« Sondocratie et Médiacratie » : Trump trompe tout le monde.

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par Dr Jean Ford G. Figaro
« je ne me suis jamais autant trompé de ma vie »
David Plouffe, directeur de campagne d’Obama.
 
À la fermeture des centres de vote, le mardi 8 novembre 2016, les projections commençaient déjà à libérer de l’adrénaline dans le système des millions de téléspectateurs qui attendaient le dénouement de l’élection présidentielle américaine. Le suspense était américain aussi bien que planétaire. L’hypothalamus agit sur les glandes médullosurrénales pour sécréter cette hormone afin de mobiliser l’organisme tout entier pour affronter le danger, le stress et l’incertitude.Vers les 10 heures du soir, alors que les perspectives s’assombrissaient peu à peu pour Hillary Clinton, j’ai commenté sur les réseaux sociaux que le langage corporel des présentateurs des chaînes de télévision telles que CNN et MSNBC augurerait un résultat de choc, il paraissait qu’une douche froide aurait humecté l’épiderme de ces commentateurs avec l’arrivée des premiers scores des candidats.




Le 9 novembre vers les 5 heures a.m, le journaliste de la chaine de télévision CNN Anderson Cooper avait déclaré après la publication officielle des résultats qui consacrait Donald Trump comme le 45ème président des États-Unis,‘’why we are all wrong’’? Pourquoi nous nous sommes tous trompés? En Floride, Caroline du Nord et dans le Wisconsin, le consensus était généralisé en faveur de l’ancienne sénatrice de New York.
L’élection, qui pouvait sembler quasiment gagnée pour la démocrate a donné la surprise générale. Les sondeurs, médias, commentateurs, intellectuels, hommes politiques et autres (considérables comme médiocres), tous azimuts étaient d’un seul refrain, que l’Amérique allait élire un nouveau commander in chief en la personne d’Hillary Clinton. Donald Trump qui souvent, dans ses rassemblements de campagne indexait les hommes de médias et les sondeurs comme les plus malhonnêtes et répugnants de la société, a prouvé par son succès que le matraquage médiatique à travers la manipulation d’opinion par de faux sondages était incapable d’arrêter l’élan vertigineux de sa candidature. La quasi-totalité des enquêtes d’opinion qui semblait ignorer qu’environ 14 millions de personnes avaient voté pour Trump aux primaires républicaines, donnait à Hillary Clinton une large avance. Le magnat de l’immobilier a fait mentir un grand nombre de cyniques. ‘’Qu’est-ce que tout le monde a raté’’? se plaignait le présentateur star de 360 sur CNN, David Axelrod un ancien conseiller d’Obama a lâché laconiquement, « les chiffres ».




Dans son ouvrage De l’esprit des lois, Montesquieu a théorisé sur le principe de la séparation des pouvoirs. Ce postulat qui constitue le socle de toute vraie démocratie, est censé préserver les citoyens des atteintes à ses droits fondamentaux. L’équilibre entre les pouvoirs est assuré par la capacité que doit avoir chacun d’eux d’agir et d’empêcher les risques d’abus de part et d’autre. Le pouvoir exécutif doit être distingué du pouvoir législatif et de l’autorité judiciaire. L’ancien président de la cinquième république, François Mitterrand avait déclaré dans une lettre aux français, »Montesquieu pourrait se réjouir de ce qu’un 4ème pouvoir ait rejoint les trois autres et donné à sa théorie de la séparation des pouvoirs l’ultime hommage de notre siècle ».
Le concept de « quatrième pouvoir » prône l’idée selon laquelle les médias c’est-à-dire les moyens de transmettre l’information au public, qui conglomèrent un ensemble de techniques modernes comme la télévision, les journaux, l’internet, la radio et les réseaux sociaux auraient une forte influence sur les affaires publiques et sur les comportements des citoyens. André Santini a préconisé que ce sont les médias qui font le débat et les pouvoirs seraient manipulés par les sondages, un phénomène qu’il qualifie de « sondocratie ». Ainsi pour l’homme politique français, il n’y a pas de quatrième pouvoir mais les médias ont le pouvoir. L’opinion de l’auteur met en relief une présence systématique des médias dans la vie politique et suggère une notion de l’émergence d’une démocratie médiatique.
Des groupes d’intérêts de toute idéologie confondue (libérale et conservatrice) ont utilisé la presse écrite et télévisée pour attaquer Mr Trump, et lui en revanche, a utilisé son compte de twitter et de Facebook pour répondre aux allégations faites contre sa personne. Malgré le manque de support des opérateurs de Silicon Valley, l’ancienne star de la télé-réalité « The apprentice » a su dans des heures nocturnes, se bénéficier de ces médium pour atteindre le peuple américain tandis que sa compétitrice dépensait des millions dans des spots publicitaires de télévision. La presse est-elle vraiment ce contre-pouvoir comme elle prétend l’être, se demande plus d’un? Une interrogation qui n’arrête pas d’emmouscailler l’esprit de ses critiques.




Selon presque toutes les prédictions des sondages nationaux, retransmises en milieu de la journée électorale, par le journal New York Times, la candidate démocrate remporterait l’élection avec 45,9% des voix, contre 42,8% pour Donald Trump. D’après le quotidien New-yorkais « Les chances qu’Hillary Clinton perde l’élection sont équivalentes à la probabilité qu’un joueur de la NFL dans le championnat national de football américain, manque une transformation à 37 yards ou 33 mètres », soit environ 15%, se réjouissait, sûr de son coup, le journal qui en premier avait publié les photos nues de l’ex modèle Melania Trump. Le site FiveThirtyEight, spécialisé dans le journalisme de données, donnait lui aussi Clinton gagnante, avec une forte probabilité, de 71,4%, contre un petit 28,6% pour Trump.
Dans la cacophonie des dizaines d’études qui situeraient l’ancienne première dame au paroxysme de l’imaginaire collectif, une seule a donné régulièrement Donald Trump gagnant des élections, le sondage quotidien de l’USC Dornsife-Los Angeles Times. Parmi les dix sondages présentés par le New york times, un seul prévoyait la victoire de l’outsider républicain à 43 %, c’est le Investor’s Business Daily. À différence de nombreuses enquêtes nationales, la dernière datée du lundi 7 novembre, quelques heures avant le jour-j, donnait le républicain en tête avec 3,2 points d’avance sur la démocrate (46,8% contre 43,6%). Donald Trump ne s’y était pas trompé, à chaque étape de son dernier marathon de campagne, il répétait à ses partisans qu’il allait gagner les élections, les sondages n’étaient pas plausibles et la presse était tout à fait biaisée. Lui qui avait appuyé la sortie du Royaume Uni de l’Union européenne, il aimait se faire appeler « Mister Brexit ».
Fareed Zakaria, un autre journaliste de CNN qui présente le magazine dominical d’information, GPS, dit être persuadé que la presse américaine se trouve dans une situation embarrassante et conflictuelle. Il n’est un secret que la crédibilité est devenue un problème mondial pour cette industrie, les exemples de mauvaise prophétie sont légions. Les instituts de sondages se sont aussi trompés sur le référendum de 2014 concernant l’indépendance écossaise, qui a été majoritairement rejetée, et ils n’ont pas prédit non plus les victoires décisives des conservateurs au Royaume-Uni et du parti Likoud du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, l’année dernière. Les sondeurs avaient du mal à projeter un score aussi exorbitant de Bernie Sanders face à Hillary lors des primaires démocrates. Le sénateur socialiste a répété en plusieurs occasions qu’il doutait de la probité de ceux qui se font appeler ‘’pollster.’’
L’issue de cette élection est entrain très probablement, de relancer l’éternel procès des sondages et sondeurs. L’astrologie électorale marche d’échec en échec. Les premiers instituts de sondages naissent aux Etats-Unis en 1935, il compte au nombre de trois, les instituts de sondages commerciaux: Gallup, Roper et Crossley. Leur popularité allait s’établir rapidement lors de l’élection présidentielle de 1936. Ils allaient prédire la victoire de Roosvelt en interrogeant quelques milliers d’américains seulement alors que les médias dans son ensemble, emmenée par le Literary Digest, avait annoncé celle de Landon. Selon certains critiques, le sondage d’opinion n’est qu’un instrument d’action politique qui sert à imposer le fantasme qu’il existe une opinion publique unanime, qui servira à légitimer une politique ou une autre.
Comment faire face à cette crise de confiance? Trump par sa grande victoire dément les sondeurs et les médias. Le candidat populiste a remporté 290 grands électeurs, soit 20 de plus pour gagner les 270 nécessaires tandis que sa rivale démocrate n’a reçu que 218 grands électeurs. L’élection inattendue du milliardaire sera pour longtemps l’objet d’étude dans les centres académiques pour avoir contredit de façon imprévisible le verdict de ces deux secteurs clés dans le business électoral. Il a séduit les américains avec son style indomptable en faisant déjouer les vieux codes politiques de Washington.
Les instruments d’enquêtes sont-ils adaptés à l’électorat d’aujourd’hui? Malgré tout le support d’une presse acquise à la cause des démocrates, Hillary Clinton n’a pas pu bénéficier du vote des collèges électoraux après avoir été favorisée par la majorité du vote populaire. Des voix se sont élevées après ces résultats pour demander si aujourd’hui on peut parler d’une « science » se référant à l’opinion publique. Si elles sont nombreuses les voix qui font croire la nature scientifique des sondages d’opinion, elles sont peu cependant, ceux qui y croient. Il faudra attendre de longues années avant que les sociétés replacent leur confiance dans les travaux des sondeurs et un temps record afin de remonter cette crise de crédibilité dont souffrent les médias et analystes politiques des Etats-Unis et un peu partout dans le monde. Le président élu Trump, avec son discours « Make America great again » a soulevé l’ego de l’Amérique profonde, d’une part, et de l’autre n’a fait que discréditer d’avantage les sondages et faire tomber le mythe séculaire de la puissance des médias sur qui jeter son dévolu, le jour du scrutin.
Dr Jean Ford G. Figaro, MD-MsC-HEM
Boston, Massachusetts
Jeanfordfigaro@gmail.com

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