Le poète Jean Baptiste Anivince ne parlera plus de « littérature créole haïtienne »

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par Ricot Marc Sony

Prix d’Excellence GRAHN-MONDE 2018 (Montréal) pour la littérature d’expression créole, directeur de Regwoupman Ekriven Kreyòl < REK >, animateur de l’unique émission de littérature créole du pays < Pawòl Kreyòl > sur Signal FM, fondateur et ancien président de < Tanbou-Literè >, auteur de plusieurs recueils de poèmes en créole dont < De Bò Goch > et < Zo kanzo>, Jean Baptiste Anivince est l’Invité d’honneur de < Festival Liv Kafou  2019>. Pour l’occasion, nous l’avons rencontré dans sa bibliothèque privée, à Christ-Roi, question de connaitre son avis sur cette nouvelle marque d’honneur… Mais, il a affirmé, avec sa force verbale habituelle, que désormais il ne parlera plus de littérature créole haïtienne ».

Samedi 13 avril 2019 ((rezonodwes.com))– Accueillant, très humble et souriant, dans son style propre de poète vague, il nous a offert un exemplaire de son dernier livre, Zo kanzo, en guise de bonjour et de bienvenue.

Dans sa bibliothèque-chambre habitent les posters de toute une foule d’écrivains et de poètes qui ont marqué à l’encre forte la littérature haïtienne de langue créole :  Oswald Durand, Felix Morisseau Leroy, Frankétienne, Déita…

A première vue, des livres comme Rabouch de Georges Castera, Sezon papiyon de Manno Ejèn, Dadou du jeune poète Roniro Jean-Baptiste, Simon Bwadavi de Pauris Jean Baptiste, Bèbè Gòlgota de Pierre Michel Chéry, nous sourient. Visiblement ivre de symphonies de Beethoven et de chansons de BIC qui tournent en boucle, le poète, tout d’un coup, s’emploie à nous parler de littérature haïtienne, avec une attention particulière sur celle écrite en  créole. 

D’un ton ferme et sérieux à sa manière, il nous a confié que désormais il ne parlera plus de littérature créole lorsqu’il s’agit de la production littéraire d’Haïti née de la langue parlée par tous les haïtiens. Je parlerai de « Literati ayisyen / Littérature haïtienne », dit-il.

Et qu’il ne parlera non plus de « Littérature haïtienne d’expression française », mais, utilisera le terme de « Literati frankofòn ayisyen / Littérature francophone haïtienne. Pour Jean Baptiste Anivince, on ne doit plus continuer à répéter des termes comme <littérature Haïtienne d’expression créole » / « Littérature haïtienne d’expression française ».

On doit dire, et par devoir de grandeur, << Literati Ayisyen / Littérature haïtienne >> pour parler du premier et de littérature francophone haïtienne pour nommer le deuxième. « Sèl Lafrans genyen yon « Littérature française / literati franse. Tout lòt peyi, andeyò Lafrans, kote ekriven yo, powèt yo ap ekri nan lang franse, genyen yon « Littérature francophone / literati frankofòn. Se pou sa, pou Ayiti, nou pale de « Littérature francophone haïtienne /  Literati frankofòn ayisyen », déclare-t-il.

Pour l’auteur de <<Fou nan souf Woutfrè >>, il est temps de questionner les habitudes de langage qui ont naturellement la vie dure dans le discours littéraire en Haïti. Lorsqu’on dit « literati kreyòl, on ne veut rien dire si l’intention a été de parler de la littérature écrite dans la langue naturelle des haïtiens. Le terme « kreyòl / créole » rappelle trop de douleurs et de deshumanisations pour l’utiliser pour qualifier la littérature qui a utilisé la langue de la révolution haïtienne comme medium, nous dit Tivens.

Par contre, reconnait-il, des territoires d’outre-mer comme la Guadeloupe, la Martinique peuvent toujours vouloir utiliser le terme « créole » parce- que pour ces derniers, il y a toujours la Métropole / une Métropole. Mais, pour nous en Haïti, nous sommes notre propre Métropole grâce à nos ancêtres qui ont tout sacrifié jusqu’à leur souffle et leur sang pour ne faire de nous que des braves et insoumis.

Sur la question de l’appellation de la langue nationale haïtienne, il déclare que son vote va tout droit vers « ayisyen » à la place de « créole ». Il a fait savoir qu’il croit fermement à l’idée que l’appellation « ayisyen » apportera chez l’Haïtien plus de sentiment d’appartenance vis-à-vis de sa langue. Pour lui, le terme « créole » laisse entrevoir la persistance d’un ancien rapport maitre / esclave ; métropole / colonie. Haïti, selon le poète, doit entrer réellement en possession de sa langue, comme on dit entrer en possession d’un terrain, en l’appelant « ayisyen ».

A un moment donné, on a eu l’impression d’oublier le principal objectif de la visite : s’entretenir avec l’Invité d’honneur de Festival Liv Kafou. En guise de transition, j’ai lâché : Cela te dit quoi d’être le premier Invité d’honneur de Festival Liv Kafou ? Sans hésitation, le Prix GRAHN a répondu : «  Onètman, lè Gabinho, yonn nan responsab aktivite a kontakte m pou anonse mwen se Envite donè evennman an, mwen kontan. E rapidman, nan lespri m genyen anpil non k ap defile tankou majorèt 18 me. Se tout non sa yo mwen twouve ki alonè tou : Yves Dejean, Pradel Pompilus, Jean Price Mars, Jean-Robert Placide, Jan Mapou, Gary Daniel, Emile Roumer, Kaptenn Koukouwouj… Se tout espas mwen pote tras yo ki alonè tou : Depatman Nòdwès, Sosyete Koukouy, Tanbou-Literè, REK…

Une riche rencontre qui fera certainement l’objet de nombre d’articles.

Avant de terminer l’après-midi de dialogue à Delmas 32, dans un bar où Jean Baptiste Anivince était attendu, l’auteur invite tout le monde au lancement de Festival Liv Kafou qui se tiendra le mardi 16 avril 2019, Carrefour, à l’Hotel Roroli, où il aura à intervenir sur le thème Littérature et engagement social. 

Ricot Marc Sony

3 COMMENTS

  1. Je suis émerveillé de voir la réflexion de Jean Baptiste Anivince au sujet de la langue créole et Haiti.
    Vraiment, pourquoi n’appelle-t-on pas notre langue l’ayisien? D’ailleurs, il faut voir que notre créole ne ressemble pas aux autres langues créoles. D’autre part, je remarque que nous avons trop tendance à rester trop collés avec  » l’étranger « . Commençons par dire qu’il n’y a qu’une seule langue nationale en Haiti et c’est l’Ayisien point finale. À une prochaine étape, nous dirons que le français est une langue étrangère comme l’anglais et l’espagnole. D’ailleurs, il faut remarquer que tout cela s’inscrit dans l’idée qu’une deuxième révolution est tout à fait nécessaire en Haiti. Mais cette fois, elle se fera sans arme, sans bain de sang. Il suffira de changer complètement la façon de penser de l’homme de la rue. Quand il comprendra que dans tout, on doit penser Haiti d’abord, et non pas se remplir les poches quand on est au pouvoir; que l’on doit penser à relever le niveau de vie du bas peuple en lui donnant du travail et une éducation convenable, alors Haiti redeviendra la perle des Antilles. Perle, non pas pour une certaine métropole, mais pour nous tous , fils de la terre de Dessalines et de Toussaint.

    • Bizarre, de dire de telles conneries sur le paysage linguistique haïtien, pourtant tu écris ton commentaire dans l’autre langue nationale où est rédigée notre acte d’Indépendance.

      Antouka, mwen, m’pou toude lang yo, toude se pam, se pa nou. Sispann fè makak lan youn gè lenguistik nyè e initil.

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