La radio souffle de nouvelles bougies ce 13 février. Comment est la pratique de ce puissant outil en Haïti ?

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Tel un missile réel sous le contrôle des enfants mimant les gestes des vilains dans un PlayStation, la paix est hypothéquée dans la Cité quand micro est en permanence accordé à des êtres incultes et insouciants, sans science ni conscience.

Vendredi 14 février 2020 ((rezonodwes.com))– Au cours de cette dernière décennie d’une médiocratie à grande vitesse qui fissure les bases de la fondation de la méritocratie, les bandits officiels et officieux s’exhibent constamment dans des vedettariats à travers les médias pour déblatérer, insulter, invectiver, proférer des menaces à la population et à un Etat complice de leur survivance. En Haïti, des confusions et une psychose de peur bleue se propagent de manière virale telle une pandémie génocidaire par des médias et des journalistes « affairistes » sans repère et sans éthique qui font un usage maladroit et déloyal de la radio et la télévision.

Dans les civilisations modernes, la parole est octroyée sans arrêt aux motivateurs, aux analystes, et aux experts non pour alimenter des « zen », mais pour éclairer les lanternes des simples auditeurs, des téléspectateurs, de la société civile ainsi que des autorités publiques sur des phénomènes et des faits sociaux qui méritent des projecteurs. Les hommes et les femmes d’Etat (députés, sénateurs, les figures politiques) ne traînent pas assidûment et démesurément dans les médias comme pour venir tuer le temps. Car la parole d’un personnage d’Etat est sacrée et son temps est précieux. Avant de toucher au micro et de se tenir devant des caméras, les figures politiques responsables prennent du temps et du recul pour soigner leurs interventions en les consolidant avec des statistiques pertinentes et des faits saillants provenant de sources administratives crédibles.

Du train que ça va, il est opportun de véhiculer, dans les médias, les voix et les interventions salutaires et inspirantes des sommités intellectuelles du terroir et de l’étranger ; celles des figures emblématiques de la science, de la culture, de l’honnêteté, de la compétitivité et de la décence. A l’instar des émissions des médias respectueux de l’Amérique du Nord et de l’Europe, cette ère nouvelle doit voir s’instaurer en Haïti les pratiques d’inviter et d’écouter sur les antennes des télévisions et des radios, les interventions, les productions et les succès époustouflants des filles et des fils dignes du pays.

Des émissions très prisées, mais des invités sans valeur, sans pudeur, sans matière…

Des têtes de mules, des comédiens politiques, des prédateurs et des cœurs impitoyables investissent régulièrement les surfaces et les espaces très convoités des stations de télévision et de radio de la capitale avec fort souvent des sorties « crabes », des absurdités, des cacophonies et des discours ambigus dans les micros et devant les caméras, à toute heure de la journée. Ils sont insensibles, impassibles et antipathiques aux douleurs de la population croupie dans une misère abjecte. Incohérents dans leurs messages, leurs exposés et réactions ; incultes des normes administratives et des dossiers de l’Etat, ils sont pourtant invités, voire sans invitation ils viennent, reviennent et rejoignent encore les émissions les plus écoutées et les plus visualisées par les auditeurs et les téléspectateurs.

Toujours aux invités du jour pour que la population soit à leur écoute, ces consultants « cons sans temps », porte-paroles, experts de la « science politique haïtienne », envoyés spéciaux de la Maison Blanche en putréfaction, de la primature bicéphale, du secteur politique, du parlement et de l’opposition sadique et masochiste se croisent, comme derrière un verre de Barbancourt ou de Something, à « l’Intersection ». Ils pointent dans « Devan porte et Dèyè lakay », dans « Haïti Débat » pour décortiquer « Ayiti an Detay », faire des « Mise au Point », exposer avec « Pulsation » « Sa kap fèt » et « Sa kap kwit ». Ils demandent à la population de « Chita Tande » quand ils reçoivent des experts et des leaders politiques de la micro qui sont arrivés à rafler des positions officielles prestigieuses en assurant une certaine popularité le « Matin » dans toute la « Caraïbe ».Ils s’unissent pour « Boukante Lapawol » dans des vacarmes pour « Ranmase » les activités zinyèz du sabbat pour émettre « Le Point » et pénétrer « Pi Lwen Pi Fon » dans des sophismes et des paralogismes les comportements dilapidateurs et honteux des caméléons politiques et des racketteurs du secteur économique.

Les plateaux de ces émissions très prisées de chaque matin, chaque samedi matin, tous les midis et chaque soir – qui devaient être l’espace des beaux esprits, des cœurs tendres, des hommes et des femmes dignes des secteurs politique et social pour inspirer les jeunes, pour faire honneur à l’éducation, à la science et à la culture – sont pris en otage par des acteurs ignobles qui font un usage abusifs des médias complices pour tenter en vain de redorer leur blason.

Micro et visibilité doivent plutôt être accordés aux hommes et aux femmes modèles

Le focus du regard et de l’écoute sur des interventions inspirantes et positives constitue une source de motivation et d’attraction vers la culture du bien, l’atteinte du bien-être et du bonheur. Parallèlement, les promesses fallacieuses, les discours trompeurs, incohérents et insalubres sont des vecteurs de mauvaise humeur, de migraine, de vertige et de malaise physique et mental.

Assez souvent, certaines âmes « naïves » font l’objet de chocs psychosomatiques néfastes après avoir mal digéré une information choquante qui pollue leur humeur et intoxique leur bien-être sur de longues périodes.  « Dis-moi quelle station de radio tu écoutes et je te dirai comment tu vas passer ta journée ». Par la théorie de la fenêtre1 brisée « Broken Window » soutenue en 1982 par les psychologues Américains James Q. Wilson et Georges L. Kelling, il faut déduire que l’exposition des yeux, de l’esprit et du cerveau à des images négatives entraine des effets multiplicateurs des pollutions, des dérives et de toutes les externalités négatives visualisées. A contrario, l’étalage des beaux gestes, des actions fascinantes, des œuvres philanthropiques et des personnalités inspirantes apporte du baume au cœur et aux artères et résulte en des valeurs ajoutées positives substantielles au profit de la société.

Par les discours positifs et les expériences captivantes que vous laissez véhiculer dans vos médias, vous pouvez faire rire, sourire et festoyer la population. Par les interventions et les messages insalubres, toxiques et venimeux, vous pouvez générer des tensions, des hypotensions et des hypertensions qui vont paralyser les nobles initiatives et les projets porteurs. Alors, qu’il s’agisse d’émissions politiques ou culturelles, choisissez vos invités avec soin. On n’accorde pas le micro n’importe comment, n’importe quand, à n’importe qui, venant de n’importe où et faisant n’importe quoi.

Faisons de la parole une lampe aux pieds de la population et une lumière sur son sentier.

Ne devrait-on pas définitivement cesser de propager les voix chimériques et balistiques retentissantes et résonnantes des Arnel, Bougoy, Odma, Ti Bwa, Ti Kekenn, Ti Kouto, Ti Manchet, Ti-Je, Gro-Je, Nenkankan, Gwovan, Ti-Lapli à qui micro est ou était servi, à volonté pour certains, dans quasiment toutes les stations de radio de la Capitale ?

Dans tous les points de la planète, au terroir, au Canada, dans les Caraïbes, aux Etats-Unis et en Europe, des âmes haïtiennes magnanimes scintillent de mille feux à travers leurs réalisations extraordinaires. A « Livres en Folie », une pléthore d’écrivains, jeunes et vieux, se défilent chaque année pour partager des réflexions et des imaginations. Une multitude de clubs de sports et de groupes de réflexions s’attèlent à fournir, même dans des conditions difficiles, des services à la jeunesse pour meubler son esprit d’initiatives positives. Notre espace de 27 750 km carrés est garni d’Haïtiens et d’Haïtiennes intègres, de grande valeur et de profondeur d’esprit qui se distinguent par leur vocation dans les secteurs éducatif, culturel et social. Le constat est similaire à l’étranger avec des compatriotes qui vainquent des barrières et des stéréotypes de tous ordres pour se frayer des chemins impossibles et triompher en des succès fous sur la scène internationale.

Ces personnalités n’ont pas gagné à la loterie ; elles ont chiadé avec assiduité et persévérance, savourant souvent le goût amer de « l’échec ». A maintes reprises, elles ont tenté de lâcher prises face aux obstacles, aux défis et aux succès manqués. Elles ont connu des hauts et des bas mais arrivent à tenir jusqu’au dernier souffle pour atteindre la ligne d’arrivée. Leurs histoires sont époustouflantes, inspirantes, galvanisantes pour catalyser les énergies positives et l’attention des enfants et des jeunes vers la route de l’excellence et du succès. Cependant, hormis quelques rares exceptions, de bonne ou de mauvaise foi, elles sont occultées par les médias et les journalistes.

A chaque fois qu’une émission rompt avec les pratiques de dédier leurs espaces à des pèlerinages politiques toxiques en invitant plutôt des âmes chatoyantes, Haïti est branchée ; de l’oxygène est pourvu aux poumons des beaux esprits. La ville est en liesse, la toile est embaumée, les enfants et les jeunes qui rêvent d’une Haïti meilleure en font la fête. Suivez Mon Regard à la fameuse émission « Le Point » de la Télé Métropole en date du 6 février dernier avec madame Marie Genthyann Verna qui semble marcher sur les pas de Mère Teresa. Toutes les belles âmes en parlent !

Il vient le temps de savourer dans les émissions très prisées, les lectures et riches commentaires politiques du feu professeur Lesly François Manigat. Le média doit s’ériger en une institution élitiste qui incite à revisiter les œuvres et les pensées magisttrale du docteur Jean Price Mars. Les expériences de succès miroitants du professeur Samuel Pierre, de Michaelle Jean, Patrick Paultre, Wilson Sanon, les accomplissements extraordinaires de l’immortel académicien Dany Laferrière, doivent s’exhiber dans les bibliothèques, sur les tableaux publicitaires et dans les shows politiques et culturels. Et si vous gâtez les yeux et les oreilles des enfants et des jeunes en véhiculant les œuvres des inspirants modèles inépuisables, des écrivains haïtiens, des entraineurs de football, des artistes, des entrepreneurs, de Nahomie Osaka, Shella Saint-Fleur, Duckens Nazon, Samuel Pierre, Fabienne Colas. Vous imaginez combien de sosies de ces personnages que vous seriez enclin à reproduire. Trop peu de programmes et d’émissions de radio et de télévision côtoient les modèles et les figures emblématiques pour exposer leurs œuvres, leurs réalisations et leurs expériences.

Pour sortir Haïti de ce labyrinthe pluridimensionnel, les médias sont censés donner des lignes et des directives pour rappeler aux responsables politiques la nécessité de se doter de la dimension d’hommes et de femmes d’Etat dignes et intègres.

En laissant l’espace médiatique si libre et si accessible à des « animaux politiques » insensibles, indignes et incompétents, les décideurs, les patrons des médias et les directeurs d’opinions crucifient leurs rôles de « vigie » et contribuent amplement à la dérive sociétale puisqu’ils laissent très peu de place aux valeurs, à la compétence, au respect et à l’honnêteté pour s’exposer et gagner du terrain. Ces conduites irrationnelles au détriment de l’intérêt collectif lancent de mauvais signaux en décourageant les forces vives et honnêtes du pays et elles nourrissent les pratiques de mauvaise gouvernance. Elles accouchent de nombreux élus, méconnus sur le terrain, mais jouissant de forte popularité uniquement derrière les micros et devant les petits écrans.

Ce texte ne se dresse pas comme une plaidoirie pour écarter exclusivement les nouvelles, les débats et les réflexions sur les tensions politiques dans vos programmations. Mais, il vous invite à y accorder peu de places et particulièrement avec des incompétents, des bandits politiques et des éternels « cons sans temps » qui versent dans des incohérences et dans une interminable chronophagie alimentée par des manœuvres de diversions, tergiversations, distractions et des stratégies de procrastinations.

Allumez les projecteurs beaucoup plus sur les personnalités positives et les actions lumineuses en suscitant des débats avec de vrais connaisseurs et des citoyens avisés pour envisager des issues et des solutions dans les problématiques affectant l’intérêt collectif.

Pour changer ce décor apocalyptique, Haïti a besoin de confiance, de sérénité, d’inspirations et d’espoirs ; alors un bon usage de ce puissant outil, qu’est le micro, s’impose aux médias en vue de se rendre pleinement utiles dans la construction de la nouvelle Haïti.

Carly Dollin
carlydollin@gmail.com
1 https://media4.manhattan-institute.org/pdf/_atlantic_monthly-broken_windows.pdf

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