Inciter à la formation d’un meilleur capital humain

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 ‘‘Il n’est de richesse que d’hommes et de femmes’’ (Jean Bodin, 1529-1596).

Jeudi 5 mars 2020 ((rezonodwes.com))– Les réflexions et plaidoiries sur l’importance du capital humain dans la gestion efficace de la Cité remontent à l’antiquité. Les rois et les empereurs savaient recruter leurs conseillers et collaborateurs en fonction de leur dextérité et leur habilité à déployer des stratégies pour relever les défis économiques, politiques et géostratégiques de leurs pays. Certains esprits avisés du Moyen-âge et de la Préhistoire se dressaient déjà contre le mauvais traitement des esclaves en plaidant pour une alimentation quantitative et qualitative afin de les doter d’énergies et de capacités physiques pour mieux exécuter leurs taches.

Le concept de capital humain allait toutefois s’inscrire formellement dans le champ lexical de l’économie vers les années 1960 avec l’économiste Américain de l’Université de Chicago, Theodore Schultz, l’un des premiers penseurs à évoquer la notion de capital humain. Cette notion incorpore l’habilité, le savoir et toutes les capacités permettant d’améliorer la productivité du travail humain. L’économiste Polonais Jacob Mincer (1993) a élaboré, pour sa part, un modèle économétrique très prisé dans le champ de l’économie du travail. Lequel modèle établit un lien positif direct entre le niveau d’éducation, de productivité et le salaire des individus. Plus les gens investissent dans la formation, plus ils gagnent sur le marché du travail.

L’espérance de vie et la vitalité des humains résultant des infrastructures et des services de santé, la formation professionnelle au sein des entreprises, le système éducatif de base et supérieur, les programmes d’études et de formation pour adultes et la migration des individus et des familles pour saisir des opportunités d’emploi sont les principales sources de production et d’amélioration du capital humain préconisées par Theodore Schultz.

De nombreux pays ont mis en application ces principes afin de faciliter à leurs populations de meilleures conditions de vie. Qu’est-ce qui empêche à Haïti de prendre le même train en vue d’arriver à la même destination ?

Capital humain : Haïti, le bon dernier dans la région Caraïbe- Amérique Latine

La Finlande, le Singapour, la Corée du Sud et le Taïwan figurent parmi les pays les plus compétitifs dans le nouvel indice de capital humain conçu par la Banque mondiale qui met en évidence les pertes de productivité économique subies par les pays qui sous-investissent dans leur population. Cette mesure de distance qui sépare un pays d’une situation optimale de scolarisation et de santé classe les nations européennes, le Canada, les Etats-Unis, les «dragons asiatiques» et le Japon dans les  positions reluisantes. A l’autre extrémité, le Niger, le Tchad et le Soudan du Sud occupent la queue du peloton en brossant des tableaux très sombres.

Dans la région Caraïbe -Amérique Latine, Haïti croupit sans surprise en bon dernier à l’aune de l’indice du capital humain ; elle a été 112e sur 157 pays publiés dans ce nouvel indice de la Banque mondiale, en 2018. Le bas niveau de capital humain explique en grande partie le faible pouvoir de négociation du travailleur haïtien moyen sur le marché du travail.

Le monde étant un village interconnecté par les vertus de la mondialisation, le détenteur d’une compétence spécifique qui se démarque par son expertise et la qualité de son service fait tomber les barrières géo-spatiales puisqu’il est libre de signer des contrats avec n’importe quelle compagnie, qu’elle soit locale ou étrangère. S’il était suffisamment formé, par les vertus de la globalisation, le professionnel haïtien ne se serait pas résigné dans les contrats de chômage déguisé proposés par les banques commerciales, les entreprises de sous-traitance, l’université et les compagnies privées qui les exploitent en contrepartie de salaires de rien du tout.

De la même façon, si les hommes politiques du pays, ministres, parlementaires et présidents savaient se vêtir avec la même classe qu’un Nelson Mandela ou un Paul Kagame, marqués par la dignité, le leadership et des colonnes vertébrales idoines, les coopérations entretenues avec les organisations internationales ne finiraient pas dans ces fiascos et ces échecs de coordination inédits.

Voilà pourquoi les citoyens d’une population sont toujours interpellés à appliquer prudence et perspicacité avant de jeter leurs bulletins de vote dans les urnes pour élire des personnalités à la hauteur de leurs attributions.

Défendre mille gourdes spontanément pour ensuite louper des opportunités gigantesques en des infrastructures de santé, d’éducation, de loisir, de justice et de paix, pendant des années ; cela a été tout bonnement une bêtise qu’il faudra corriger dans les prochaines joutes à organiser sous l’égide de Jouthe ou de tout autre PM de facto ou de jure. Les acteurs devant occuper la scène politique doivent être dotés d’un bon niveau de capital humain ; ils doivent savoir mettre en premier plan les intérêts supérieurs du pays. Tel doit être le sens de toute option avisée.

Vu l’incapacité de la population à pouvoir prendre du recul nécessaire dans les options dites démocratiques qu’elle ne comprend même pas, la presse a un rôle crucial à assurer : utiliser le micro à bon escient pour former et orienter dans le sens positif. Ainsi, les journalistes et les patrons de médias feront œuvres qui vaillent et rendront du bon service à la société.

La formation du capital humain, réponse à la « trappe Malthusienne »

Au début des années 1980, la surpopulation de la Chine inquiétait énormément les gouvernants quant à l’équilibre entre l’offre économique limitée et une demande vertigineuse de la population mondiale. Aujourd’hui, la tendance est renversée notamment avec des formations pointues reçues par les descendants de Mao Tse Tung tant au terroir qu’aux Etats-Unis. Economie d’imitation, la Chine crée des compagnies qui produisent à grand volume et déclarent des compétitions acharnées pour ravir des contrats juteux aux entreprises occidentales. La Chine représente l’un des principaux géants dans les contrats d’externalisation de service en forte expansion dans le secteur technologique.

En une décennie, soit de 2006 à 2016, la Chine a accru sa richesse de l’industrie de l’Outsourcing de 1.38 milliard à 106.46 milliards de dollars. La première puissance asiatique a également vu le nombre de compagnies dans ce secteur s’accroître de 400 à 40 000 au cours de la même période. Ce tableau économique étincelant résulte de politiques économiques inclusives et pro-richesse conçues et mises en œuvre par les dirigeants du pays le plus peuplé au monde. La Chine forme aujourd’hui deux fois plus d’étudiants que les Etats-Unis, avec une affinité particulière pour les domaines d’ingénierie qui sont à la base de l’attrait des sociétés de la Sillicon Valley qui bénéficient en permanence de l’expertise chinoise dans les programmations des codes informatiques et d’autres services technologiques. De cette dynamique insufflée à son économie, la Chine a transformé le scepticisme de la trappe Malthusienne qui lui imposait une approche de fertilité limitée de « One child policy ». Cette peur d’explosion démographique en inadéquation avec les biens disponibles, nourrie depuis 1979, a été abandonnée au cours de 2016. La politique de construction d’un capital humain solide a été à l’origine de ce changement de paradigme et de mode de vie.

L’Indonésie, l’Inde et le Brésil, des pays très peuplés, ont également emboité le pas pour se tirer d’affaires dans les contrats de l’outsourcing. A la base du sentier de croissance de ces économies émergentes, des BRICS et des tigres asiatiques, la formation du capital humain s’installe comme le facteur dominant.

Le capital humain compétitif pour apprivoiser les inquiétudes économiques

Si dans le temps les réflexions économiques se restreignaient au capital physique comme l’élément essentiel du développement et du progrès, les penseurs de l’économie du développement de l’ère moderne s’accordent à admettre une place axiale au capital humain dans la croissance économique des sociétés. La vision de l’économiste Gary Becker (1992) renforce cette assertion quand il stipule que l’investissement dans le capital humain est une condition essentielle au progrès économique.

Non seulement l’acquisition des connaissances assure le déclic pour les pays sous-développés vers de nouveaux sentiers de croissance prospères ; elle permet aussi aux économies industrielles de consolider leurs positions envieuses dans les arènes de la concurrence actuelle. Le capital humain représente un facteur primordial de la mobilité sociale et de la croissance inclusive. Il est de ce fait essentiel d’améliorer le capital humain par l’éducation, la santé, les formations techniques et artistiques afin d’assurer la croissance durable et la prospérité.

Avec la diffusion de la technologie et de l’intelligence artificielle, la valeur du travail qualifié et créatif augmente à un rythme vertigineux. Ainsi, le succès économique des pays et des individus repose sur un capital humain compétitif greffé alors sur des compétences, des apprentissages dynamiques et le développement des talents. En tant que ressource la plus inépuisable, les êtres humains représentent aujourd’hui la principale ressource d’un pays.

Les gouvernants devraient alors s’atteler à les rendre de plus en plus performants à travers les projets d’éducation, de loisirs et de santé qui les rendront aptes à produire de manière efficiente. Les signaux de stabilité politique et sociale étant cruciaux pour attirer les investissements et consolider les partenariats économiques et culturels ; en conséquence, il est difficile pour des gouvernements de facto qui se succèdent comme on change de chemises de se mobiliser dans des projets soutenables, à implémenter sur le long terme.

Il est à espérer que le retour à l’équilibre, dans des climats d’attractions touristiques, des cadres d’incitations aux affaires, des comportements dignes, de respect des valeurs, des principes de justice et de méritocratie cesse de se languir dans une éternelle attente. Haïti en a trop souffert ; il est décidément temps de changer ce décor funeste et redorer le blason du pays en vue de saisir les multiples avantages offerts en cette ère de modernité qui place le capital humain au cœur des opportunités.

Carly Dollin

carlydollin@gmail.com  

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