De l’Armée haitienne et de son attitude durant la première moitié du XXe siècle

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DE L’ARMÉE HAÏTIENNE ET DE SON ATTITUDE DURANT LA PREMIÈRE MOITIÉ DU XXe SIÈCLE

Dimanche 22 novembre 2020 ((rezonodwes.com))– L’armée étant une force de protection faisant partie intégrante de la population doit faire sentir sa nécessité quand le pays est en danger. Durant la première moitié du XXe siècle, l’armée haïtienne responsable de nombreux coups d’État dans le pays se donna le droit d’occuper le devant de la scène politique, de prendre et de garder le pouvoir.

Pendant les troubles sociopolitiques qui sévirent dans le pays de 1911 à 1915, Haïti a connu 6 présidents parmi eux 3 condamnés du Procès de la Consolidation (1903-1904), – résultante de l’incursion de l’armée dans la politique.

Le 28 juillet 1915, l’armée haïtienne d’alors composée d’environ 9000 hommes dont 308 généraux fut dissous par 330 marines américaines qui furent envoyés par le président américain Woodrow Wilson pour débarquer à Port-au-Prince et prendre possession de la république afin d’y protéger les intérêts économiques des États-Unis et de modifier la constitution haïtienne qui interdisait aux étrangers d’y posséder des terres.

Le débarquement des troupes américaines avait eu lieu sans résistance aucune de la part de l’armée haïtienne. Seul le soldat Pierre Sully se montra digne des héros de la guerre d’indépendance, en refusant d’obéir aux ordres des marines de déposer les armes et de vider les lieux 

Durant les 19 années de l’occupation américaine qui avait pour conséquence l’effondrement de l’Etat haïtien, des forces rebelles (les Cacos) avaient vu le jour principalement dans les campagnes du Centre et du Nord-Est du pays pour combattre la présence des Yankees sur le sol dessalinien. Devant cet affront, la seule et véritable résistance fut la guérilla des Cacos organisée et conduite par Charlemagne Péralte.

Le 15 aout 1934, les marines américaines quitta le pays et transféra leur autorité à l’armée haïtienne pour enfoncer le couteau dans la plaie.

Dans la nuit du 2 octobre 1937, plusieurs milliers haïtiens et dominicains d’origine haïtienne furent tués sur tout le territoire de la République Dominicaine sur l’ordre du président dictateur dominicain, Rafael Leónidas Trujillo. On assista pendant trois jours au plus grand génocide de l’histoire dominicaine. Toujours est-il l’armée haïtienne n’avait posé aucun acte qui aurait démontré son utilité en tant que force de défense de la nation.

Dix ans plus tard, un colonel haïtien répondant au nom d’Astrel Roland, chargé d’affaires d’Haïti à Quito (Équateur) s’était allié au président Trujillo responsable de l’exécution massive des haïtiens en vue de renverser le président en place, Dumarsais Estimé.

Suite à l’élection de François Duvalier en 1957, le général de l’armée haïtienne, Antonio Kébreau devint l’homme de confiance de Trujillo qui misa sur lui pour matérialiser ses projets de coup d’État militaire.

Le 8 juin 1967, en uniforme de simple soldat, le président sanguinaire François Duvalier fit défiler devant lui 19 officiers de l’armée et ordonna leur exécution en présence des ministres, des soldats de la garde présidentielle, des miliciens du palais national, des membres du haut-État major de l’armée et les miliciens de Fort-Dimanche.

Face à ce carnage, aucun membre de l’armée ne réagit à l’exception d’Octave Cayard, colonel des garde-côtes haïtiens qui s’insurgea contre le président et ouvrit le feu pour bombarder le palais national à l’aide de l’un de ses navires. Faute par lui d’échouer dans sa tentative, il prit la fuite avec quelques officiers et soldats de l’armée.

Béni-oui-oui comme lui seul, l’armée haïtienne fut plus duvaliériste que Duvalier d’ailleurs elle se fondit dans le gouvernement de ce dernièr et lui servit la force de répression la plus bestiale et cruelle.

Le professionnalisme et l’efficacité faisaient totalement défaut à l’armée haïtienne qui fut loin d’être une force de discipline et de protection.

RÉFÉRENCES :

  • Polynice BASTIEN : Haïti prend en main son développement, Port-au-Prince, juillet 1989 ;
  • Dantès BELLEGARDE : L’occupation américaine d’Haïti ses conséquences morales et économiques, Haïti, Éditions Fardin, 2013 ;
  • Charles DUPUY : Le coin de l’histoire : L’exécution des 19 officiers par François Duvalier, Tome III, Haïti, 2013 ;
  • Sauveur P. ETIENNE : L’énigme haïtienne échec de l’État moderne en Haïti, Port-au-Prince, Les Presses de l’Université de Montréal, 2007 ;
  • Belleau JEAN-PHILIPPE : Massacres commis en Haïti au XXe siècle, Port-au-Prince, 14 décembre 2009 ;
  • Jaccéus JOSEPH : Le procès de Duvalier pour crime contre l’humanité, Port-au-Prince, 2013.

Marius MARECHAL

Tél : (509) 3800 4198
E-mail : marechalmarius365@gmail.com

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