Prof. Carly Dollin : Le fléau de l’usurpation de titres !

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Avocats marrons, ingénieurs imposteurs, médecins pharisiens, statisticiens magiciens, sociologues démagogues, économistes exorcistes, journalistes affairistes, agronomes falciformes, diplomates acrobates, doctorats scélérats, en veux-tu en voilà. En cascade, en série et en parallèle, l’usurpation de titres fait rage à notre paysage sauvage qui, en accélération vers un naufrage titanesque, tutoie le fil fragile du chaos systémique dans une fine proximité.

Le bon sens savait clairement qu’en absence de vocation, de passion, d’intégrité, d’humanité, du sens de l’honneur ou de la volonté de produire du bonheur et du bien-être collectif qui les rendraient effectivement utiles, pragmatiques et efficaces, les métiers très nobles, prestigieux ou les moins illustres, s’illustrent dans la nullité, la futilité et la stérilité.

Les sources administratives ont énuméré une flopée de gens « cultivés », privilégiés de ce monde inique et cynique, qui ont eu la rare opportunité de bénéficier de formation académique approfondie pour se coiffer experts, techniciens, doctes, savants, spécialistes et sommités en divers domaines décisifs. Une majorité de tels récipiendaires font fi de l’éthique en raison de leur avidité égocentriste et boulimie affairiste à se déciviliser et se débiliter plus que les méchants qui mentent, kidnappent, assassinent, décapitent et décapitalisent autrui dans l’optique de s’enrichir déloyalement.

Le sens de l’intelligence dévié par l’usurpation

Par ces temps de perversité effrénée, de perfidie déchaînée et de déshonneurs outranciers qui ne se gênent guère de maintenir à la tête de la Cité des dignitaires sans dignité, des honorables sans honorabilité et des autorités sans notoriété, le sauvage le remporte sur le sage avec grandiloquence. Parallèlement, la platitude intellectuelle s’exhibe en permanence à des gymnastiques curvilignes pour crucifier les comportements rectilignes et justifier des ramassis de simagris, gribouillis, majigridis et graffitis funestes jusqu’à égorger la lumière et la vérité afin de plaire à la sinécure et la rature dans leurs inculture et imposture arrogante.

Dommage de constater qu’en cette ère de domination de l’intelligence artificielle, l’intelligence humaine prend plutôt une connotation péjorative au sein des nations rebelles à la justice et au développement soutenable. Serait intelligent celui qui sait arrondir les angles en des coups concupiscibles en contrepartie de privilèges périssables dans la vanité d’un confort éphémère qui pourtant perturbera l’âme dans un inconfort éternel ici et à l’autre monde.

Au final, que sert-il à des hommes et des femmes entêtés et affreux du couloir officiel d’amasser des biens mal acquis quand ils ne peuvent fermer les paupières voire aller aux toilettes sans une batterie d’agents de sécurité ?  Perte de paix intérieure, folie dans une constante sirène tonitruante arrogante, refuge dans la cage blindée comme unique espace vital. Définitivement, le jeu vilain et malsain – consistant à gargoter et piller le trésor public pour créditer ses comptes bancaires à dix chiffres dans les paradis fiscaux – ne vaut absolument pas la chandelle.

Qu’il nous soit loisible d’envoyer une fière chandelle à ceux et celles qui gardent les lignes et qui acceptent les ironies de « diners de cons » organisées par les corrompus qui les targuent de « Boukis » puisqu’ils refusent les deals souterrains sur notre terrain miné, effrité et gangrené de flagorneurs, d’escamoteurs, de gangs officiels et officieux.

Des âmes ruinées et des générations risquées

Déviation par rapport aux références de l’équilibre humanitaire, chez nous, science et conscience ne riment qu’exceptionnellement dans la symphonie et la symbiose d’accomplir les vœux de l’excellence et de la magnificence. Et pour conséquence néfaste, la divergence de ces deux facultés, nous prévient François Rabelais, conduit à la ruine de nombreuses âmes, et par extrapolation à la dégénérescence de toute une génération.

Au cours de cette décennie d’inepties inédites dans la vicissitude d’une pétrophilie rouge à une pétrophobie bleue qui a vu certains esprits prometteurs déviés en cleptomanes et mégalomanes – pour se cloitrer dans la schizophrénie, la paranoïa, la claustrophobie et l’agoraphobie – Haïti est la preuve probante du postulat de Rabelais.

Des individus maniaques, de bas instinct, siégés à des postes stratégiques à des ministères, au législatif, au judiciaire et à l’exécutif, perdus dans le farfelu, le vol et le viol se « suicident » et se réduisent au stade animal en devenant des ennemis pour leurs semblables. Par extension, la santé, la sécurité, l’éducation, le loisir et le bien-être de la collectivité en pâtissent amèrement en payant les dures conséquences de l’ingérence et de l’absurdité électorale au prix fort.

Le fardeau des hypothèques contractées par nos petits dirigeants menteurs, escrocs et amateurs administratifs finit toujours par tomber sur le dos de chacun de nous. De son tombeau mémorable, Antoine de St Exupéry est toujours offusqué de constater que sa juste plaidoirie ancrée dans les projets de développement soutenables demeure un vœu pieux. « Nous n’héritons pas la terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants » sera d’application quand la sphère politique est occupée par des acteurs consciencieux.

Quand la politique tousse, le social est obstrué par la pneumonie et l’économie affaissée par la tuberculose. Autant s’assurer de soigner le champ politique en le débarrassant des cons, croupions, larrons et aliborons sans conscience, sans lecture ni écriture qui expriment des velléités sénatoriales et présidentielles pour surfer dans une sinécure onéreuse aux dépens de la culture dialectique qui procure la cure aux raisonnements obscurs qui amplifient les préjudices économiques et sociaux.

Une usurpation musclée au service de la médiocratie

Depuis de nombreuses décennies, le factice, la malice, l’artifice, le subreptice, l’injustice, le faux et l’usage de faux prennent du poil de la bête ; ils certifient qu’ils sont puissants et qu’ils ont la vie très dure. Ils sautent les verrous spatio-temporels pour défier l’inspection des yeux de lynx des esprits de vigile ; ils se faufilent clandestinement dans les couloirs de la royauté, la papauté, la présidence, la basoche, l’université, la philanthropie. Ils sont des époux fidèles à la flagornerie, l’ineptie, la calomnie, la voyoucratie et la médiocratie qui les accueillent en grande pompe, sur tapis rouge. Ensemble, ils accomplissent la mission kakistocratique de verrouiller énergiquement l’entrée dans les sphères décisives à la compétence, la décence et l’excellence.

Maints imposteurs au service de plusieurs receleurs ; en fonction du moment, les bluffeurs se métamorphosent en serviteurs, missionnaires, experts ou animaux de la jungle ensanglantée pour exécuter les boulots les plus cruels et les plus salissants. Les flatteurs et usurpateurs sont des racketeurs, des âmes creuses assoiffées d’opportunités crasseuses, dépourvues de sagesse, de souplesse et de noblesse mais guidées par la faiblesse charnelle, les velléités criminelles et la petitesse de l’esprit.

Incapables de recul et de calculs justes, un usurpateur est enclin à opérer tête baissée le sale boulot de cucul et de lèche-cul pour éjaculer du liquide pestilent, maculer, gesticuler, basculer d’un camp à l’autre, acculer des professionnels intègres et bousculer la lumière dans les ténèbres. Par la puissance opaque du bluff, du faire-semblant et du faux-semblant, la vérité est déformée, l’éducation dénivelée, la santé hypothéquée et l’économie asphyxiée.

Trop d’étoiles éteintes dès l’œstrus, des talents latents tués dans l’œuf ; trop de projets porteurs néantisés, trop d’improvisation, procrastination et chronophagie budgétivore. Pour le bonheur des enfants, de la jeunesse et de l’humanité, il faut que cesse cette grave idiotie de laisser n’importe qui, venu de n’importe où – de basse classe, de face de farce, de race de limace, d’attitude de voraces – faire n’importe quoi aux axes stratégiques pour empoisonner le bien-être collectif et hypothéquer l’avenir des générations présentes et futures.

La politique n’est pas une « Ecole de fans », un jeu de PlayStation ni une expérience de kindergarten où le coloriage, le bricolage et le rapiéçage seraient encouragés par des notes complaisantes. Quand ce sont des gens sales, des attitudes bestiales et des aptitudes brutales de dealers qui se métamorphosent en leaders politiques, pour tous les âges et toutes les couches, la note est salée comme de l’eau de mer. Le scandale politique charrie déviance, méfiance et défaillance pour accoucher des tsunamis économiques.

Le syndrome du diplôme fictif

Dans ce vacuum extrême d’institutions suprêmes désacralisées, de système dénivelé, de crème avariée, de conditions violées, balises sacrifiées, contraintes enlevées, abstractions démystifiées et évaluations dévaluées, les faux diplômes se déchaînent pour se décerner dans l’idiotie à tout charlatan, tout venant et tout revenant moyennant de l’argent ou de connexion avec des agents de ce marché souterrain d’une demande intellectualiste arriviste captée par la mafia mercantiliste.

Point besoin de montrer du dévouement, vaincre la paresse et renoncer aux programmes de loisir pour chauffer la matière grise en des transpirations, des intuitions, des aspirations, des inspirations, des réflexions analytiques, des algorithmes de programmation, des calculs exponentiels, des concentrations virtuelles ou présentielles pour procéder à la décortication du squelette humain, à la compréhension des thématiques économiques, diplomatiques et sociales.

En effet, médecin qui veut, docteur qui souhaite, ingénieur qui désire, économiste qui vise et agronome qui aspire. Il suffit de connaître les couloirs des deals illicites pour griller les étapes, parachuter et court-circuiter le temps. Les périples de deux ans, quatre ans, six ans ou huit ans d’études assidues seraient réservés aux nuls, aux imbéciles et aux « cons sans temps » consentant à gaspiller du temps en jetant de l’argent par la fenêtre.  En absence de postes prestigieux du récipiendaire tels que ministres, présidents, sénateurs ou députés qui auraient garanti un retour en espèce ou en nature à l’institution hôte, les pièces falsifiées mal acquises se payent cash.

Programmes de licence et de « masters » dans l’abstraction dont les récipiendaires préfèrent taire les institutions d’accueil ; des titres de doctorats subjectifs délivrés dans l’anonymat à des rats, des scélérats et des pirates, rien n’empêche à des malfrats tels que Tizo, Izo, Manno et Mawozo d’afficher « haut la main » leurs diplômes de deuxième et de troisième cycles.

D’ailleurs, parlant d’esprits audacieux, malicieux et pernicieux qui reçoivent et propagent les titres mal acquis, la présidence indécente, arrogante et délirante a donné le ton. Le ministère de l’éducation nationale auto-valide, le rectorat baisse les bras, le pastorat ne corrige pas, le gouvernement ne rectifie guère, le barreau passe le chemin de l’injustice bouche bée et les yeux bandés. C’est la débandade paroxysmique !

Temps au faux de faire faux bond !

D’une seule fenêtre brisée tolérée dans l’indifférence, une société entière est susceptible de prêter le flanc à toutes les dérives pour constater ses prestigieux édifices effondrés comme un château de cartes. Cette thèse du « Broken Window Theory » – développée par les psychologues Américains James Q. Wilson et George L. Kelling – exhibe ses preuves empiriques au sein de tout système piloté par des dirigeants médiocres.

D’un seul député déshonorable à des dizaines de vulgaires maires, une kyrielle de sénateurs divagateurs, une pléiade de directeurs généraux immoraux, une palanquée de ministres sinistres, des gouverneurs sans caractère et des présidents impotents, Haïti se révèle un prototype typique de l’application pratique de cette théorie de la fenêtre brisée enfantée dans le champ de la criminologie.

Par l’effet Dunning-Kruger, les usurpateurs croient qu’ils maîtrisent tout au même niveau ; et donc à la vérité à aucun niveau. Ils seraient des médecins qui signent des prescriptions pour guérir 101 maladies ; des ingénieurs qui détrônent Eifel ; des musiciens au salon de la dialectique qui confondent alpha et numériques ; des planteurs de bananes à entreprendre des caravanes de projets inutiles pour mettre de l’argent dans les poches et de la nourriture dans les assiettes.

Là où la sagesse renonce à se prononcer pour ne pas brider les actions exubérantes qui induisent en erreur, l’usurpation et l’imposture étalent leurs arguments fallacieux en des acrobaties erratiques, ironiques et hérétiques pour poignarder la dialectique selon  les intérêts mesquins du moment.

Ne brandissez pas un papier, prouvez ce que vous valez !

Diplôme ne rime pas toujours avec compétence. Ce n’est qu’un papier qui envoie un signal, malheureusement en ces temps de trucage et de piraterie, dont la crédibilité requiert des vérifications approfondies théoriquement et empiriquement. N’est-ce pas qu’un nombre pléthorique d’illustres philosophes et scientifiques à l’image de Socrate, Pythagore, Toussaint, Firmin, etc. n’ont pas eu à fréquenter un espace académique formel.

Nulle part dans l’arène académique, Joseph n’a appris les techniques de gestion ; mais, par sa probité, sa foi et  sa perspicacité, les années de vaches grasses ont été lissées pour atténuer les effets pervers des années de vaches maigres. Moïse, le vrai, n’a fréquenté l’école formelle pour soutenir l’avis précurseur au paradigme du capital humain qui met en avance la santé robuste comme facteur clé de la performance et de la production quantitative et qualitative. La sagesse exceptionnelle du roi Salomon – doté du flair maïeutique de faire accoucher la vérité à travers  ses facultés de justice poussées – n’a pas été acquise sur les bancs de l’école.

De nombreux scientifiques ont transcendé le temps et les espaces à travers leurs travaux inestimables. Leurs réflexions, inspirations et inventions « désintéressées » ont permis d’apprivoiser les caprices du cosmos. Les avancées technologiques et innovantes sont greffées sur les réflexions liminaires des philosophes et scientifiques des siècles passés qui n’avaient pas à fouler des sols universitaires.

Aujourd’hui, une palanquée d’humains détenteurs de diplômes décernés par les plus fameux centres de savoir, seraient « nuls » en des réflexions créatrices d’harmonie dans les relations diplomatiques et les projets politiques. Pire encore, par leurs agissements brutaux contre la logique, les faux, déloyaux et illégaux causent sans conteste plus de maux que les ignorants conscients de leurs limites. « Savoir mal est pire qu’ignorer ».

Mieux vaut un « sans papier » qui sert la cause de la pensée critique que de nombreux « papiers complexés », souvent faux d’ailleurs, qui se jettent tête baissée et colonne vertébrale courbée dans la déloyauté de justifier le sophisme et le crime de son excellence et sa majesté.  

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com

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