Restes de Toussaint – De Gaule à François Duvalier : « quel intérêt ont ces gens à réclamer les restes d’un ancien général français »

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Toussaint à son fils Placide en France, avant de prendre des chemins distincts, pour ne plus se revoir de leur vivant : « Mon enfant, vous reviendrez un jour à Saint Domingue. Oubliez que la France a assassiné votre père« .

Toussaint Louverture, de sa capture à son internement inhumain dans un cachot de Fort-de-Joux, jusqu’à ce que mort s’en suive, le 7 avril 1803, n’a connu autant d’humiliations et de souffrances qu’il n’a endurées durant ses jeunes années passées dans l’esclavage.

Après avoir connu 32 nuits et jours en haute mer au départ du Cap-Français (Cap-Haïtien), il devait resté davantage prisonnier sur Le Héros au quai de Brest (France) pour un autre 67 jours, avant de mettre les pieds sur la terre ferme de France, en octobre 1803, pour ne plus retourner sur les traces du passé. Si l’acte de son décès survenu le 7 avril 1803, alors qu’il était privé de soins et de nourriture, est facilement retracé et avec exactitude, il n’en demeure pas moins que ses cadavres encombrants, pour le peu d’importance accordé au « général-traître« , par le premier Consul, revêtent d’un caractère particulier, D’où sur les traces des restes de Toussaint Louverture, reste et demeure un énigme.

7 avril 1983 Inauguration du Mupanah par le dictateur à vie Jean-Claude Duvalier

Mercredi 7 avril 2021 ((rezonodwes.com))–Parmi les fondateurs de l’émancipation du peuple haïtien, qui, aujourd’hui, semble plongé dans une léthargie, se détache majestueusement du fond du tableau un homme qui eût honoré n’importe quelle nation : La France, en tout premier genre. Cet homme, un génie du temps moderne, était petit et fluet, actif et infatigable ; écrit Saint-Rémy dans « Etude Historique et Critique » se référant aux prouesses de cet homme qui n’est autre que le génie Toussaint Louverture, mort il y a exactement 218 ans. Peut-on retracer avec une certitude absolue ses restes et les faire entrer au panthéon ?

Seules des études d’archéologie très poussées, avec une technologie de pointe appliquée, pourraient avancer des preuves irréfutables que le grand vase doré, exposé au MUPANAH, le Musée du Panthéon National contienne indubitablement les restes du Précurseur de l’indépendance d’Haïti. Mais avions-nous besoin d’en arriver jusque-là pour comprendre la légèreté avec laquelle la « présidence à vie » manœuvra ce dossier à l’inauguration du plus grand musée national d’Haïti, le 7 avril 1983, dédié à nos Ancêtres et particulièrement aux héros de l’Indépendance.

En 1883, soit quatre-vingt (80) années plus tard après sa mort, toute trace de remonter aux restes de Toussaint Louverture, était déjà dissipée.  

Son âme titulaire veillait sur la jeune patrie en mal de créer un Etat-Nation, vilipendé par des apprentis-dictateurs. Il y eut même des documents, avant les grands travaux de restructuration du Fort, vers 1876, relatant de la prise en charge des restes de Toussaint par son fils Isaac. Tout ceci pour expliquer que les pelletées de poussière recueillie au Fort-de-Joux, sur requête du « gouvernement à vie« , n’a plus sa raison d’être.

Avant Jean Claude Duvalier, en novembre 1982, deux autres anciens présidents d’ Haïti Sténio Vincent et François Duvalier se planchaient sur la question. Ils avaient eux aussi manifesté un intérêt particulier, dans les recherches sur l’exactitude de l’emplacement des restes du général Toussaint, aux fins de rapatriement. Ils écrivirent une lettre d’intention à leurs homologues français.  

Toussaint inhumé dans une fosse commune  

Il eut été dit au premier, président Vincent, que les travaux de rénovation effectués au Fort-de-Joux, entre 1876-1880, avaient permis le déplacement de tous les ossements en une seule fosse commune. Donc il devenait impossible, voire difficile de remonter à l’emplacement exact où le Génie de la race noire fut inhumé. Vincent, probablement, voulait faire apparaître un sens de patriotisme éclairé, pour couvrir l’ombre de l’occupation, période au cours de laquelle, son gouvernement excellait en zèle.  

Au second, le dictateur François Duvalier, écarté et un peu méprisé sur la scène internationale pour le qualificatif de despote, en s’autoproclamant président à vie, le général De Gaule déclara une fin de non recevoir. Ensuite, il ajouta « …quel intérêt ont ces gens à réclamer les restes d’un ancien général français«. Pour Charles De Gaule, Toussaint serait un français. Il était venu mourir dans son pays dans une totale promiscuité, sans comparaître devant un juge dans la France de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

Et le fils du tigre, Jean-Claude Duvalier, a apparemment réussi. Quel succès ? «Malfini volé li pa jwen’n ti poul li pran pay«.Probablement JCD anticipait. Aucun problème, il est servi et les cérémonies pompeuses ont lieu le 7 avril 1983.

Correspondance entre le ministre Estimé et l’ambassadeur de France en Haïti en 1982.

Pour l’histoire et pour la vérité, est reproduit en-dessous, l’extrait d’une correspondance écrite de Jean-Robert Estimé adressée à Marcel Barthélemy, Ambassadeur de France à Port-au-Prince.  

Port-au-Prince, le 11 novembre 1982

Monsieur l’Ambassadeur,

Me référant à nos dernières conversations, j’ai l’honneur de vous adresser, par la présente, au nom du Gouvernement Haïtien, une requête officielle afin que le gouvernement français accepte à restituer à la République d’Haïti les restes de Toussaint Louverture et ceux de Jean-Pierre Boyer, qui se trouvent respectivement aux fort de Joux dans le Jura et au Père-Lachaise à Paris.  

Le Gouvernement haïtien n’ignore pas les difficultés inhérentes au repérage et à l’identification des ossements de Toussaint Louverture, dont la dépouille mortelle avait été placée dans une fosse commune qui fut soumise à divers mouvements de terrain sur laquelle, semble-t-il, des constructions auraient été érigées depuis lors.

S’il s’avère vraiment impossible de retrouver avec certitude les restes du Grand Précurseur, le peuple et le gouvernement haïtiens souhaiteraient que la France, dans un geste de grande portée symbolique, remettre à la nation Haïtienne, avec l’éclat et le faste qu’elle jugera nécessaires, une urne contenant de la terre provenant de l’emplacement où le corps a été inhumé.

Restes ou une urne pourraient être solennellement installés au Musée du Panthéon national à l’occasion de son inauguration en avril 1983.  

En vous remerciant des suites que vous voudrez bien donner à la présente requête, je saisis cette occasion pour vous renouveler, Monsieur l’Ambassadeur, les assurances de ma très haute considération.  

Jean-Robert Estimé Secrétaire d’Etat

Peu importe le coin caché de la nature où sont enfouis ou éparpillés les restes de Toussaint Louverture, le Premier des Noirs, déchu du haut rang qu’il occupait, trahi par ses propres lieutenants, enlevé à son pays, transféré brutalement sous le ciel glacé de la France, ses Mémoires que l’histoire exhume de leur enfouissement nous livrent tout entiers à la lumière de la dimension de génie de cet illustre personnage.  

recherches : cba

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