semaines dans cette petite ville de pêcheurs. Une halte imprévue dans leur périple vers les États-Unis. Ils seraient en ce moment plus de 8 000 à arpenter les rues de Necocli. « Je suis en train de dépenser ici tout mon argent », se désespère Waldo, père de deux enfants. Devant le guichet d’une des deux compagnies de bateaux traversant le golfe d’Uraba, il tente de faire changer la date de ses billets, prévus pour dans trois semaines. En attendant, les maigres économies de Waldo s’épuisent, rendant incertaine la suite du voyage. 

Contrairement à d’autres migrants, il n’a « personne qui puisse [l’]aider en [lui] envoyant de l’argent », ajoute-t-il. Il ne sait pas ce qu’ils vont devenir, une fois leurs économies consumées dans cet entonnoir entre l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale. Necocli, d’où partent les bateaux qui traversent le golfe d’Uraba vers les villages colombiens d’Acandi et Capurgana, à la frontière avec le Panama, est un point de transit obligé sur la route vers le Nord.  

Début septembre, la Colombie et le Panama ont, d’un commun accord, limité à 500 le nombre de passages quotidiens entre les deux pays. La décision aurait été prise sous la pression des autorités panaméennes, débordées par un afflux inédit de migrants. Plus de 70 000 candidats à l’exil auraient traversé l’isthme depuis le début de l’année, un chiffre record. « Il y a des jours où le Panama a reçu 1 500 à 2 000 migrants. Il y a même eu une semaine où nous en avons reçu 10 000, y compris les dimanches », s’alarmait en août Samira Gozaine, directrice de l’organisme de contrôle migratoire panaméen. À Necocli, en Colombie, en octobre 2021. © Photo Pascale Mariani pour Mediapart

« La migration est un phénomène que nous ne pouvons pas arrêter, mais nous pouvons garantir que le passage se fera de manière sûre et contrôlée », ajoutait-elle. Pourtant, le chemin est tout sauf sûr. Pour gagner le Panama depuis la Colombie, les migrants doivent traverser la redoutable forêt du Darién, plusieurs jours de marche à travers la jungle, à la merci des groupes armés, des rivières en crue et des bêtes sauvages.

De tous les continents

En 2010, à peine quelques centaines de migrants se risquaient à franchir le Darién pour atteindre la frontière avec les États-Unis. Leur nombre a enflé de manière exponentielle au fil des années.

Les premiers à affluer furent les Cubains. Ils trouvèrent dans ce long détour à travers le continent américain une alternative au passage en « balsas », ces radeaux de fortune, par un détroit de Floride désormais trop contrôlé.

Certains viennent d’autres continents, du Népal, du Bangladesh, du Cameroun ou du Congo, par petits groupes. Les Haïtiens, poussés toujours plus nombreux par la misère et les désastres nationaux vers le rêve américain, sont les plus nombreux. La Colombie, le Panama et la plupart des pays latino-américains les laissent généralement passer, tout en cherchant tant bien que mal à réguler le transit. 

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