Le carnaval national à Port-de-Paix, un météore pris pour un projet

0
531

par Jordan Verdule

Mardi 26 janvier 2021 ((rezonodwes.com))–

Après une kyrielle de promesses non tenues par le Président de la république à l’égard de la population nordouésienne, et sur un coup de tête lors de la visite du chantier de l’avenue des Trois rivières, qui dure une éternité mais mesure moins d’un kilomètre, il a attribué à la ville de Port-de-Paix l’organisation de cette grande manifestation populaire qu’est le carnaval.

Cette décision vient compléter une longue liste de vaines promesses et même de démonstrations de force. Hormis l’appartenance du Président à notre département, ces dernières étaient suffisantes à nous rendre optimistes. Comme le barrage sur le fleuve des Trois rivières, la construction d’un port et d’un aéroport à Port-de-Paix, la construction de la route Gonaïves/Anse-à-Foleur et l’électricité 24/24…

Pour les démonstrations de force, on est incapable d’oublier l’installation d’un moteur à Morne vent, localité située au niveau de la 5e section de la commune de Saint Louis du Nord depuis tantôt 3 ans. Ce dernier s’apparente à un nouveau fort construit cette fois-ci pour combattre tout effort qui vise à sortir cette belle ville jusqu’à maintenant plongée dans l’obscurité  et dans une situation d’insécurité trop inquiétante.

Malgré les efforts qui sont en train d’être réalisés sur ce tronçon, on a beaucoup de mal à passer sous silence la marche au ralenti de la construction d’une déviation d’environ 10 km de carrefour « Jòf » à morne la crête depuis son lancement officiel en 2018. Un chantier apparemment piloté par des tortues.

Fatiguée de toutes ces promesses, épuisée par de multiples inondations entraînées par des fines pluies et tant d’autres problèmes liés aux infrastructures de base, la ville croit toujours que par miracle, le Président Jovenel Moïse pourra tenir au moins une de ses promesses et du coup faire cesser les exercices de simulation là où les événements méritent d’être réels et sérieux.

L’octroi de l’organisation du carnaval national à la ville de Port-de-Paix ouvre la voie à des débats agités et échanges très musclés sur les réseaux sociaux. Certains jugeaient que la ville est incapable d’organiser le carnaval. D’autres, au contraire, pensent que la ville le pourrait bien « si ti rès la se pou pèp la vre ». Au lendemain de cette déclaration, on a eu une population divisée plus que jamais, mais accrochée sous une forme ou une autre à cet idéal.

Personnellement, je voulais prendre au mot le Président de la république. Avec l’annonce du carnaval national, je pensais qu’il cherchait à en profiter pour doter la ville de quelques infrastructures de base. Même si pour bon nombre de personnes avisées cette décision n’était qu’une simple déclaration, dépourvue d’aucun plan, d’aucun projet viable. Toutefois, je croyais qu’il allait saisir cette opportunité pour payer ses factures à la ville même si le temps était court.

De toute évidence la décence et la morale politique l’exigent!

Rappelons par ailleurs que le carnaval n’est pas une manifestation totalement positive. Comme toute activité humaine, il a des côtés sombres. Surtout ces derniers temps, nous avons une situation d’insécurité qui bat son plein et qui veut s’étendre sur tout le pays avec notamment des cas de kidnapping, de viol, de vol, d’assassinat et d’association de malfaiteurs. Sans oublier le coronavirus, le sida, les grossesses précoces/non désirées, l’alcool et la drogue sont toujours présents et restent des ennemis privilégiés de la jeunesse. Et le carnaval, spécialement durant les 3 jours gras, demeure un terrain bien fertile pour ces phénomènes.

A l’évidence, cette déclaration était un coup de foudre, il n’ y avait pas réellement de contenance pour pouvoir bien matérialiser ce qui allait être un bon push pour la ville s’il rentrait dans la même dynamique d’autrefois. Si cela mettait les filles et fils du département à rêver en dépit de nos désaccords, le moment est venu de nous réveiller pour stopper ce qui se dessine et qui n’est autre qu’un « koudjay » de 3 jours dans des pires conditions infrastructurelles.

Le carnaval devrait nous servir comme prétexte pour encourager des travaux d’infrastructures qui pourraient prendre en charge d’éventuels blessés durant les 3 jours gras. Ce qui ne semble pas être le cas.

Nous devons avoir le courage et la sagesse pour dire non  au « Koudjay » dans une ville qui n’aura toujours pas les infrastructures sanitaires nécessaires pour soigner des victimes et prendre en charge des femmes en mal d’enfance… et où la police n’aura pas de moyens pour dire aux bandits et aux kidnappeurs merci, la fête est terminée vous pouvez repartir.

A tout cela, nous devons finalement dire non.

Jordan H. Verdule

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.