Lettre ouverte à Me. Claudy Gassant, Directeur général de l’Unité de Lutte Contre la Corruption

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Lettre ouverte à Me. Claudy Gassant, Directeur général de l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC)

Samedi 14 décembre 2019 ((rezonodwes.com))–
Monsieur le Directeur général,

Le lundi 3 décembre dernier, à la grande stupéfaction de tout un chacun vous avez accédé à la tête de l’ULCC.

Que l’on soit d’accord ou pas avec votre choix, on s’entend avec vous que votre prédécesseur n’avait pas la légitimité morale pour continuer à diriger l’institution en raison de son implication présumée dans le scandale de dilapidation des fonds du programme Petro-caribe tout comme le présidente de la République, son excellence Jovenel Moïse.
Pour savoir ce que vous avez incarné dans la lutte contre l’impunité et la corruption de par vos expériences professionnelles démontrées et vos déclarations publiques à l’emporte pièce contre le régime en place, permettez-nous de vous féliciter de votre audace.

M. le Directeur, à titre de pourfendeur de la corruption et militant engagé, l’octroi de ce poste aussi bien que son acceptation se révèle assez osé. Cependant, malgré effritement de nos valeurs morales, tout citoyen accroché à un certain optimisme peut se permettre de considérer cette nomination comme un cadeau de Noël sur mesure. Et pour cause, quelques jours après l’ordonnance de non lieu émis par le juge Jean Osner Petit Papa en faveur de l’honorable Sénateur Onondieu Louis et consorts impliqués dans un vaste scandale de corruption au Sénat, aujourd’hui, en cette conjoncture si inquiétante, les héritiers du trône, des députés, comme des sénateurs érigés en excursionnistes obsédés ont notamment le toupet d’organiser des voyages somptueux aux frais de la princesse.

La situation est d’autant écœurante que le parlement, dysfonctionnel depuis très longtemps à cause de la crise socio-politique sévissant dans le pays, n’arrive même pas à faire une rencontre virtuelle pour s’adresser les problèmes de l’insécurité, l’ouverture des classes, les scandales de corruption, l’instrumentalisation de l’appareil judiciaire par le chef d’État, les massacres perpétrés dans les zones défavorisées, les actions arbitraires du chef d’État contre la Sogener S.A et les mouvements de revendications populaires alors que certains parlementaires en qualité de leaders responsables se donnent pour mission l’évaluation des ambassades d’Haïti en Europe.

Monsieur le Directeur, souffrez que nous vous rappelons qu’Haïti est un pays pauvre dont la population patauge dans des conditions de vie les plus abjectes et révoltantes. Tout en ignorant les règles, le code éthique du parlement et les lois régissant de telles dépenses, un parlement dont l’image est tant discréditée par ses occupants eux-mêmes et par l’opinion publique, ne peut sans raisons valables s’autoriser à faire de tels forfaits au préjudice des pauvres contribuables.

De tels voyages semblent dénoter un certain conflit d’intérêts potentiels ou réels, et peuvent être assimilables aisément à un stratagème de corruption ou de détournement de fonds publics relevant de la compétence du droit criminel et civil.

Monsieur le Directeur, par delà de toute considération autour de votre accession au conseil de direction de l’ULCC, il convient de retenir que vous êtes à pieds d’œuvre, en terrain conquis. Car aussi compétent, loyal et déterminé que l’on soit, il est impossible de s’attaquer réellement au fléau de la corruption qui gangrène l’administration publique en particulier et la vie publique en général aussi longtemps que l’on ne soit pas titulaire d’un poste au niveau de l’appareil judiciaire ou dans l’une des institutions de lutte contre la corruption dont l’ULCC. Vous avez bien compris que certains de nous doivent à un moment donné doivent laisser les petites combines, les blitz médiatiques ou le macadam pour s’investir dans le concret. Chapeau !

Sur ce, monsieur le Directeur général, nous vous demandons l’ouverture d’une enquête en vue de faire la lumière sur les soupçons de corruption au niveau de l’administration publique, notamment les locations de véhicules, les allocations relatives à une deuxième résidence officielle, les voyages somptueux et le cas de l’honorable sénateur Onondieu Louis et consorts.

Le Ministère de la Justice et de la Sécurité Publique (MJSP), la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA), l’Unité centrale de renseignements financiers (UCREF), la Commission nationale de marchés publics (CNMP), l’Inspection générale des finances (IGF), et l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) ne peuvent exister et permettre délibérément la perpétration de toute une série d’actes de corruption en toute impunité faisant de nous la risée du monde.

Croyant en vos valeurs hautement professionnelles et votre détermination à lutter concrètement contre la corruption, nous vous prions d’accepter, monsieur le Directeur, nos salutations les plus distinguées et nos sincères remerciements pour l’intérêt particulier que vous porterez à cette correspondance.

Wilton Vixamar
vwilton2002@yahoo.fr2019-12-14

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