L’Edito du Rezo : L’opposition haïtienne et les dérives dictatoriales de Jovenel Moïse

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par Dr. Arnousse Beaulière

Dimanche 24 janvier 2021 ((rezonodwes.com))–L’arrestation arbitraire du sénateur des Nippes, Nenel Cassy, le jeudi 21 janvier 2021, à la suite d’une manifestation contre le pouvoir à Miragoâne, s’inscrit dans la longue liste de dérives anti-démocratiques, dictatoriales de Jovenel Moïse.

Cet autocrate, corrompu, inculpé dans le dossier du plus grand scandale politico-financier haïtien de tous les temps, l’affaire PetroCaribe, se croit tout permis, allant jusqu’à créer, dans ses délires autoritaires, une Agence nationale d’intelligence (ANI) qui rappelle les heures sombres de la dictature des Duvalier père et fils. La feuille de route de l’ANI est claire : surveiller, intimider, persécuter, arrêter, torturer, tuer les opposants politiques, comme aux temps de la chasse aux opposants politiques et militants des droits l’homme dans les années 1970-80. En témoignent les diverses déclarations sulfureuses de Jovenel Moïse et celle toute récente du duvaliériste Gonzague Day, fraîchement installé à la tête du ministère de l’Intérieur, menaçant ouvertement les membres de l’opposition : « Prezidan an te ka touye nou, si l te vle ! »

En procédant à l’arrestation gwo ponyèt du sénateur Cassy, farouche opposant à son régime criminel, Jovenel Moïse a commis incontestablement une faute politique. Une dérive de trop ? Par son appétence pour la provocation, l’arrogance, l’autoritarisme, le totalitarisme, la dictature, il a offert un extraordinaire cadeau politique à l’opposition haïtienne. Cette dernière, en convalescence depuis plusieurs mois, pourrait s’en servir pour se refaire une santé, tant elle semblait manquer d’inspiration pour établir une stratégie gagnante dans sa lutte pour renverser ce régime gangstéro-néo-duvaliériste. Lequel n’hésite pas à faire savoir, à qui veut l’entendre, dans la droite ligne de la dictature duvaliérienne : « Nou la pirèd kou ke makak ! » 

L’opposition politique et sociale, tiraillée par des divergences internes, finira-t-elle alors par tirer profit de cet énième faux pas de celui qui est devenu, au fil des années, un petit-dictateur-sous-les-tropiques ? Va-t-elle, enfin, pouvoir s’entendre, s’unir dans sa diversité et faire de cette indispensable union une véritable force alternative pour accéder au pouvoir et l’exercer au service de la majorité de la population qui souffre le martyr ? Après leur réaction efficace, car énergique, collective et concertée, qui a abouti, dans la soirée du jeudi 21 janvier, à la libération immédiate de l’un des leurs, les dirigeants de l’opposition ont-ils vraiment pris conscience qu’ils doivent désormais parler, toutes et tous, d’une seule et même voix, et emprunter la même voie, celle de l’unité dans la diversité ? Vu ce succès politique non négligeable que constitue la libération sans condition du sénateur Cassy, grâce à cette mobilisation générale, susceptible de faire trembler le régime sous ses bases gangstérisées, l’opposition parviendra-t-elle à marquer d’autres points décisifs dans les jours qui viennent, avant la date fatidique de la fin de mandat de Jovenel Moïse, le 7 février 2021 ?

En d’autres termes, sera-t-elle en capacité de transformer l’essai et faire en sorte que la peur change de camp, et que ce pouvoir moribond, largement décrié, puisse « tonbe bip ! », tel un fruit pourri ?

Plus que jamais, l’opposition a l’opportunité d’insuffler un nouveau souffle démocratique dans le pays. Pour ce faire, elle doit être capable de repenser sa stratégie de conquête et d’exercice du pouvoir, avec une vision et un plan d’action bien définis. Face au petit-dictateur-mégalo qui s’auto-désigne Apre-Dye, le fait de fouler le macadam, protester dans les médias et les réseaux sociaux, fustiger les errements du Core Group et de l’ONU en Haïti, ne suffira plus. Elle doit œuvrer d’arrache-pied à une alternative crédible pour une transformation politique, sociale et économique durable d’Haïti.

Dans cette perspective, elle doit profiter de l’arrivée d’une nouvelle administration à la Maison Blanche et engager rapidement des pourparlers avec les protecteurs étasuniens et onusiens du petit-dictateur – longtemps soutenu par l’administration Trump et le Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), en dépit des multiples crimes notoires commis par son régime –, pour les convaincre de le lâcher, une fois pour toutes, et soutenir réellement le peuple haïtien dans sa lutte permanente pour la démocratie. 

Dr. Arnousse Beaulière
Paris, dimanche 24 janvier 2021

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