Haïti, mal gouvernance et dérives multiformes : L’ONU et autres diplomates confortent le pouvoir

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À observer la manière dont se comportent les ambassades des pays dits «amis d’Haïti » et les représentants de l’ONU, on a l’impression qu’ils ont trouvé d’autres chats à fouetter, en lieu et place de rédiger des rapports objectifs sur le pays hôte, que la fonction qu’ils occupent requiert qu’ils soumettent régulièrement à leurs ministères de tutelle respectifs.

Editorial de Haïti-Observateur,
édition du 8 au 15 juillet 2020

New York, jeudi juillet 2020 ((rezonodwes.com))–Depuis déjà quelque temps, des voix s’élèvent au sein des différentes couches politiques du pays contre les missions des Nations Unies en Haïti. Avec l’avènement de Jovenel Moïse au pouvoir, les reproches s’amplifient et ne cessent de se renouveler. Car, il semble que d’autres diplomates, notamment ceux réunis sous le label CORE Group et l’ambassade des États-Unis affichent davantage leurs tolérances à l’égard de ce que le peuple haïtien dénonce vivement quasi quotidiennement chez les dirigeants. Au point que, ces représentants de pays étrangers et des institutions internationales sont pris à partie, et sévèrement critiqués comme « alliés » du régime en place dans ses dérives et les crimes à lui imputés.

En effet, le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), dirigé par la diplomate américaine Helen Meagher La Lime, est la cible des secteurs démocratiques et d’autres milieux engagés dans lutte pour la démocratie se trouvant aux antipodes par rapport à Jovenel Moïse et à son équipe. Autant que les méfaits des dirigeants irritent le peuple haïtien et déchaînent sa colère, autant les représentants du secrétaire général de l’ONU en Haïti leur servent de boucliers, frustrant ainsi les revendications populaires.

En ce sens, il semble que la majorité des diplomates basés à Port-au-Prince, de concert avec l’ambassade américaine, affichent la même tolérance vis-à-vis des hommes et femmes au pouvoir. Voilà pourquoi l’opinion publique a du mal à com-prendre l’attitude des diplomates en poste en Haïti de nos jours. Aussi les critiques souvent adressées à ces derniers avancent-elles qu’autrefois les représentants diplomatiques faisaient tout pour soigner leur image de marque. Car, comme s’ils recevaient leurs directives d’une seule et même autorité, ils avaient tous la même attitude discrète et respectueuse à l’égard du pays d’accueil et de ses citoyens.

À observer la manière dont se comportent les ambassades des pays dits «amis d’Haïti » et les représentants de l’ONU, on a l’impression qu’ils ont trouvé d’autres chats à fouetter, en lieu et place de rédiger des rapports objectifs sur le pays hôte, que la fonction qu’ils occupent requiert qu’ils soumettent régulièrement à leurs ministères de tutelle respectifs. Car les secteurs poli-tiques haïtiens, tellement déroutés par l’ignorance des assassinats perpétrés sur la personne de citoyens et citoyennes des quartiers populaires par ces missions diplomatiques, refusent-ils d’accepter cette réalité.

Mais les persistantes rumeurs relatives aux « relations malsaines » existant ou ayant existé entre des diplomates et des dirigeants haïtiens, quoique déconcertantes, lèvent un peu le voile sur la « promiscuité» qui semble caractériser le comportement de certains diplomates. Cela nous fait penser à cette photo exhibant l’ex-cheffe de la mission diplomatique des États-Unis, en Haïti, Pamela White, déambulant par mi les festivaliers, au carnaval de Jacmel, bras dessus bras des sous avec l’ex-Premier ministre Laurent Salvador Lamothe. Depuis ce spectacle grotesque, plus personne, au pays, ne croit que les diplomates basés à Port-au-Prince sont au-dessus de tout soupçon.

Les mêmes diplomates qui prennent des airs de défenseurs intraitables de la démocratie, de dénonciateurs de la corruption et de promoteurs de la bonne gouvernance se révèlent des défenseurs ou des receleurs des crimes et dérives de Jovenel Moïse et son équipe. Si d’aventure ces méfaits ont figuré dans les rapports réguliers rédigés par ces missions diplomatiques à l’adresse de leurs pays, il faut croire que leurs supérieurs généralement appelés à se pencher sur de tels dossiers ont décidé de ne pas en donner suite. Le silence des pays représentés par ces États amis, comme les États-Unis, la France, le Canada, par exemple; ou des organisations telles que l’ONU et l’Organisation des États américains (OEA) témoigne de leur ignorance de ces faits, sinon de leurs décisions délibérées de passer l’éponge pour des raisons inavouables et inavouées.

Mais Helen Meagher La Lime, citée nommément, et les autres diplomates éclaboussés en même temps, ont fait l’objet d’une dénonciation plus que ferme dans le quotidien français Libération, dans son édition du 3 juillet 2020. Sous la plume de Frédéric Thomas, docteur en Sciences politiques, chargé d’étude au CETRI-Centre tri-continental, à Louvain-la-Neuve, Belgique, le journal ne ménage guère la représentante du secrétaire général de l’ONU en Haïti. Dans l’article, intitulé « Haïti et la communauté internationae : entre déni et complicité », l’hypocrisie, voire l’indifférence, dont fait montre le délégué onusien, lors d’une intervention devant le Conseil de sécurité, le 19 juin 2020, établit un contraste frappant entre les propos que Mme La Lime a tenus devant ses patrons et la réalité sur le terrain en Haïti.

Parlant de Mme La Lime, M. Thomas commence par dire que « L’auto-satisfecit qu’elle s’accordait allait de pair avec le soutien apporté aux manœuvres du gouvernement haïtien pour réformer la Constitution et fixer le calendrier électoral. L’absence de référence à la corruption, les paroles aussi creuses que vaines autour de ‘ la bonne gouvernance’ et de ‘la lutte contre l’impunité’ opéraient comme un déni de la situation, à l’origine de l’insurrection populaire deux ans plus tôt ».

Pour démontrer la mauvaise foi de La Lime, par rapport aux crimes perpétrés par le gouvernement ou par l’entremise des gangs armés à la solde du pou-voir, l’article présente un vrai potpourri des faits reprochés au régime Tèt Kale. Frédéric Thomas cite le massacre de La Saline dans lequel, dit-il, « 59 personnes » ont été massacrées. Les organes de défense des droits humains avaient indiqué environ 70 victimes. En sus de La Saline, Libération fait également état de tueries perpétrées tour à tour à Pont Rouge et au Bel-Air ainsi que d’autres crimes du même genre orchestrés ailleurs.

Le chroniqueur a aussi signalé le fait que, dans le cadre de ces opérations meurtrières menées par l’ex-policier révoqué Jimmy Chérizier, à la tête des gangs armés, les criminels étaient arrivés à bord de véhicules blindés de la Police nationale. Pourtant, argue Frédéric Thomas, la représentante du secrétaire général de l’ONU en Haïti a passé sous silence tous ces assassinats d’innocentes victimes, lors de sa présentation au Conseil de sécurité.

Tout cela, dit encore l’article, fait monter l’insécurité de plusieurs crans. Déclarant que la recrudescence de la violence, en général, a pour ultime objectif le contrôle de quartiers entiers et le vote aux prochaines élections, M. Thomas pose cette question : « Combien de massacres faudra-t-il pour lever le masque d’indifférence et de cynisme, pour reconnaître dans les décapitations et les corps brûlés le miroir de la diplomatie internationale

Si Frédéric Thomas n’a pas cité les noms des autres diplomates accusés de tolérance envers Jovenel Moïse, en revanche, il expose au grand jour la vérité fondamentale. Voilà pourquoi dit-il : «La violence actuelle est nourrie et instrumentalisée par un gouvernement, qui, sans l’appui de la ‘communauté internationale’ , serait déjà tombé sous la pression de la rue ».

Les organes de presse indépendants, qui n’ont jamais fait de cadeau au pou-voir, dans la dénonciation de ses cri -mes, en sus des faits de corruption, de vol de deniers publics et de détournements de fonds de l’État, dont se sont rendu coupables le chef de l’État haïtien et ses proches collaborateurs, ainsi que les secteurs démocratiques, en sus des authentiques défenseurs de la démocratie n’ont jamais cessé de dénoncer l’attitude complaisante de la communauté internationale à l’égard des décideurs haïtiens. Le moment est venu d’interroger l’ONU sur son rôle en Haïti.

Certes, après tout ce que les diplomates étrangers et leurs alliés de l’ONU ont fait ou n’ont pas fait, suite au déploiement de leurs troupes en Haïti, le moment est venu de demander à l’organisme mondial ce qu’elle a réalisé pour que ses représentants méritent des salaires alléchants qu’ils perçoivent et du fonds de retraite généreux dont ils bénéficient. Au lieu de s’acquitter de la mission qu’elle s’était fixée, l’ONU, par le truchement de son représentant en Haïti, se fait complice du régime en place par rapport à ses crimes et ses dérives, dans la gestion des affaires publiques.

Board de l’Editorial de Haïti-Observateur
le plus ancien hebdomadaire de la diaspora haïtienne à New York

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