ONU – 75 ans : discours du Secrétaire Général de l’Observatoire de la Jeunesse haïtienne, Stanley Augustin

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M. le Premier Ministre, M. Jouseph Jouthe

Mme La Représentante spéciale du Secrétaire générale de l’ONU en Haïti , M. Helen Lalime

M. le Coordonnateur Résident des Nations en Haïti, M. Bruno Lemarquis

Madame la Représentante du Haut Commissariat de l’ONU pour les Droits Humains en Haïti, Mme. Henan Talbie  

Distingués panélistes  

Membres du gouvernement

Représentants et membres des Agences Onusiennes en vos rangs et qualités 

Jeunes de mon pays  

Mesdames / Messieurs

Pouvoir ouvrir cette journée de célébration du 75ème anniversaire de création de l’ONU en Haïti est l’un des plus grands honneurs qui puissent être accordés à un jeune cadre pétri de la conviction que l’Organisation des Nations Unies à une place prépondérante dans un monde enclin à la guerre, à l’injustice et aux inégalités de toutes sortes. Cette opportunité revêt un double intérêt. D’abord,  du fait que cette terre, celle qui m’a vu naitre, ma chère Haïti,  a,  75 ans plus tôt, eu son pesant d’or dans la genèse de cette institution révolutionnaire. Aujourd’hui encore, plus d’un salue la mémoire de notre Ambassadeur de l’époque auprès de l’ONU, feu Émile StLot, qui a su défendre la dignité de tous les peuples.  Ensuite, je ne saurais faire abstraction de la place accordée aux questions liées à la Jeunesse dans les débats actuels au sein des Nations unies portant jusqu’à désigner un jeune sociologue,  juriste et engagé sur les questions liées à la jeunsse, comme voix de la société civile haïtienne à cet auguste événement. 

Mme. La Représentante du Secrétaire Général, 

Mesdames / Messieurs,

Un an de cela, Le Secrétaire Général de l’ONU, M. Antonio Gutierrez, avait annoncé que ce 75ème anniversaire s’articulera autour de l’avenir des jeunes, par l’organisation de tout une série de dialogues,  sans savoir que, peu de mois après, une pandémie allait rendre les frontières plus étanches. A la fois problème et solution, la mondialisation a catapulté la propagation du virus et lui a également posé des limites ; les frontières aidantes. En fait, en redessinant ses frontières, certains États qui jouent à un protectionnisme en contexte de crise, laissent resurgir  d’autres frontières telles que celles entre les catégories d’âges, entre les classes sociales, entre les genres entre autres. Plus subtiles et réceptacles de discrimination, ces frontières, attisées par la pandémie de Covid 19, participent amplement au renforcement des inégalités. Si l’on s’intéresse à jeter une lumière crue sur nos réalités, on retiendra que selon un rapport publié cette année par l’Organisation Internationale du Travail intitulé : Jeunesse et Covid 19, impact sur les emplois, l’éducation, les droits et le bien-être mental :

  • 65% des jeunes des pays à revenu élevé ont pu continuer leurs études durant la pandémie contre seulement 18%  des jeunes des pays à revenu moins élevés. Déjà on comprend où se situe Haïti.
  • Plus loin dans ce rapport, il est précisé qu’un jeune sur 6 a perdu son emploi, 42 % ont vu leur rémunération diminué pendant que ces derniers ont 3 fois plus de chance d’être renvoyé que les plus âgés lors des contractions. La situation est évidemment pire chez nous rien qu’en comparant le ratio de nouveaux jeunes versés sur le marché de l’emploi annuellement et le nombre d’emplois créés.
  • D’autres chiffres viennent mettre à jour des effets néfastes comme l’augmentation des violences à l’égard des filles et des jeunes femmes, des grossesses non désirées, de la dépression, des chocs psychologiques ; pour ne citer que ceux-là. 

S’il est vrai qu’en Haïti, l’hécatombe annoncée durant la pandémie, pour des raisons diverses, n’a pas eu lieu fort heureusement, la situation socio-économique et politique de ces dernières années est quant à elle aussi dévastatrice que la pandémie. L’aspiration des jeunes encaisse les coups les plus saisissants. 

Mesdames, Messieurs

Présenter les multiples problèmes auxquels font face les jeunes en Haïti demeurent à la fois une tâche ardue et nécessaire. Le tableau,  tant révoltant que paradoxale, met à nu des déficits structurels. Les jeunes sont marginalisés, démunis et côtoient le dénuement quotidiennement.

Les chiffres en disent long. La jeunesse représente  l’une des couches les plus affectées par cette pauvreté singulière dans laquelle végète Haïti. 

Toutefois, ces jeunes ne peuvent s’empêcher de se projeter et d’espérer, car leur existence en dépend. Se projeter pour exister mais également pour l’avènement d’une Haïti à la hauteur de son histoire et pour un monde meilleur. Est-ce pourquoi, nombreux ont été les jeunes haïtiens ayant pris part aux dialogues lancés par les Nations Unies autour du thème 2020 et audelà. Façonnons notre avenir ensemble ».  

S’il est vrai qu’à travers la synthèse des interventions de mes congénères 4 éléments, à savoir l’Éducation, l’Emploi, l’Environnement et les Inégalités sociales constituent les points sur lesquels l’urgence d’ouvrir d’importants chantiers pour résoudre ces problèmes cruciaux qu’ils confrontent s’est affirmé, il n’en demeure pas moins que seul un dialogue articulé autour d’un projet politique inclusif, viable, haïtien pourra contribuer à la matérialisation des désidératas de la jeunesse. Dialogue non pour la prise du pouvoir ou pour donner carte blanche à l’impunité, mais pour la construction d’un projet de société durable. Un dialogue à l’instar de celui réalisé entre les différentes composantes de Saint Domingue autour du projet qui a enfanté Hayti.

Mme. La Représentante de l’ONU et Mesdames/Messieurs des Agences Onusiennes

La pandémie Covid 19, vient rappeler à certains et convaincre les plus réticents que la coopération internationale, c’est-à-dire le dialogue permanent à l’échelle internationale, est l’un des moyens les plus efficaces pour aborder les problèmes internes et mondiaux. En ce sens, la réalisation des aspirations des jeunes pour les 25 ans à venir en passant par un dialogue inclusif, viable, haïtien, intergénérationnel ne saurait outrepasser la coopération des institutions internationales.  

De ce fait, jeunes, nous nous engageons pour un dialogue authentique et souverain pouvant conduire à l’avènement d’une société où l’accès à l’éducation de qualité, l’accès à l’emploi des jeunes, les impacts de la crise environnementale et les inégalités abyssales entre les catégories sociales ne constituent pas nos premières préoccupations après les 25 prochaines années. Aussi, croyons nous en la coopération internationale du fait que les tenants du système disposent des tentacules tant en Haïti qu’au niveau international. Mais surtout du fait que l’international a un devoir historique envers Hayti. 

Cette nation qui, alors que le statu quo de l’époque coloniale érigeait un monde esclavagiste, ségrégationniste et colonialiste, s’est constituée en défenseur de l’humanité reste et demeure la voie balisée de la liberté.

Ce peuple qui a initié à l’ère moderne la coopération internationale sud-sud en soutenant à travers Dessalines et Pétion les peuples oppressés de l’Amérique du Sud en appuyant Miranda et Bolivar pour la liberté générale. Liberté inhérente à la nature humaine 

Ce peuple qui tout en étant du Sud a volé au secours des peuples d’une région du Nord pour garantir l’humanité, en s’engageant à travers Christophe et d’autres captifs à Savana aux Etats unis des Amériques.

Être l’un des plus petits états géographiquement, mais immenses historiquement et a du même participé activement à la création de l’Organisation des Nations unies en 1945 n’est guère anodine ou accidentelle, cet acte s’inscrit dans la philosophie ayant jalonné la genèse de cette nation. Toute déroute sera corrigée par la génération montante. Cela dit la jeunesse haïtienne, en aucun cas, ne saurait être complaisante avec les tenants d’un système ici et ailleurs ayant façonné sa marginalisation, entretenue la corruption, l’impunité et la criminalité pour assurer sa survie. En un mot sa misère. 

Pour renouer avec la quintessence de cette nation, cette jeunesse consciente s’engage déjà pour que les 25 prochaines années puissent augurer un avenir radieux où l’accès à l’éducation effective et de qualité, selon les vœux de la Constitution de 1987, la création d’emploi pour les jeunes et une justice environnementale et surtout une réduction considérable de l’inégalité entre les couches en encourageant  la création de richesses et une meilleure redistribution de celles-ci sont des acquis sociaux.

L’Observatoire de la Jeunesse Haïtienne et d’autres institutions de la société civile présents à Nairobi en 2019 lors de la Conférence internationale sur la Population et le Développement ont poussé l’état haïtien à adopter un train d’engagements sur la place des jeunes dans le changement social. Parmi ceux-ci, le premier, rien pour les jeunes sans les jeunes, c’est la Participation des jeunes dans tous les mécanismes de prises de décisions. Mais aussi l’Observatoire s’engage à un moment où le banditisme généralisé tue à la fois physiquement et psychologiquement  le rêve des milliers de jeunes, à promouvoir la dispositions de la résolution 2250 des Nations unies impliquant les jeunes dans les mécanismes de paix et de sécurité.

Mesdames / Messieurs les hauts Responsables,

Le chrono est lancé, les 25 prochaines années seront celles de la génération montante, où les droits sociaux, c’est-à-dire économiques, sociaux et culturels seront adressés pour aborder les problèmes liés à l’éducation, l’emploi, l’environnement et les inégalités sociales. Tout en gardant un œil vigilant sur les acquis des droits civils et politiques pour éviter le spectre menaçant qui nous guette. Et cela passe inévitablement par le dialogue et la coopération avec des institutions partenaires à l’écoute des vrais besoins du peuple haïtien, qui fera des thématiques susmentionnées leurs priorités pour Haïti durant ces prochaines décennies.

Mesdames / Messieurs 

L’ONU a pris naissance pour l’accomplissement d’un idéal de paix et de vivre ensemble tandis que Hayti a vu le jour dans la volonté de garantir l’humanité en tout être indistinctement. Si le premier implique la reconnaissance du second, les deux objectifs demeurent indispensables pour un monde meilleur. Alors par le dialogue et en encadrant la jeunesse luttons pour l’accomplissement de ces idéaux pour les 25 prochaines années.

Merci

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