Réflexions sur la responsabilité de l’élite pestéloise dans le sous-développement de la commune

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Vendredi 22 mai 2020 ((rezonodwes.com))– Pratiquement, dans deux années et quelques mois, Pestel commémorera son 180ème anniversaire en tant que commune. Ce sera la commémoration de deux siècles jalonnés par ses luttes en faveur d’un meilleur contrat social national, de litiges entre les différentes familles de renommée pour le contrôle de l’espace politique et de la sphère économique, et de toutes sortes de clivages sociaux atypiques (nèg anwo, nèg anba; moun lavil, moun andeyò). Ajouté à cela, l’Etat n’a pas joué pleinement ses prérogatives constitutionnelles envers les citoyens de la commune. 


Au cours de ses deux cents ans d’existence, la commune est marginalisée, laissée pour compte; elle n’a cessé de patauger dans un marasme chronique à la déception de bon nombre de ses filles et fils. Tous ses indicateurs sont au rouge. Qui pis est, aucun signe de progrès n’est annoncé. Les problème d’eau potable, de son enclavement, de ses pavés non bétonnés ou asphaltés, d’électricité et d’assainissement persistent encore au point que beaucoup d’observateurs ne cessent pas d’interroger la responsabilité de l’élite pestéloise. Qu’en est-il des lignes directrices de la vocation des élites de la zone ? Se soucient-elles alors de la communauté? Quelle est leur responsabilité dans le retard qu’enregistre la commune? 


Comme il est écrit dans « Toupie en Ligne », au sein de toute communauté l’élite est l’ensemble des individus considérés comme les meilleurs, les plus dignes d’être choisis, les plus remarquables par leurs qualités (objectives ou subjectives. De ce fait, elle a rôle à jouer dans le développement. Comme telle, elle est appelée à remplir ses fonctions sociale et économique. C’est sa responsabilité de définir les meilleures stratégies pour faire progresser l’économie, réduire les distorsions, développer l’agriculture, la pêche et les autres secteurs importants de la communauté. Pour cela, elle doit avoir une vocation aspirant au changement et au progrès. 


Quelle a été et quelle est la vision des élites actuelles de Pestel ?  Quelle est la mission que s’est octroyée cette élite hier, aujourd’hui et qu’en sera-t-il de demain ? Elle n’avait ou n’a pas la connaissance de ce qu’elle valait ou vaut au sein de la communauté. La raison de mes questions, c’est par rapport à des manquements que j’ai pu observer. Absence de vision, de plans ou de lignes directrices de projets manquent à ces personnes qui se réclamaient ou se réclament de cette élite. 


Analysons cas par cas l’échec de toutes les élites 


1) élite économique Au temps de l’économie caféière, il y existait cette élite, mais de nos jours non. Cette classe de femmes et d’hommes disparaît de l’échiquier en même temps que du déclin de la culture caféière dans la zone. Par manque de vision, elle n’avait pas développé suffisamment cette filière. L’on pouvait remarquer l’absence de coopératives, d’associations et de caisses populaires pour pouvoir aider les planteurs à trouver des prêts agricoles. D’autant plus, elle ne s’investissait pas dans d’autres champs d’activités. Les retombées de ce produit étaient utilisées pour payer les frais scolaires à Port-au-Prince ou ailleurs, pour l’étude universitaire à l’étranger, sans penser à construire une école de référence, une école polytechnique liée aux besoins de la zone. Ils ne formaient pas même une association de spéculateurs pour se défendre contre la rapacité de Port-au-Prince.Rares d’entre eux avaient un esprit entrepreneurial.Avec le déclin du café et pas de produits de substitution, cette classe se voyait dans l’obligation d’aller vendre leurs rêves ailleurs.

Bref, Pestel n’a pratiquement pas trop bénéficié de son or. Pour ainsi dire, aucune école, aucune autre activité sérieuse n’a été concrétisés à partir des profits de l’exploitation caféière. Faute de tout cela, la paysannerie n’est capable d’organiser son agriculture. Ne parlons pas de l’élevage et de la pêche.


2) élite politique 
Cette élite est la principale responsable du chaos observé à Pestel. Elle est formée des hommes et de femmes aux visions limitées. Ils sont pour la plupart des corrompus, des nonchalants. De 1990 à date,  les différents représentants de Pestel à la Chambre des députés n’ont pas laissé un bilan positif de leur mandat. Ils se faisaient toujours rouler dans la farine des politiciens de la capitale. D’ailleurs, ils n’ont affiché ni une méthode politique, ni un plan stratégique bien défini qui aurait été partagé par la population dans son ensemble. En plus, ils n’ont pas l’aura qu’il faut pour défendre la commune.Le peu de ce que Pestel aurait pu bénéficier de l’Etat aurait, dit-on, été détourné par certains d’entre eux. Bref, toutes leurs actions sont tournées vers le clientélisme, la pression psychologique, la machination politique, l’autocratie et la démagogie ou le populisme tout bonnement. 


3) élite intellectuelle
Si l’on fait un inventaire de ressources humaines dont dispose Pestel, c’est sûr on en dénombre beaucoup. Ils sont pour la plupart des médecins, des ingénieurs, avocats, comptables de renom. C’est avec l’argent du café que bon nombre d’entre eux sont devenus ce qu’ils sont. Mais leurs connaissances n’ont pas servi à développer la commune. Toutefois, il importe de dire que les hommes politiques sur place leur font obstacle la plupart du temps pour des raisons que la raison ignore. D’une manière ou d’une autre, ils ont de loin ou de près une responsabilité dans ce qui se passe. Ceux qui vivent sur place ne s’expriment pas assez pour changer la mentalité des gens. Ils sont pour la plupart attachés au service de certains politiciens parfois pour se préserver, se protéger, parfois pour des intérêts de chapelle.
4) la diaspora Certains membres de la diaspora posent certaines pierres vers un développement probable, mais pas en quantité suffisante. Il serait bon de leur rappeler que si Camp Perrin a étayé autant de progrès, c’est grâce à sa diaspora. Ils construisent de balles maisons, investissent dans les produits de transformation, l’hôtellerie, les supermarchés. Ils réalisent de grands projets communautaires viables. Pestel attend encore des investissements de sa diaspora. Il ne fait pas de doute, toutes les élites d’où qu’elles soient, ont une part de responsabilité dans l’état actuel du sous-développement de Pestel. 


Pour finir, je pense qu’une prise de conscience collective peut sauver la commune. Préparons-nous à une conférence de Pestel pour pouvoir adresser les problèmes pour ainsi proposer des solutions viables.


James St Germain

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