Haïti : Pleurer ou réfléchir, les deux se valent et se prévalent

0
1241

par Kensley Brutus

Mardi 20 juillet 2021 ((rezonodwes.com))–

Nous sommes à deux semaines après qu’un chapitre considérable de l’histoire nationale vient d’être écrit. Mais cette fois, plus que jamais, le tableau est ténébreux.  Il s’agit encore d’une mort tragique, celle d’un Chef d’Etat. Quoi de plus ignoble pour implorer le pardon du reste du monde ?

En fait, mis à  part  la  vie  d’un  homme,  cela  concerne  au  premier  chef  l’enchainement  de  faits  qui  nous construisent  comme  nation.  Celle  qui  a  fait  le  premier  pas  quand  il  fallait  définitivement  sortir  du joug de l’esclavage et qui a vu naitre l’héroïsme digne et profond de Toussaint Louverture et de Jean Jacques Dessalines.

A  ce  stade,  la  culture  de  l’intolérance  porte  déjà  plus  d’un  ici  à  nous  intimer  l’ordre  de  ne  pas angéliser ce monsieur-là qui venait de nulle part et que l’on a fait président de la République. A cela, il faut noter aussi que tout a commencé avec pour cadre une atmosphère tumultueuse et indécente qui  nous a fait perdre deux ans pour des électorales qui n’intéressaient pas tout à fait les gens.

Il est si vrai que, le moins que l’on puisse dire, les votants allaient voter les mauvais des pires. Tandis que, malgré cela, la plupart des politiques préfèrent ignorer jusqu’à aujourd’hui que la masse critique qui n’a  pas  voté  pour  le  candidat  Moise  au  premier  scrutin  l’a  fait  en  réponse  à  une  mésentente  qui régnait entr’eux en tant que titans.

Par ailleurs, depuis cet évènement, nous expérimentons la relative essence de la tournure qui suit :

« La  mort  d´un  homme,  c’est  la  mort  de  l’homme ».   Il  n’y  a  que  la  politique  en  Haïti  qui   puisse imposer de tels comportements pathétiques. C’est là où bataille politique est synonyme d’adversité au plus bas niveau. C’est en partie bizarre, pourtant   c’est bien le découpage que cette génération remémorera longtemps encore de ce monde politique monstrueux et que celles du futur seront dans l’obligation de chambouler à tout prix.

Nous ne nous estimons pas en mesure de faire une  leçon à qui que ce soit ici. Mais au final, nous assumons que le président qu’a été Jovenel Moise restera un mouton au cœur de lionceau, et que le lion  ce  sont  ceux  qui  continueront  d’agir  dans  le  noir.  En  d’autres  termes,  nous  croyons  que  le monstre  est  là  où  la  majorité  consciencieuse  ne  regarde  pas. 

Nous  comprenons  fermement  par-là que, nous, victimes ou rescapés de ce système, depuis le jour où on ne peut rien planifier en Haïti, soit quelques mois après l’avènement de Jovenel Moise au pouvoir en février 2017, identifions mal ce démon qui nous dévore socioéconomiquement.

Pour  ce  qui  concerne  l’éternelle  répétition  au  point  de  vue  de  notre  persévérance  dans  le  mal,  la tragédie  dessalinienne  est  longtemps plus  regrettable  que  celle-là que  les  agents  pérennes  de  nos malheurs  viennent  de  nous  infliger.  Nous  ne  pouvons  que  l’assumer.  Mais,  d’une  façon  ou  d’une autre,   pour   avoir   pris   une   orientation   politique   où   l’on   se   doit   de   promouvoir   des   valeurs universelles, c’était frustrant  cette  partie  de  bestialité  affichée  et à laquelle des pays  qui se  disent nos amis ont dû sympathiser.

C’était encore plus frustrant pour ne pas dire humiliant, de donner des explications à des étrangers qui peinaient à comprendre que ces genres de choses découlent de la réalité d’une vie sociopolitique actuelle. Un ami apte à se défendre dans de telles situations, dans son élaboration,  a  su  évoquer  le  fait  d’une  complicité  internationale.  Ce,  en  vue  d’éclaircir  ce  point d’ombre qui nous collera toujours à la peau.

En disant cela, il faut se souvenir de cette attitude mature de la population ô combien vigilante et intelligente dans ce jeu macabre. Un jeu dans lequel elle se voit de préférence spectateur actif. Elle vient  même  d’effectuer  un  silence  surprenant  pour  mieux  comprendre,  agir  et  ne  pas  se  laisser prendre dans des stratégies manipulatrices où chacun raconte l’histoire de son film pour un même et seul déroulement de faits produits sur une même et unique scène.

De l’espoir, il y en aura toujours. Parce que cette mort de  trop devrait pouvoir nous permettre de renégocier le contrat social, de faire de la justice une culture et une boussole vers quoi tout le monde peut s’orienter.

Sinon, on se verra encore perdurer dans ce carcan de division idiote et aveugle qui nous  emmène tout droit vers le cercle vicieux que nous venons de connaitre à l’issue des dernières périodes  qui  n’est  autre  que :  élections,  contestations,  manipulations  et  maintenant  tueries  en cascade.

Sinon, la réalité demeurera pire qu’elle est aujourd’hui en nous voyant sous l’obédience de l’incompétence avec des autorités revanchardes prêtes à ne satisfaire que leur ego, même au prix du sang. Sinon, nous mourrons tous. En tout cas, entre se sentir consterné et réfléchir, pour l’instant, les deux se valent et se prévalent.

Kensley Brutus

Nürnberg, Allemagne, 20-07-2017

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.