Venezuela: le Conseil de sécurité appelé à séparer les objectifs politiques et humanitaires

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Samedi 13 avril 2019 ((rezonodwes.com))– Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires a appelé le Conseil de sécurité, ce matin, à renforcer le respect de l’action humanitaire au Venezuela, tout en insistant sur la nécessité de séparer les objectifs politiques et humanitaires, au cours d’une réunion marquée par l’appel du Vice-Président des États-Unis à reconnaître le « Président Guaidó ».

« L’aide humanitaire doit être fournie sur la seule base des besoins », a souligné dans un premier temps M. Mark Lowcock, qui a appelé à prendre des mesures supplémentaires en dépit de celles prises récemment par le Gouvernement vénézuélien.  Il a averti que les ressources disponibles sont « extrêmement modestes » par rapport aux besoins recensés.

M. Lowcock, qui est aussi Coordonnateur des secours d’urgence, a alerté sur le fait que la situation s’est détériorée depuis la fin février.  Il a évoqué les coupures de courant généralisées, qui entravent le fonctionnement des hôpitaux, ainsi que l’interruption des systèmes d’eau et d’assainissement, le déclin économique et la baisse du pouvoir d’achat.

Selon les estimations de l’ONU, sept millions de personnes -soit 25% de la population- ont besoin d’une aide humanitaire.  Dans un pays qui importe jusqu’à 75% de sa nourriture, celle-ci est de moins en moins disponible et abordable.  En 2018, 3,7 millions de personnes souffraient de malnutrition, un problème qui aurait triplé en l’espace de cinq ans.

De plus, les pénuries de médicaments ont entraîné une augmentation du risque de morbidité et de mortalité spécifique liées au diabète, à l’hypertension, au cancer et au VIH/sida, tandis que des maladies évitables, comme la tuberculose, la diphtérie, la rougeole et le paludisme, ont refait surface.  Mme Kathleen Page, professeure à la faculté de médecine de l’Université Johns Hopkins, a d’ailleurs présenté un rapport qui met en lumière le poids qui pèse actuellement sur le système de santé au Venezuela.

En présence du Secrétaire général de l’ONU, les membres du Conseil de sécurité ont également entendu un exposé centré sur la question des déplacements de population, par le Représentant spécial conjoint du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour les réfugiés et les migrants vénézuéliens.  M. Eduardo Stein a expliqué que la situation au Venezuela avait provoqué des déplacements d’une magnitude sans précédent dans l’histoire moderne de la région: 3,7 millions de Vénézuéliens sont partis vivre dans un autre pays, dont 80% depuis 2015.  À ce rythme, ce chiffre pourrait dépasser cinq millions d’ici à la fin de cette année.

Intervenant au nom des pays membres du Groupe de Lima, le Pérou a appelé à canaliser l’assistance humanitaire par le biais du système des Nations Unies et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR).  Cette réponse urgente ne doit cependant pas faire oublier le véritable problème, a mis en garde le représentant pour qui le risque est une menace à la paix et à la sécurité de la région.  Dénonçant le « régime illégitime et oppressant de Nicolás Maduro », il a plaidé pour une solution qui passe par le rétablissement de la démocratie et de l’état de droit au Venezuela.

« L’heure est venue de reconnaître l’échec que représente Maduro et de constater que le Venezuela est un État en déroute », a estimé pour sa part le Vice-Président des États-Unis.  M. Mike Pence a déclaré que « Maduro est un dictateur qui n’a pas droit au pouvoir et qui doit être éliminé », allant jusqu’à conseiller au Représentant permanent vénézuélien de rentrer au Venezuela « pour dire à Maduro que son temps est compté ».  Le Vice-Président a aussi réclamé l’adoption d’une résolution reconnaissant la légitimité du Président Guaidó.  « La lutte pour la liberté au Venezuela ne fait que commencer », a lancé M. Pence. 

« Nous assistons à un nouvel épisode du spectacle en plusieurs actes destiné à renverser le pouvoir au Venezuela », a rétorqué la Fédération de Russie, qui a accusé les États-Unis de tenir d’une main, le Venezuela à la gorge pour l’empêcher de se développer, et de s’atteler, de l’autre, à « faire les poches » du pays en expropriant ses avoirs dans les banques internationales. 

« Le Venezuela n’est qu’un prétexte pour les États-Unis de reprendre la main sur toute la région, en droite ligne de la ‘doctrine Monroe revitalisée’, a encore accusé la délégation russe qui, à l’instar de la Chine, a appelé les États-Unis à reconnaître que le Venezuela et son peuple ont le droit de déterminer leur propre avenir.  « Si vous souhaitez vraiment faire revivre la grandeur de l’Amérique, alors il est temps d’arrêter d’interférer dans les affaires intérieures des autres peuples », a encore lancé la Fédération de Russie pour qui la solution à la crise au Venezuela repose sur un dialogue.

Le doctrine de Monroe était également dans le viseur du représentant du Venezuela, qui a, lui aussi, affirmé que la situation au Venezuela est due à un « plan d’étranglement de l’économie nationale mené par les États-Unis, le but étant d’arriver à l’implosion de l’économie, afin de permettre une intervention militaire étrangère drapée sous le principe de la responsabilité de protéger pour enfin imposer un gouvernement à leur solde ».

Dénonçant une « gigantesque expérience inhumaine », le délégué vénézuélien a notamment voulu savoir sur quelle base juridique les États-Unis pouvaient menacer d’utiliser la force contre le Venezuela.  La délégation a appelé à mettre fin à la « guerre de Trump » et au double blocus économique et financier dont son pays est victime.

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