7 février 1986 – 7 février 2020 : l’ordre ancien dégénéré en mal absolu

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par Me René Julien

Lundi 10 février 2020 ((rezonodwes.com))– 34 ans  après la chute de la dictature, les tenants de l’ordre  ancien n’ont pas chômé. Ils sont encore aux commandes. Ils continuent à plonger  leur poignard dans le cœur de la République.

34 ans après,  le peuple, sur la base d’une gouvernance d’État  qui renforce la corruption, est réduit à vivre, en vain, dans l’attente du pain quotidien et en espérant trouver un logement décent pour vivre avec ses enfants ;   

34 ans après, la société dérape dangereusement, les institutions chambardées au point que la République  sombre dans l’anarchie la plus totale ; 

34 ans après, à l’exclusion de toutes les valeurs républicaines, les sans foi ni loi font de l’Etat un espace hégémonique pour régler uniquement des affaires louches. 

34 ans après, l’avarice démesuré des tenants du système met la masse des déshérités dans l’impossibilité flagrante de trouver même les miettes qui leur étaient destinées sous la dictature ; 

34 ans après, le déclin du pays est visible. C’est le résultat d’une gouvernance faite de duperies, de mensonges, de tromperies, de corruption, de gaspillage des biens publics, de vilenies, de vols, etc.   

34 ans après, toutes les feuilles de route haïtiennes le sont pour plonger l’État dans l’abime ; 

34 ans après, un nombre accru d’êtres humains mène une vie pénible sur un territoire comparable à un abattoir aménagé par des mains criminelles pour abattre les enfants du Bon Dieu.

34 ans après, les jeunes, en dépit de leur formation professionnelle, universitaire, n’ont d’autre exutoire que de déserter le sol natal à la recherche, ailleurs, d’un avenir qui n’est pas forcément certain. 

34 ans après, la gouvernance haïtienne devient de plus en plus machiavélique et même  cynique.

Au cours de ces 34 ans, le système met définitivement hors-jeu les personnes intègres pour favoriser le règne  des ratés et des individus de mauvais aloi. 

34 ans après, des chars de guerre sont nettement impuissants à contenir, à travers le pays, la fureur des gens qui crèvent de faim.   

34 ans après, la jeunesse est  entièrement privée de tout ce qui pourrait lui donner  droit à une relève honorable. 

34 ans après, une succession de crises claniques ou intestines commandées à des fins mesquines amènent notre pays à l’anarchie totale.

34 ans après, d’une façon démesurée, tous les ordres de référence d’une société moderne se sont effondrés.

Au cours de ces 34 ans, le système aggrave la situation des masses. Il accroît la méchanceté des avares qui nagent dans l’opulence. « Plus le diable en a, plus il veut en avoir » dit le proverbe.

34 ans après, le gangstérisme, dans toute sa cruauté, dans toute son opulence, sévit en Haiti comme la peste.

34 ans après,  les gangs opèrent, sans s’inquiéter, sur tout le territoire national.

34 ans après, la justice, vertu morale qui permet de rendre obligatoirement, dans une société, à chacun ce qui lui est dû, devient une entreprise mafieuse, insupportable et même  téméraire. 

34 ans après, Haïti donne l’impression vraiment d’être un État de merde, une République  bananière. 

34 ans après, n’était la puissance protectrice des dieux tutélaires de la nation, Haïti, notre cher pays, aurait disparu. Elle aurait déjà sombré dans l’abîme. 

34 ans après, on a vu défiler à la tête de l’État, surtout,  des individus malintentionnés, des gens présumés disqualifiés en matière de vie publique.

34 ans après, on a l’impression de naviguer dans les flots dévastateurs d’une mer agitée.

34 ans après, on  évolue dans un pays où la gouvernance devient une véritable  pierre d’achoppement.

34 ans après, on n’a pas tort de parler d’une sorte d’anathème jeté sur la première République nègre indépendante du monde.

34 ans après, notre société, de plus en plus, ignore toute expertise citoyenne dans le choix des aspirants à une haute fonction de l’État.

Des mascarades électorales n’ont lieu que dans le but d’agréer des gens qui n’ont pas les coudées franches.

Les toutes dernières ont été organisées  au feu des enchères pour empirer le mal. Elles ont permis aux artisans de l’ordre ancien de tout rafler.

Donc, Il n’est pas facile de trouver actuellement un haut fonctionnaire de l’État haïtien qui n’a pas des démêlées certaines avec la Loi et la Justice.

Dans une société de droit, toute Haute fonction  de l’État requiert des vertus citoyennes comme la droiture, l’honnêteté, la loyauté, la fidélité aux institutions établies et aux principes républicains. Donc une expertise citoyenne se révèle plus qu’indispensable pour évaluer un aspirant à une Haute fonction de l’État avant de l’agréer.

Dans une société bien éclairée sous le  projecteur du droit, il est fort difficile de voir assigner à n’importe quelle personne un titre d’État.

Il faut rendre hommage à la Constitution du 29 mars 1987 qui accorde une très grande attention  aux personnalités appelées à servir la cause du peuple au plus haut niveau de l’Etat.

Ainsi,  elle fait du président de la République la clef de voûte de la nation – le parlement/la pierre angulaire de la vie publique – le gouvernement/la force motrice qui fait usage quotidiennement des lois de la République en vue du bien-être collectif.

Le serment prononcé par le président de la République à l’article 135-1 de la Constitution enseigne clairement sur le caractère sacro-saint du pouvoir qu’il incarne. Lisons-le :   

« Je jure devant Dieu et devant la nation, d’observer et de faire observer fidèlement la Constitution et les lois de la République, de respecter et de faire respecter les droits du peuple haïtien, de travailler à la grandeur de la patrie, de maintenir l’indépendance nationale et l’intégrité du territoire ».   

La Constitution donne aux élus nationaux, notamment le président de la République et les parlementaires des pouvoirs très étendus.

Travailler, après la chute de la dictature, à la grandeur réelle de la patrie est la mission rédemptrice assignée par la Constitution aux autorités nationales qui se succèdent au pouvoir après le ravage de la dictature, mais mon Dieu, cela requiert une solide structure d’État, avec, à la tête des institutions républicaines, des personnalités triées sur le volet qui se diffèrent, bien sûr, de celles que notre pays, détenteur d’une histoire politique hostile aux valeurs, continue à en avoir jusqu’à date.   

Dans la dernière ligne droite du combat dans lequel s’est résolument engagé le peuple haïtien, même au risque de continuer à prêcher dans le désert, ADEBHA tient mordicus  à  plaider en faveur de l’établissement en Haïti d’un véritable  Etat de droit.

Ainsi, toute la population haïtienne, notamment la jeunesse est conviée à former un faisceau inexpugnable pour rendre possible la rupture.

7février 2020

Me René Julien
Président de l’ADEBHA.

4 COMMENTS

  1. Et la liste n’est pas exhaustive! Question: les haïtiens peuvent-ils se diriger eux-mêmes quand on voit des malpropretés comme les Phtk se traîner comme des rats aux pieds des américains pour rester au pouvoir et continuer faire du pays un shihole!

    • « 34 ans après, on a vu défiler à la tête de l’État, surtout, des individus malintentionnés, des gens présumés disqualifiés en matière de vie publique. » Pour les générations futures, il faut mettre des Noms sur les visages. Men yo: Aristide, Préval, Martelly, Privert (La Scierie), Jovenel, Lamothe, Évans Paul, Jack Guy Lafontant, elatriye.

      Le rappel des Faits Historiques est nécessaire. Les PHTKISTES sont la suite des Kokorats. En arrivant au pouvoir, les PHTKISTES avaient deux (2) Choix :
      1. Divorcer avec la Mauvaise Gouvernance Lavalassienne
      2. Continuer sur la même lancée.
      Martelly et Jovenel avaient fait le SECOND CHOIX. « Pays lock » avait le Mérite de semer un peu de pagaille au sein des avadras. Pour rester dans la logique de Me René Julien, les zefeyis de « pays lock » n’ont pas la formation adéquate pour diriger le pays et ils sont des alliés d’un clan de l’oligarchie. Les membres du clan participaient activement avec ses dollars dans le « pays lock. » Et c’est ce qui poussait le président Jovenel Moise à s’attaquer aux compagnies de Blackout et les 22 personnes qui pillent le Fonds des 400,000 cotisants de l’ONA. Parait-il, mes frères et soeurs qui ne sont pas des diaspo-rats continueront à rester dans leurs pays d’accueil.

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