100 % de réussite au Baccalauréat, c’est possible!

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Comme à l’émission télévisée Ecole des Fans, animée par le fameux présentateur, Jacques Martin, obtenir 10 sur 10 dans les épreuves de fin d’études secondaires, reste faisable. Mais, à quelles fins utiles ?

Lundi 26 août 2019 ((rezonodwes.com))– On se plaint chaque année du pourcentage de réussite aux examens officiels de fins d’études secondaires. Cette année encore, même s’il s’améliore par rapport aux années antérieures, le taux de réussite demeure faible[1], soit seulement de 45.90 %. Quelle est, en effet, la valeur ajoutée réelle du taux faible ou élevé dans le social Haïtien ? Quasiment aucune ! La mesure du baccalauréat unique l’année 2016, avant l’implémentation du Nouveau Secondaire, passée au crible par plusieurs observateurs critiques, suite aux résultats successifs décevants de la Terminale, a permis une chose fondamentale, la mise à nu d’une multitude de pratiques de corruption et de connivence exercées par des inspecteurs, directeurs et professeurs d’écoles secondaires du pays.

Cette attitude de « racketteurs » déclarée au grand jour n’a été nullement le résultat escompté de cette décision adoptée par l’ancien ministre Nesmy Manigat, dont le seul effet véritable serait la réduction des dépenses de l’Etat dans la préparation des examens officiels. Grace à cette mesure, fini désormais le fameux dicton « Rhéto Rete » pour certains élèves dépourvus des techniques les habilitant à calculer une simple dérivée, balancer une réaction chimique, rédiger une dissertation historique ou littéraire, mais qui verront leurs déceptions et désillusions rejaillir avec véhémence en Philo/NS4. Puisque les examens de Rhéto se déroulent dorénavant dans l’enceinte de leurs propres établissements et sous la supervision généreuse de leurs professeurs complaisants, les sempiternels recalés ont définitivement eu raison des mécanismes de contrôles officiels en scorant par toutes les acrobaties des points pour se hisser en classe terminale.

Si cette mesure a mis fin à la misère et aux déboires des sempiternels redoublants de la Rhéto, on peut tirer la fameuse conclusion que cette peine peut aussi s’arrêter en Terminale, qui affiche sans surprise chaque année des taux d’échec spectaculaires, comparé à l’année de référence de 2015. Il suffirait d’enlever totalement la contrainte d’évaluations officielles et laisser le soin aux écoles d’administrer et de surveiller les examens de leurs protégés, et le fameux taux de réussite de 100 % serait atteint, n’est-ce pas.

Quelle est la finalité d’un taux de réussite élevé en secondaire ?

A quoi servirait un taux de réussite de 100% ou proche de 100% si nos élèves drainent avec eux toutes les lacunes académiques dans toutes les matières de base qui les permettraient de comprendre et d’assimiler les cours de base à l’Université. D’ailleurs la probabilité de la majorité des jeunes d’entrer à l’université est presque comparable à celle de gagner au loto. De la même façon que la mesure du bac unique fait retarder d’un an l’échec des élèves dotés d’une formation insuffisante et inappropriée aux besoins sociaux actuels, une mesure consistant à administrer les examens de philo par les écoles respectives et sous le contrôle exclusif des directeurs et professeurs desdites écoles ne ferait qu’alourdir le fardeau des professeurs d’université qui encaisseraient des chocs additionnels à la lecture et aux prises de paroles de ces nouveaux « universitaires » qui envahiraient le système comme des extraterrestres.

Comme le veut la démocratie, le passage à un niveau supérieur que ce soit en termes académique ou social doit être l’émanation d’un système de méritocratie. Nous ne saurions instaurer un système compétitif si la construction du capital humain qui en résulte est greffée sur la notion de « pitié ». Accompagner et encadrer les plus faibles a toujours été un noble objectif découlant des prescrits de la démocratie et des politiques de justice sociale. Ce n’est pas à la phase de la surveillance ou de la correction par exemple qu’un professeur peut faire montre de compréhension et d’écoute active envers ses étudiants et particulièrement envers les plus faibles. Ce serait tout simplement pure indécence. Tout support et tout focus devront s’exprimer pendant la période de dispensation des cours. Pour atteindre des résultats concrets et donc créer des valeurs ajoutées, les mesures doivent plutôt agir en amont, c’est-à-dire sur les structures sociales et institutionnelles.

L’arbitrage qualité au détriment de la quantité est à encourager

Le virage vers la qualité a été en fin de mandat de la présidence de Monsieur Martelly l’un des sujets préoccupants retrouvés sur les lèvres des connaisseurs les plus avisés de ce secteur vital pour sortir le pays de la trappe du sous-développement. Il a fallu attendre plus de quatre ans aux dirigeants d’alors pour déduire que la quantité que ce soit en termes d’emplois créés et surtout en termes éducationnel ne peut prédominer la qualité si on vise à réduire les fossés de l’inégalité sociale. Celle-ci tend à perdurer quand la compétitivité et l’absence de politique d’amélioration du capital humain ne font pas règle.

La qualité de la formation reçue constitue la toile de fonds de l’émergence des nouvelles sociétés, en témoigne le niveau de compétitivité qu’elles arrivent à atteindre pour se positionner de manière stratégique dans des secteurs porteurs de l’économie mondiale. Le Business Process Outsourcing (BPO) et l’ITO sont des exemples notoires de l’assise de l’émergence des tigres asiatiques, des BRICs, et aujourd’hui du Rwanda et de l’Afrique du Sud qui font de l’éducation de qualité et de l’acquisition des nouvelles technologies, des objectifs nobles à concrétiser par leurs jeunes étudiants et professionnels.

Tandis que les  économies émergentes articulent leurs projets d’éducation autour de la qualité, nous continuons de capitaliser sur des slogans et des programmes minables qui ne font qu’alimenter le système de corruption qui y prédomine. Un rapport de la Banque Mondiale a relaté qu’en 2013, 25 % des élèves de plus qu’il n’en existait réellement étaient signalés comme inscrits dans un échantillon d’écoles faisant l’objet d’un audit. Des cas d’écoles « fantômes » qui n’ont pas pu être localisés physiquement semblaient avoir été créées au profit d’individus bien précis. Le rapport n’a pas osé indexer spécifiquement nos fameux législateurs de la 49e impliqués dans ces malversations et corruptions. Mais, la société sait qu’il s’agit d’un secret de polichinelle. A la base de ces pratiques, on y retrouve évidemment le programme bidon PSUGO qui a constitué une des pierres d’achoppement du système. Le professeur Jacky Lumarque, ancien coordonnateur du GTEF (sur Préval) et coordonnateur scientifique des assises sur le virage vers la qualité (sur Martelly), dirait qu’il faudrait « arrêter ce cinéma ». Selon lui, le PSUGO a constitué une entrave au système éducatif haïtien. Ce programme a causé plus de mal aux acteurs du système.

Il faut renverser la tendance en donnant de bonnes incitations aux jeunes

Le système actuel – accueillant aux postes les plus prestigieux de rares spécimens, des cupides et des incompétents –  encourage la médiocrité et la corruption au détriment de la culture de l’excellence et de l’impunité. Ceci a pour effet pervers le désintérêt manifeste pour les études car les efforts et les sacrifices ne sont plus payants. A scruter le profil de nos « déshonorables » parlementaires, des représentants communaux, de certains ministres, voire des représentants au plus haut sommet de l’Etat, quel signal envoie-t-on au jeune ? En plus de l’absence des vertus et des valeurs qui les caractérisent, nos gouvernants sont pour la plupart des sous-qualifiés. C’est triste de voir triompher, à la surprise de tous, depuis des décennies en Haïti la médiocrité et l’absence des valeurs sur la compétence et la probité.

Jusqu’en 2019, nous continuons à ignorer des valeurs éprouvées tant sur le plan national qu’international alors que certaines personnes qui se font remarquer par leurs mœurs et leur bas instinct raffolent des honneurs. On avait presque offert des funérailles nationales à « Black Alex » pendant que le décès inopiné et voilé du célèbre chercheur Daniel Mathurin passe dans les oubliettes de l’histoire. Sauf les plus curieux se rappellent encore que ce docteur-chercheur – qui nous emmenait avec sa femme Ginette sur les autres planètes et expliquait le statut et la position géostratégiques d’Haïti – avait rendu son dernier souffle dans un « accident » en République voisine. 

Lors des débats électoraux du deuxième tour de la présidence de 2010 qui opposaient quasiment 100% de médiocrité et de vagabondage à quasiment 100% de compétence et de probité, l’absurdité et la laideur avaient triomphé sur la cohérence et la beauté. Ce qui a prêté le flanc à une fragilité sans précédent des vertus républicaines où des individus, de toutes sortes, espèrent s’installer en tant que concepteurs de projets publics alors qu’ils n’y avaient jeté même une fois des lectures sur la constitution, sur les documents de politiques publiques, etc. Jugez-en par le profil de certains parlementaires qui n’arrivent même pas à distinguer les chiffres des lettres, ou qui peuvent confondre l’immortel Socrate avec un quidam. Nous devons définitivement cesser ces plaisanteries qui ont trop duré sur cette surface de 27 750 km carrés. Si nous voulons converger vers la modernité et la compétitivité, en offrant des conditions de vies décentes aux 11.5 millions d’âmes du terroir, nous devons plébisciter la compétence, la décence et la dignité au timon des affaires publiques  !

Tel que stipulé par le prix Nobel d’Economie, Théodore Schlutz, l’investissement dans le capital humain est à la base de la croissance et du développement des pays industrialisés. Parallèlement, l’insuffisance des investissements est une barrière au progrès des pays qui peinent à emprunter la trajectoire de la prospérité et de la croissance soutenue. Ce crédit accordé à l’éducation dans l’expansion des pays émergents et des pays industrialisés résulte beaucoup plus dans la qualité des acquis que dans le nombre d’années de scolarisation. Et, pour assurer cette qualité qui va doter les jeunes et donc le pays d’un savoir et d’un savoir-faire compétitifs, on ne saurait encourager un nivellement par le bas en facilitant tout le monde, même sans le prix de l’effort et du sacrifice, à gravir les échelons.

L’option d’enlever la contrainte de couronner la fin des études par des examens officiels ne serait, sous aucune forme, judicieuse. Tous les bons systèmes de promotion et d’ascension sociale et académique dessinent une pyramide où la base reste toujours très élargies alors qu’au sommet on y retrouve la crème de la crème. C’est ce qui motive les initiatives et les mécanismes de mise en place des systèmes d’évaluations qui confèrent à ceux qui les réussissent l’option de franchir des étapes jusqu’à leur graduation.

Les contrôles et les évaluations doivent être assurés avec sérieux et efficacité afin d’obtenir la crème de la crème qui devra constituer l’élite dont la vocation consiste, comme le soutient le docteur Jean Price Mars, à assurer la direction et la bonne gouvernance du pays.  

Carly Dollin
carlydollin@gmail.com


[1] https://rezonodwes.com/2019/08/26/bac-2019-4590-de-reussite-le-nordouest-en-derniere-position-apres-louest/

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