Vaudou et Société : gangs armés et insécurité publique en Haïti

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Par Erica Victor

Lundi 25 janvier 2021 ((rezonodwes.com))– Vraiment intéressant, le thème Gangs armés et Vodou de l’article de l’anthropologue Marie Florence Jean -Pierre sur l’un des médias en ligne. En le voyant, j’étais immédiatement préoccupée par son approche. J’ai consacré plus de 15 minutes de mon temps pour lire l’article au moins en 3 reprises.

Après lecture, j’ai apprecié son analyse parce qu’elle essaie de toucher un problème pertinent du pays. Cependant, suivant les aspects laissés dans l’ombre, j’ai decidé d’apporter une contribution à son analyse. Cette contribution concerne les comparaisons historiques offertes qui n’ont pas été très fines, les responsalités entre les acteurs religieux et étatiques qui n’ont pas pris une dimension de partage acceptable dans l’insécurité du pays.

En analysant le thème et les étapes de l’argumentation, il est à noter que l’implication du thème n’est pas suffisamment traitée dans le texte. Ce n’est pas un « gap », ça dépend plutôt de la façon dont l’approche est perçue il parait.

D’abord, Jean-Pierre a parlé d’une géolocalisation des gangs et des esclaves. Je me refère ici au paragraphe à propos de la « Ressemblance. » Ici, l’auteure rentre dans un anachronisme historique puisque les faits relatés à propos de cette géolocalisation ne sont pas saisis sur le même angle de signification.

Les esclaves durant la colonie fuyaient les conditions dégradantes et odieuses pour se réfugier dans les montagnes en vue de retrouver une liberté longtemps désirée. C’était le phénomène du marronnage.

Contrairement à Jean-Pierre, nous nous rappelons que le marronnage des esclaves ne constituait pas une démarche vers la criminalité, mais plutôt une recherche d’une meilleure condition de vie. Alors que les gangs choisissent de s’installer dans les quartiers défavorisés pour être à l’abri de toute surveillance et de se livrer à toute sorte d’actes malhonnêtes.

Egalement les gangs s’ installent dans ces zones parce que non seulement ces périphéries sont impénétrables par les forces armées légales, mais aussi ils sont sous couvert d’une partie de la population qui leur serve d’antenne pour les prévenir de toute éventuelle tentative de démantèlement.

Par contre, si l’on prend le cas des esclaves, l’on peut voir qu’ils s’enfuyaient dans les mornes parce que c’était loin du travail forcé, de la bastonnade et de la déshumanisation. Alors que, les gangs s’abritent dans certaines zones et les prennent en otage pendant que les forces armées légales savent là où ils sont d’une manière très précise. Ce qui n’était pas le cas pour les esclaves.

Ainsi, nous signalons que les contextes de la géolocalisation des gangs et des esclaves marrons vue dans le texte de Jean-Pierre ne soutiennent aucune forme d’analogie voire des contextes de ressemblance ordinaire.

Plus loin dans le texte, et jusqu’à la fin, n’est décelée aucune démarcation certaine entre la morale et l’éthique. N’oublions pas que dans la deuxième moitié du XXème siècle l’on a fait une résurgence de la morale sous le nom d’éthique. Quand l’auteure parle d’une nécessité d’un sens moral et éthique du vaudou j’avais pensé à une identification de cette affirmation ou une approche idiosyncratique du sens moral et éthique avant la fin du texte.

Alors, ne sont non plus démontrés dans le texte les différents critères de la nécessité d’un sens moral et éthique dans le vaudou qui consiste à enseigner aux adeptes les particularités de la morale ou des interdits vaudouesques qui bien sûr sont observés si je ne me trompe pas. Cependant, comme dans toute religion, le vaudou possède des normes de conduite( éthique) ou des interdits qui peuvent être violées par les croyants ou pratiquants.

La criminalité constatée dans le pays n’est pas la cause première de l’attribution des pouvoirs magiques du vaudou à des gangs. C’est plutôt une cause d’État. L’État est le garant de l’ordre et la sécurité de son territoire (fonction régalienne). L’État de par la force qu’il détient a le pouvoir de procéder par des moyens qu’il juge convenable pour freiner la ganstérisation et l’insécurité dans le pays.

Ensuite, l’utilisation des puissances maléfiques par les gangs pour se rendre invincibles ne traduit pas que le vaudou en soi est responsable de ces agissements mafieux. C’est du moins une mauvaise utilisation de ses pouvoirs.

Notons que les esprits ne sont pas de l’ordre des humains. Ils ne rentrent pas dans la logique de savoir si telle ou telle chose serait bien ou mal, c’est aux humains d’ utiliser le bon côté des esprits. Les esclaves ont utilisé le bon côté de la faveur des esprits pour pouvoir gagner la bataille de notre indépendance de 1804.

Il est vrai que le vaudou a toujours été une religion délaissée et méprisée, et voila pourquoi certaines de ses pratiques restent archaïques. Mais la partie de la sacralisation qu’elle possède a besoin d’être respectée.

Maintenant la mauvaise utilisation de ses pouvoirs le rend pour certains responsable de ce climat insécure. Il revient aux dignitaires notoires et adeptes consequents de procéder à sa restructuration en vue de limiter l’accès des gangters et criminels aux pratiques du vaudou.

En d’autres termes, les houngans et les hounsis, qui sont les serviteurs du vaudou doivent interdire le transfert des pouvoirs vaudouesques vers l’utilisation à des fins terribles.

En somme, malgré cette contribution pour certains ou desaccords pour d’autres, j’ai vivement apprécié le travail de Jean-Pierre qui a posé un problème crucial dont elle a soulevé une de ses diverses causes. Néanmoins, l’ auteure en tant qu’anthropologue peut approfondir sa recherche sur la criminalité liée aux esprits, le rôle du spiritualiste face à la criminalité, et le devoir de l’État face à une telle situation.

Je crois que l’auteure a la capacité de le faire compte tenu de la facilité du langage avec laquelle elle a négocié son article ou l’explication très claire avec laquelle elle présente les différentes comparaisons tentées dans le texte. Il est à espérer que d’autres anthropologues de la trempe de Jean-Pierre puissent profiter de cet article pour questionner davantage la problématique des pratiques du vaudou dans la sécurité publique en Haïti.

Erica Victor 
Références:
Jean-Pierre, M.F. (2021, jan 21). Gangs armés et Vodou: la necessité d’un sens moral et éthique, https://www.juno7.ht/gangs-armes-et-vodou-la-necessite-dun-sens-moral/, (consulté le 23 janvier 2021).   
 TripFourmi. (2019, aout 14). Augustin Saint-Cloud, roi du vaudou victime d’un braquage, https://www.tripfoumi.com/blog/2019/08/14/augustin-saint-cloud-roi-du-vaudou-victime-dun-braquage/,  (consulté le 23 janvier 2021).

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