Les élections américaines, un parallèle avec Haïti

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En cette décennie d’inepties inédites, notre patrie est pétrie, meurtrie et décatie dans une palanquée de péripéties et de facéties accouchées par une médiocratie rancie. Une récente sonographie révèle que de nombreux petits monstres politiques sont encore en gestation pour amplifier l’asthénie économique et l’atrophie sociale dans une ectopie saumâtre en perdition quasiment convertie en un cancer terminal qu’aucune chimiothérapie ne saura traiter.

A l’instar des braves Américains qui se sont rendus aux urnes pour lancer le signal du déracinement du trumpisme, nous aussi Haïtiens, digne progéniture de Toussaint et de Dessalines, nous devons débarrasser la matrice politique du pays des pratiques d’improvisation, d’imposture et d’usurpation qui badigeonnent les axes stratégiques de notre république historique.

Jeudi 19 novembre 2020 ((rezonodwes.com))– Depuis la phase des primaires et des caucus qui avait requis de vifs débats supportés par des arguments contradictoires voire des mises en boîte entre des fils et des filles issus de la même matrice politique, la toile a été gâtée par des percées tissées de références académiques, politiques, professionnelles et sociales, pour persuader et convaincre les délégués (électeurs au niveau primaire) des partis.

Même s’ils font de l’esprit de consensus leur boussole, nous devons reconnaître que les débats entre les candidats d’un même parti politique ne sont pas une partie de plaisir avec le sourire permanent comme toile de fond. Loin de là, ils sont des humains, et donc sujets à la domination de l’ego qu’ils doivent s’atteler à surmonter. Cela dit, entre les protagonistes de la même famille, la colère, les plaintes, les insatisfactions et les accusations s’enflamment aussi. 

Lors des primaires démocrates, n’est-ce pas que Kamala Harris mettait Joe Biden dans son petit soulier quand elle devait mentionner son alignement au côté des groupes de sénateurs qui s’opposaient au programme de transport obligatoire ou même de sa mésinterprétation sur la position de Biden concernant la « ségrégation raciale en 1970». Pourtant, à la fin des hostilités entre ces gens civilisés, Joe Biden allait jeter son dévolu sur cette femme solide, combative et au caractère fort, pour être sa colistière.

D’un autre côté, que d’incivilité et de grossièreté ont été révélées lors des débats entre les candidats démocrate et républicain. Au cours de ces face-à-face présidentiels, le donneur de leçon sinon le concepteur du cursus démocratique, descendait de son piédestal en des scènes d’invectives et d’attaques personnelles entre deux figures politiques qui devaient pourtant être exemplaires. Joe Biden n’a pas été capable de vitupérer à la même ampleur pour rejoindre son rival dans ses pièges de bas instincts. Mais, l’ancien vice-président, élu aujourd’hui à prendre les rênes du Bureau ovale, avait été tout de même désaxé en lançant également quelques coups de pique à l’adversaire.

Heureusement que les colistiers Mike Spence et Kamala Harris allaient donner le ton en déblayant le terrain pour un deuxième débat contradictoire assaisonné de moins d’insolence. Ces deux deuxièmes têtes ne disputaient pas dans un objectif de tuer le temps. D’ailleurs, ils se sont témoignés du respect même dans leurs désaccords.

Malgré leurs différences politiques et leurs visions contrastées de l’économie et de la pandémie, les attaques de l’un à l’attention de l’autre restaient au niveau verbal. Aucune menace physique, aucun attentat à la vie de l’autre, aucune manœuvre d’intimidation, aucun crime. Les esprits retardés auraient pu penser que le pouvoir discrétionnaire attribué au président – qui détient des boutons de commande sensibles sous ses doigts – pouvait lui octroyer le droit de lancer une machine de persécution pour exécuter et semer le deuil dans le camp de son adversaire. Absolument pas ! Les institutions de justice se placent au-dessus des caprices de toute personnalité, président ou simple citoyen, pour protéger la vie et sauvegarder l’intégrité des acquis démocratiques.

Cependant, cette exception post-électorale de 2020 devrait rappeler aux défenseurs des valeurs intrinsèques que les coefficients individuels ont un poids important dans la balance de l’équilibre politique et social. Quoique limité par les balises institutionnelles, monsieur Trump a laissé son ego empoisonner les veines de la convenance sociale en ses vaines allégations de fraudes électorales.

Par contre, détrompez-vous d’imaginer le scénario catastrophique en deux camps de Babel politique à l’instar de la tragicomédie « Convergence » face à Lavalas que nous avons tournée en 2001 avec les acteurs principaux Gérard Gourgues et J. B. Aristide. Les institutions américaines ne le permettraient pas !

Le long périple politique conduisant au 3 novembre demeure une leçon démocratique

Comment colporter chez nous, dans le concret, les dynamiques de ces débats contradictoires entre les politiciens en vue de rehausser la beauté de la démocratie ?  Cela amène à poser une question corrélée à la précédente ; quels types de personnalité doit-on accepter dans la sphère politique si nous visons véritablement l’atteinte des objectifs démocratiques ? Quels rôles effectifs devront jouer les médias, les médiateurs et observateurs pour empêcher de potentielles crises électorales?

Comment définitivement exempter que la machine électorale soit pilotée sous le gouvernail d’institutions étrangères enclines à manipuler les résultats à leur guise ? Enfin, quelles leçons Haïti doit-elle tirer des expériences de cette transition américaine rendue difficile par un président arrogant qui n’en fait qu’à sa tête ?

Ces suites de questions nous interpellent d’autant que notre pays souffre d’une gouvernance mazette qui fait très peu de cas du renouvellement des structures politiques. A cause de la myopie des âmes frénétiques qui s’érigent aujourd’hui en de petits faux-dieux, il se dépeint chez nous une démocratie d’espèce rare qui fonctionne sans parlement, sans élus locaux.

Je n’ai pas la prétention de pouvoir fournir des réponses complètes à ces interrogations. Toutefois, je voudrais souligner dans les prochaines lignes la responsabilité de quelques entités clés, coupables de notre descente aux enfers. Alors, un retour à l’équilibre passe nécessairement par la prise de conscience et un nouvel engagement de tels acteurs pour que la vie cesse de se nourrir en des acrobaties indignes pour se vivifier dans la survie sans vie et des épanchements de synovie.

Et si cette nouvelle dynamique de plébisciter la science et la décence a été ancrée en Haïti…

Que cela concerne des pays industriels ou des nations cloitrées dans le sous-développement, assiégés par des leaders de la trempe de Trump qui capitalisent sur le mensonge polymorphe et multicolore, c’est la démocratie qui est bafouée, la jeunesse déboussolée, les familles désagrégées et les entreprises décapitalisées. En absence de forces lumineuses, on peut même arriver à la bêtise extrême de formellement fédérer des gangs. « The Hell Is The Limit » !

Les Etats-Unis ont vécu de graves tensions sociales tout le long de ces quatre ans de turbulence politique. Le climat de convivialité est saboté, le racisme et la misogynie ont regagné de vaste terrain. Les projets sociaux de regroupement familial, d’assurance médicale et d’assurance-emplois ont été inscrits en dernière ligne dans l’agenda de la politique trumpiste. Malgré sa renommée internationale, la santé et la vie ont été banalisées dans une gestion catastrophique de la pandémie de la Covid.

De l’autre côté de l’Hémisphère, l’insécurité bat son plein. La criminalité, l’injustice, le mensonge effronté et l’insouciance s’imposent avec grandiloquence. Les cerveaux les mieux formés fuient en direction d’autres cieux qu’ils croyaient cléments, mais qui malheureusement les accueillent dans la xénophobie, l’aporophobie et bien d’autres formes de discrimination. Au profit d’une clique cleptomane, les capitaux se déshydratent du trésor public pour se réfugier en République voisine, à la Floride et en des paradis fiscaux. La vie se vit dans la parasité, l’indignité et le miséréré car les promesses mirobolantes de remplir les assiettes et les poches ont été fallacieuses.

Une lecture électorale comparée entre les USA et Haïti montre également que ce sont relativement les mêmes pratiques. Un certain désintérêt à la participation aux élections américaines de 2016 pour sanctionner les Clinton et élire un outsider du nom de Trump. A quelque titre, l’électorat haïtien, représenté à seulement 18 % aux joutes électorales post-séisme, n’en avait pas fait autant, mais pire. En choisissant Martelly face à Manigat, évidemment sous la complicité de l’ingérence internationale, l’égarement a été à son paroxysme.

Cela arrive dans l’histoire des peuples. Tomber c’est humain ; se relever c’est divin ; persister dans l’idiotie serait diabolique. Espérons que la leçon est bien apprise. Aucun « vakabon », aucun « bandit légal » ne saura sortir une nation dans la pauvreté abjecte.

Quelques pistes pour des élections véritablement inclusives, crédibles et démocratiques

Sans être exhaustives, je voudrais partager quelques pistes de solutions pour éviter de nouveaux chaos en de sempiternelles crises électorales. Primo, pour que le processus soit démocratique, il doit  être exempt des immixtions condescendantes des institutions étrangères du genre OEA, Minusta, Binuh ou Core-Group qui se confortent à dicter des leçons et plus grave à y imposer les candidats qui siéent le mieux à leur agenda non dévoilé.

L’ingérence étrangère est un poison létal pour la démocratie. Contrairement à l’adage négativiste, « la main qui donne ne doit pas être nécessairement celle qui gouverne ». Tout en reconnaissant que l’aide étrangère peut faciliter l’assise et propulser l’essor des nations à retard de développement, les références institutionnelles interdisent que des entités étrangères s’immiscent dans les affaires internes d’une nation souveraine.

Nous sommes conscients que la rareté des ressources financières nécessite recours à des dons ou des prêts, mais cela ne devrait pas impliquer une hypothèque de l’autonomie et de l’intégrité du processus. Les acteurs nationaux sont censés être en mesure d’indiquer les règles du jeu en objectant à des attitudes de « J’approuve ». On attend d’un représentant d’un CEP qu’il n’entre pas en des ambassades la tête altière, avec des idées lumineuses et y sortir tête baissée, avec ses colonnes vertébrales courbées par des dictées à appliquer sans le sens de discernement. Bien sûr que non, je ne fais pas allusion à ce CEP démagogue – sans légitimité, sans validité, sans conformité, occupé par des minimes, des pusillanimes, des anonymes et des pseudonymes – qui devait être déjà du passé pur et simple.

Pour ce qui concerne les contraintes financières, et si l’université s’attèle à y jouer un rôle ?

Dans une variété de domaines, les moyens seraient à notre disposition pour mobiliser la logistique au moindre coût si nous prenions le temps et l’habitude d’identifier nos propres ressources.

Point n’est besoin de rappeler que l’UEH constitue le bastion des cadres du pays. Fort de sa trentaine de milliers d’étudiants et ses 1 500 professeurs et chargés de cours, la plus grande pourvoyeuse de ressources humaines du pays pourrait engager des contrats avec le CEP afin d’y jouer pleinement sa partition dans la stabilité politique. Les instituts privés d’enseignement supérieur sont tout aussi importants. Dans une réflexion extrapolée, remarquons également que la réalisation de l’opération gigantesque des recensements de la population pourrait bénéficier de cette dynamique susceptible de minimiser les coûts sans en diminuer la qualité. En contrepartie, des récompenses peuvent être décernés aux ressources humaines mobilisées (étudiants, professeurs…), à titre de service bénévole et social.

Et que dire de la presse, des églises, des écoles, de la société civile ?

Haïti a besoin d’un média qui s’accroche à son rôle de sensibilisation à travers des yeux de lynx, la vigilance et l’intégrité en évitant des pots de vin. Les journalistes et « directeurs d’opinions » sont appelés à être sincères dans leurs interventions et leurs analyses. Ils devraient chercher de préférence à pointer les curseurs sur les personnalités honorables tout en aidant à écarter les dealers du contour du leadership politique. Parallèlement, les autres superstructures dont la famille, l’école et l’église, sont interpelées à exercer un travail à la base, au sein des groupes nucléaires, dans les communautés, afin de conscientiser la population sur la culture du beau et du bien qui passe par la construction d’un microcosme politique loyal et compétent.

Trop longtemps que les étendards déradent dans un standard de nivellement par le bas.  Nous devons nous sevrer de verser dans le revers en badinant avec les postes clés de la politique, qui est un secteur voué à la conception des programmes sociaux, de santé, de loisir, d’éducation. C’est à travers la politique que l’on assure la confiance, la stabilité, la création de la richesse, l’avenir des enfants et le bien-être collectif. Autant disposer de la crème de la crème de la société dans la dynamique politique.

« Quand la politique veut, l’économie peut ». Les discours négativistes qui circulent fort souvent dans les foyers, sur la toile et aux antennes des médias très prisés en Haïti, qui taxent l’arène politique de mangeuse d’hommes et de femmes, sont de purs sophisme et paralogisme. C’est faux et archifaux, la politique est plutôt un champ à déléguer aux gens épris de conscience citoyenne, de logique et de dialectique.

En vertu de sa complexité d’ailleurs, les philosophes de l’antiquité avaient tous penché sur la thématique politique. René Descartes, Socrate, Montesquieu, Pythagore, une tonne de réflexions nous ont été léguées par l’éminence grise pour que la gouvernance de la cité soit guidée par la lumière. La politique n’est absolument pas un champ à attribuer à des caméléons politiques, encore moins à des personnalités sans lecture ni écriture. Juste imaginez les attributions d’un député, d’un sénateur ou d’un magistrat.

L’espace politique est sacré, il interpelle les citoyens et les citoyennes responsables, dignes et intègres qui doivent s’investir à travers des stratégies intelligentes pour contribuer au développement de leurs pays, pour enrayer la pauvreté, l’insécurité, la misère, la famine, l’injustice et donc pour faire honneur à Dieu.

Ces modestes propositions ne se dressent pas comme une panacée pour guérir le cancer de la gouvernance mazette du pays. Mais, leurs applications peuvent certainement contribuer à déterrer la racine de la médiocratie rancie installée au pays depuis bien des années.

Les élections sont pour très bientôt, évidemment pas sous l’égide illégitime des politologues démagogues de la carte Dermalog qui hallucinent de régner dans l’obscurantisme ad vitam aeternam comme des petits faux-dieux en compagnie des familles et alliés détraqués.

A l’instar de l’euphorie vécue aux Etats-Unis, il vient le temps du déclic pour que l’électorat haïtien se mette debout et que les figures honorables et les mains « clean » s’indignent et s’y engagent en vue de changer le décor. Sinon, l’éducation, la culture, la santé, le loisir et la sécurité déjà en coma, rendront leurs derniers souffles.

(Restez branchés pour les prochains articles traitant du même sujet)

Carly Dollin
carlydollin@gmail.com 

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