1843 ou l’année héroïque à Pestel

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Mardi 26 janvier 2021 ((rezonodwes.com))– Dans l’histoire de la commune de Pestel, l’année 1843 s’inscrit comme la page la plus héroïque et glorieuse qu’elle ait connue. Car elle marque un tournant  dans sa vaste mobilisation enclenchée contre le projet social liberticide des Hommes de Port-au-prince.

Ce mouvement auquel Pestel s’est consacrée au lendemain de l’assassinat de l’empereur Jacques 1er le 17 octobre 1806 traduit la volonté de nos concitoyens de léguer à la postérité un modèle de société basé sur la dignité, le partage, la solidarité et le respect. 

Pestel, par sa position stratégique, se faisait un grand acteur de la grande mobilisation de 1843 qui a consacré au peuple haïtien la première constitution libérale. Sa participation ne saurait être comprise si la cause d’un tel ralliement n’est pas élucidée et pourquoi pas dégager sa portée pour cet espace social. C’est en tout cas l’objet que poursuit la présente publication. 

Les causes du départ du président Jean Pierre Boyer (1818_1843) au pouvoir sont connues du monde intellectuel. Sa politique agraire, sa mauvaise gouvernance de la chose publique, la suprématie de l’oligarchie en sont diagnostiquées. 

Ce n’étaient ni la mauvaise gouvernance ni l’aspect gérontocratique reprochées à l’administration de Jean Pierre Boyer qui auraient motivé véritablement Pestel à se positionner dans ce mouvement. Sa conviction de lutter contre ce régime était déjà faite. Premièrement, pour avoir maté la révolte des paysans de la région en 1820, Pestel avait toujours le président Boyer à l’œil.

Les conséquences des assauts lancés par les troupes gouvernementales ont laissé des goûts amers à toute la communauté s’inscrivant dans une dynamique d’une société égalitaire pour tous les Haïtiens, rêve cher au Père de la Nation. Deuxièmement, sous leurs yeux, la suprématie de classe grandocratique s’est renforcée davantage; la logique « la terre aux Généraux et aux proches du pouvoir » n’a pas cessé d’être la norme.

La majorité des terres étaient occupées par des fermiers de l’État. Plusieurs carreaux sont alors concédés à des Hommes de teint clair ou des officiers de l’Armée. De ces bénéficiaires, on note le Général Léveillé ( à noter que cet officier est connu pour avoir participé à écraser le mouvement de Goman au niveau de la commune), Françoise Philippe. Alors qu’il était difficile pour les cultivateurs d’en trouver un lopin afin de répondre à leurs aspirations. N’en parlons pas d’autres torts causés à la population de la zone. 

Loin de toutes ces considérations, Pestel a rejoint  sans hésitation le mouvement des hommes de Praslin ( habitation de Torbeck) là où  le Manifeste de la révolution a été rédigé non pas pour plaire à eux mais pour se faire justice. En plus, les idéaux brandis par le chef de file Jean Jacques Acaau cadraient aux vœux des paysans de la zone. Quelle était sa quote part dans cette lutte qui s’est soldée par le renversement de Jean Pierre Boyer au pouvoir ? 

Tout a commencé après le passage du séisme qui a dévasté le grand Nord du pays. Pestel a fait sa rentrée officielle dans la bataille, le 05 février 1843 lorsqu’une délégation composée des personnages : Cayemites, Fouros Brière, Cadet Fouchard, Rochemont Rocher qui allait annoncer à Borgella la prise d’arme des citoyens de Jérémie est interceptée et arrêtée par le Général de la Place Riché, à Plymouth, entrée Nord de la commune. 

Les rebelles du mouvement de Praslin en profitent pour installer leur base dans diverses localités en grande partie dans la 2ème section. Quand les hostilités sont déclenchées contre le pouvoir dans la commune, il est rapporté par Madiou et François Elie- Dubois, que c’est Michel Alcégaire dont on ne connaît pas vraiment son rôle qui se rend à Port-au-prince pour aller informer de la prise des armes des révolutionnaires. 

Le pouvoir tente tous les moyens pour affaiblir le mouvement; dans ce même cadre de figure, une rencontre est planifiée entre le pouvoir et les révolutionnaires. Le rendez-vous est pris pour la première fois, le 21 février 1843 à Pestel. Rien de concret n’est sorti de ces pourparlers. Ce qui a activé la lutte. Sans tarder, la troupe gouvernementale sous les ordres du colonel Désiré occupe Plymouth. Alors que le colonel Geffrard de la ‘’Garde Nationale’’ se rend à Pestel. De là, il se porte vers le camp de Lesieur déjà occupé par le général Marlette. 

Entre temps, la troupe de Désiré campée à Plymouth souffre de la faim puisque les habitants de la rivière Glace, partisans de la Révolution, ont refusé de leur approvisionner en nourriture. 

La résistance a continué sur tous les fronts; Rivière Hérard, Lazarre se  maintiennent toujours au Camp Thomas par où les troupes de Boyer devaient nécessairement passer pour aller attaquer Jérémie. C’était un endroit idéal vu qu’il est situé sur la route de Désert, l’unique voie reliant Pestel à Jérémie et à la région des Nippes et du Sud, qui existait. Le fait que l’accès n’était pas facile, il était difficile pour alimenter en nourriture et en munitions les troupes gouvernementales basées à Corail, Jérémie et tout le reste du département. D’autant plus, Pestel est connue comme un fort naturel où les activités de guérilla peuvent bien avoir lieu. 

Le colonel Lamarre (connu comme l’un des Héros de l’indépendance) qui remplace Marlette au Camp Lesieur n’a pas trouvé suffisamment de résistance par les citoyens Saint-Cyr Débrosse et Fourcand Bernard quand il a décidé de marcher sur le bourg de Pestel. C’est grâce à la diligence du citoyen Dorvilier Bruneau pris position dans un fortin construit à carrefour Espère (2ème section), actuel carrefour Dorvilier que cette tentative est échouée. Lamarre a reçu une balle de Dorvillier à la suite d’une altercation. Transportant d’urgence aux Etroits en vue de sauver sa vie, il rend son âme au cours de route. 

Et Dorvilier et son Lieutenant Richard Germain sont par la suite tués par les soldats de Lamarre qui ont ouvrent feu sur le fort. La zone est tombée entre les mains des troupes de Boyer qui se rallient par la suite à la cause de la révolution.   
Pendant ce temps, Geffrard campé à la rivière Glace empêche à la troupe de Désiré de marcher sur Pestel. La bataille est gagnée sur tous les fronts. 

En termes de conséquences, le pouvoir de Jean  Pierre Boyer a dépensé plus de 6,000 gourdes (une Somme considérable pour l’époque), selon une estimation de l’historien François Elie-Dubois, durant les cents premiers jours de la révolution à Pestel, sans compter l’échec à faire rallier Pestel à la cause du gouvernement. Si d’un côté les rapports sociaux au niveau de la commune n’étaient pas largement modifiés, toutefois Pestel a quand  même bénéficié au cours de  cette année le statut de commune pour sa participation à ce mouvement. C’est écrit en grandes lettres dans le tome VII de Thomas Madiou. Il y est mentionné que c’est grâce au patriotisme des habitants de la zone que la paroisse de Pestel est élevée au rang de commune. 

Ses revendications n’étaient pas toutefois comblées. En fait, la distribution des terres à des privilégiés continue pour la plus belle au point trois (3) années après, le flambeau de la  mobilisation a été rallumée par des hommes armés de pique connus sous le nom Piquets. 

Bref, Pestel ne peut se passer de cette page d’histoire qu’elle a écrite en dépit que ses principales revendications étaient restées lettres mortes. On doit admettre c’est l’année au cours de laquelle Pestel se définit l’un des leaders de la région. En 1883, elle se mettra à écrire sa deuxième page d’histoire héroïque. Dans un prochain article, cette épisode historique sera passée en revue.

Notes 1.https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k5797649n/texteBrut2.https://fr.m.wikisource.org/wiki/%C3%89tude_sur_l%E2%80%99histoire_d%E2%80%99Ha%C3%AFti/Tome_11/6.63. Thomas Madiou (1827_1843), Tome VII, édition Henry Deschamps.

James St GERMAIN 
@Tous droits réservés 
Merci à Men Kontre et à Didier Gilles, la Bibliothèque Fernand Brière de Pestel. 

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