La coalition haïtienne au Canada contre la dictature en Haïti écrit au premier ministre Trudeau

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LETTRE OUVERTE DE LA COALITION HAÏTIENNE AU CANADA CONTRE LA DICTATURE EN HAÏTI À MONSIEUR JUSTIN TRUDEAU PREMIER MINISTRE DU CANADA

Mardi 2 mars 2021 ((rezonodwes.com))–

Monsieur le Premier Ministre,

La Coalition haïtienne au Canada contre la dictature (CHCDH) est hautement préoccupée par la situation politique d’Haïti et par l’appui inconditionnel qu’apporte le Canada, à travers le Core Group, au pouvoir illégitime et inconstitutionnel de Monsieur Jovenel Moïse dont le mandat est arrivé à terme depuis le 7 février 2021 selon les articles 134-2 et 134-3 de la constitution haïtienne amendée.

Monsieur le Premier Ministre, nous voulons porter à votre attention, pour l’histoire et afin que nul n’en ignore, les faits suivants :

Depuis 2018 le climat politique d’Haïti n’a cessé de se détériorer. Les scandales de corruption ont émaillé le mandat de Monsieur Jovenel Moïse dont l’affaire PetroCaribe, où il est épinglé par la plus haute instance administrative d’Haïti, la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux administratif (CSCCA). L’implication de Jovenel Moïse dans une vaste opération de corruption, de détournements et de pillages de fonds publics destinés à améliorer les conditions de vie du peuple haïtien est démontrée dans les rapports d’enquête du Sénat de la République d’Haïti et de la CSCCA.

Des massacres répétés sont perpétrés sous le mandat de Monsieur Moïse par des gangs armés sur la population des quartiers populaires — le plus notoire est celui de La Saline qui a fait 71 morts — des femmes violées, des enfants enlevés. Le rapport du Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) a recensé un total de 439 victimes lors du massacre de La Saline et indexe plusieurs proches de Monsieur Moïse comme protagonistes : Fednel MONCHERY, directeur général du ministère de l’Intérieur et des collectivités territoriales ; Joseph Pierre Richard DUPLAN, Délégué départemental de l’Ouest ; Jimmy CHERIZIER, alias Barbecue, ancien agent de de la PNH et un responsable de la fédération des gangs. Une enquête de la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice en Haïti (MINUJ) a également documenté ce massacre. Pourtant à ce jour, aucun des criminels n’a été mis aux arrêts ; ils circulent en toute impunité.

Profitant de cette impunité et avec l’aval de la Commission de Désarmement et de Réinsertion sociale (CNDDR) réactivée en mars 2019 par le gouvernement Moïse-Jouthe, les gangs du pouvoir se sont fédérés sous le nom de G9 en famille et alliés. Force est de constater que la réactivation de cette commission intervient seulement quelques mois après les mobilisations sociales et les manifestations d’octobre-novembre 2018. Depuis, le phénomène de l’insécurité a considérablement augmenté dans le pays. L’ONU a recensé, pour l’année 2020, 234 cas d’enlèvements. La terreur se répand et s’installe. Le 7 février 2021, la mère d’une fillette de cinq ans, une marchande de pistaches (arachides) incapable de payer la rançon exigée, est appelée par des kidnappeurs pour récupérer son enfant qu’elle retrouve morte, une corde au cou ! Ces actes odieux sont devenus le quotidien du peuple haïtien sous la passivité complice du pouvoir et de la police qui n’est efficace que pour la répression systématique des mobilisations populaires.

La Police nationale, transformée en bras armé du gouvernement, réprime les protestations citoyennes et persécute les opposants politiques, contrairement à sa mission qui est de servir et protéger le peuple haïtien. Pendant ce temps, les gangs opèrent en toute quiétude dans la capitale jusqu’à exiger et obtenir la révocation d’un ministre. Les exécutions sommaires, les arrestations arbitraires, l’usage de balles réelles dans les manifestations organisées par des opposants et opposantes au gouvernement sont devenus la norme. Personne n’est épargné dans cette vague de répression, même les journalistes sont devenus les cibles de la police.

S’appuyant sur les prescrits de cette même Constitution qu’il récuse maintenant, Monsieur Moïse a renvoyé les deux tiers du sénat élu pour 6 ans et les députés de la chambre basse, rendant ainsi caduc le parlement. S’affranchissant de ces règles constitutionnelles, il opte pour un pouvoir absolu et gouverne par décret, contrairement aux prescrits de la constitution de 1987 amendée. Il se maintient au pouvoir par la force des armes et au mépris de l’avis des institutions judiciaires (le Conseil Supérieur du pouvoir judiciaire, la Fédération des barreaux d’Haïti) et des organisations de la société civile. L’assujettissement de la justice par Monsieur Moïse s’est accru avec la révocation des juges de la Cour de cassation, constitutionnellement inamovibles (art.177). Désormais, le seul pouvoir effectif en Haïti est l’exécutif lequel se maintient au pouvoir par la terreur.

Le peuple haïtien rejette de toutes ses forces cette nouvelle dictature qu’on lui impose, ce gouvernement corrompu qui bafoue les droits les plus élémentaires des citoyens et citoyennes. Pour assurer sa pérennité, Monsieur Moïse a mis en place un Conseil Électoral Provisoire non assermenté et inconstitutionnel qui a pour mission d’organiser les prochaines élections qu’il planifie avec la complicité du Canada, des Nations-Unies, de l’OEA et d’autres pays de la communauté internationale (la France, l’Espagne, Les États-Unis, le Brésil, etc.)

Monsieur le premier Ministre, forte de ces faits objectifs, la CHCDH s’inquiète que le Canada :

  • Appuie et finance la dictature au pouvoir en Haïti ainsi que la police nationale d’Haïti qui a été transformée en milice du pouvoir par Jovenel Moïse,
  • Applique les principes de l’État de droit ici et continue de soutenir des criminels en Haïti,
  • Viole l’éthique qui doit guider ses relations avec Haïti et les principes de non-ingérence tels que stipulés dans la Charte des Nations unies.

La CHCDH vous exhorte à : réviser, au nom de la souveraineté d’Haïti et du droit à l’autodétermination de son peuple, la politique du Canada vis-à-vis d’Haïti ; ne pas appuyer l’organisation d’élections en Haïti par un Conseil Électoral Provisoire non assermenté, inconstitutionnel ; se solidariser avec le peuple haïtien dans sa lutte pour la restauration de la démocratie et la mise en place d’un système socioéconomique plus juste et équitable. Au regard des principes fondamentaux de la démocratie et des droits humains, nous vous convions à vous désolidariser de la dictature de Jovenel Moïse qui a déjà commencé à piétiner tous les acquis démocratiques du peuple haïtien et cause des dégâts considérables au pays.

Qui sommes-nous :

La Coalition haïtienne au Canada contre la dictature en Haïti est un regroupement de personnalités, d’organismes et d’associations évoluant dans divers secteurs de la société canadienne. Elle a pour objectif de :

1. dénoncer le non-respect de la Constitution, le démantèlement des institutions, la violation systématique des droits et de la dignité des citoyen.ne.s haïtien.ne.s, l’installation d’un climat généralisé de terreur et de persécution politique, les pratiques arbitraires et dictatoriales du gouvernement de facto de Jovenel Moïse. 

2. être à l’écoute des revendications du peuple haïtien

3. exprimer notre solidarité avec la lutte du peuple haïtien et son droit à l’autodétermination

4. mobiliser la communauté haïtienne du Canada et créer des synergies avec la diaspora haïtienne à travers le monde.

Pour authentification :

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Pascale ROMAIN

Contact : Dominique MATHON

Courriel : coalitioncontredictature@gmail.com

Signataires

Fritz Edner Almeda

Guerda Amazan

Frantz André, Comité d’Action des personnes sans statut (CAP)

Jean-Pierre Bejin

Marie-Florence Casimir

Orlando Céide

Magalie Civil

Frantz Clairvil

Hérold Constant

Marie Dimanche

Renel Exentus

Réginald Germain

Ricardo Gustave

Jean-Claude Icart

Robert Ismaël, Cercle Jacques Roumain

Chantal Ismé

Joseph Lamarre

Marie-Élise Lebon

Kela Manigat-Tardieu

Richard Mathelier

Dominique Mathon

Maguy Métellus

Walner Osna

Elisabeth Philibert

Ninette Piou

Marlène Rateau

Edenne Roc

Pascale Romain

Célia Romulus

Jocelyne Saint-Léger

Alain Saint-Victor

Jennie-Laure Sully

Lenous Supprice

Marjorie Villefranche

Frantz Voltaire

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