La contrebande, l’évasion fiscale, les exemptions de taxes et d’impôts, les franchises douanières et les subventions : le manque à gagner pour l’Etat haïtien

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La contrebande, l’évasion fiscale, les exemptions de taxes et d’impôts, les franchises douanières et les subventions : le manque à gagner pour l’Etat haitien

Mercredi 13 mars 2019 ((rezonodwes.com))– « Encore une fois, les chiffres de la contrebande, à les entendre, sont effarants et leurs effets dévastateurs pour Haïti qui a, faut-il le rappeler, un PIB de 8 milliards de dollars et un PIB par habitant de 729 dollars américains. Les activités de contrebande à la frontière coûtent donc au seul PMA de l’hémisphère occidental au moins 8% de son PIB car ce commerce illicite représente entre 600 millions et 1 milliard de dollars américains. Les pertes de revenus occasionnées par ces activités illégales ainsi estimées oscillent entre 184 millions et 440 millions de dollars américains. Daniel Dorsainvil retient l’hypothèse d’une perte de 250 millions de dollars et déduit que la disponibilité d’une telle enveloppe aurait pu éviter au Trésor public le recours à un déficit au cours de ces cinq dernières années. Mais encore, l’investissement de ces ressources aurait également fait augmenter le PIB d’un montant additionnel de 1.85%. » (Le Nouvelliste, 4 Avril 2018)

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. L’Etat haitien perd 440 millions de dollars dans la contrebande chaque année ; argent qui aurait pu être utilisé pour bâtir des hôpitaux, des écoles, des universités, des routes, créer de l’emploi, investir dans l’agriculture, dans le tourisme, dans l’agro-industrie, dans l’éducation, dans les technologies, etc. Pourquoi l’Etat haitien n’agit pas contre les contrebandiers ? Rien que la semaine dernière, le député de Mirebalais, Abel Descollines a déclaré sur une station de radio de la capitale que les sénateurs Rony Célestin et Wilot Joseph s’allient à des hommes d’affaires pour faire de la contrebande et qu’ils sont les plus grands contrebandiers et les plus puissants sur la frontière haitiano-dominicaine. Je me souviens que l’Etat haitien avait entrepris des pourparlers avec une firme israélienne pour sécuriser la frontière. Un mémorandum of understanding avait été signé. Jusqu’à présent ce projet de sécuriser la frontière et de combattre la contrebande est en veilleuse. La question qu’il faut se poser : est-ce que les contrebandiers agissent seuls ou y-a-t-il au sein du gouvernement un gang qui huile la machine de la contrebande ? Nous quémandons un peu partout et pourtant l’argent est à notre portée, mais quelques individus choisissent de voler le peuple. On doit mettre la pression sur les autorités en place pour les porter à sécuriser la frontière. Les Dominicains de leur côté sécurisent la frontière et pourquoi pas nous. Les Dominicains tirent avantage de notre incapacité à gérer nos affaires en important notre café et notre cacao pour une pitance.

« Sur plus d’un milliard de dollars américains d’exportations dominicaines vers Haïti, le pays n’arrive à taxer que 200 millions de dollars de taxes; donc plus de 800 millions de dollars échappent au système de taxation national, a souligné l’économiste Pierre Marie Boisson….Outre la contrebande qui constitue une déperdition de recettes, l’économiste Boisson a identifié un manque à gagner d’environ 800 millions de dollars américains accumulés par l’État à cause de la mauvaise taxation des importations au niveau des frontières, de l’incapacité des autorités étatiques d’ajuster les prix des produits pétroliers à la pompe et des subventions accordées à l’EDH. « Entre 200 et de 300 millions de dollars de manque à gagner au niveau des frontières, plus 250 millions de subvention à l’EDH et des prix à la pompe subventionnés pour plus de 250 millions de dollars », a donc calculé Boisson. » Quand on compile ces chiffres et on ajoute les 200 millions de franchises douanières, les exemptions de taxes et d’impôts qui est un manque à gagner de 300 millions, l’Etat haitien aurait dû rentrer 1.7 milliards de dollars. Vous allez me dire que la classe des affaires n’est pas méchante et que les éléments de classe moyenne qui occupent des postes importants au niveau de l’Etat haitien ne sont pas des criminels. Dans l’article publié par le Nouvelliste le 25 Janvier 2019 titré : Contrebande : cible numéro un de l’ADIH mais loin d’être le seul ennemi de la production nationale tout est dit. Je vous demande, chers lecteurs de le lire.

Pourquoi l’Etat haitien n’arrive pas à mettre un système fiscal qui fonctionne. Non seulement, la plupart des hommes d’affaires ne paie pas le montant des taxes qu’il faut payer, mais le commerce informel échappe à tout contrôle. L’Etat haitien est irresponsable. Max Weber définit l’État comme « une entreprise politique de caractère institutionnel lorsque et en tant que sa direction administrative revendique avec succès, dans l’application des règlements, le mono­pole de la contrainte physique légitime », le tout « à l’intérieur d’un territoire géographique déterminable ». Weber continue pour dire que « L’État est donc une institution qui a le pouvoir de contraindre les gens (leur faire payer des impôts, les envoyer à la guerre, les mettre en prison…). Toutefois, le recours à la violence (peine de mort notamment) constitue l’option ultime dont disposent les dirigeants pour mener à bien la conduite des affaires de l’État : « La menace et, éventuellement, l’application de la violence, en est assurément le moyen spécifique et partout elle est, en cas de défaillance des autres moyens, l’ultima ratio ». Si l’on tient compte de la définition du sociologue Max Weber, l’Etat haitien n’existe pas parce qu’il n’exerce aucun contrôle sur le territoire et l’Etat n’a pas le monopole de la violence légitime. Les gangs, les politiciens, les hommes d’affaires deviennent tous des bandits légaux qui font la loi. Il y a des zones de non-droit dans tout le pays où la Police Nationale d’Haiti ne peut pas intervenir.

Quand nous disons à la jeunesse de se réveiller et de prendre son destin en mains, certains pensent que nous sommes malades. Le manque à gagner de l’Etat dans la contrebande, l’évasion fiscale, les exemptions de taxes et d’impôts, les franchises douanières et les subventions est dans l’ordre de 1.7 à 2 milliards de dollars. Imaginer ce que 1.7 milliards de dollars pouvait faire en Haiti chaque année. On aurait au moins un hôpital de référence par département en deux ans, des cliniques de qualité avec des personnels qualifiés dans chaque commune du pays. On aurait pu électrifier tout le pays avec les différents types d’énergie renouvelable, avoir de l’eau, avoir un pays propre et vivable. On pourrait revigorer l’Université d’Etat d’Haiti avec plusieurs campus sur tout le territoire national. L’Etat pourrait chaque année avoir plus de 500 millions de dollars pour accorder des prêts à des entrepreneurs, surtout des jeunes. Nos jeunes n’auraient pas de nécessite à risquer leur vie pour aller ailleurs. Quand on dit qu’Haiti est riche, on sait de quoi on parle. Quand l’ambassadrice américaine Pamela White avait déclaré qu’Haiti est un pays trop riche pour être pauvre, elle était bien imbue de ce qu’elle disait. Est-ce que l’on peut mener ce combat seul ? N’avons-nous pas besoin du support des Etats-Unis d’Amérique ? Je l’ai souvent dit : la culture de la corruption est un mal endémique qui gangrène la société haitienne.

Où sont les organisations de droits humains ? Ça aussi, c’est leur combat. Quand l’Etat refuse de prendre ses responsabilités et laissent des citoyens mourir dans la misère alors qu’un petit groupe d’individus décident de voler l’Etat, ça c’est un problème de droits humains. Si nous restons les bras croisés à observer les bandits légaux qui font chou et rave, dans quelques années, les postes électifs qui s’achètent argent comptant dans le plus grand secret seront offerts à la criée publique et ce sont les corrompus qui font mains basses sur l’Etat haitien qui auront le contrôle de tout le pays comme ils commencent à l’avoir aujourd’hui. Est-ce que c’est normal de faire cela à un pays ? Voilà pourquoi nous supportons tous ceux qui demandent un tabula rasa. Le pays ne peut pas continuer à fonctionner ainsi. Un parlementaire passe entre 4 à 6 ans au parlement. Après son mandat, il a au moins trois châteaux, des centaines de milliers de dollars et des investissements en République Dominicaine. Un ministre n’a besoin que six mois dans son poste pour devenir multimillionnaire. Les directeurs généraux font leur beurre. Et tout président de la République, dès son investiture devient multimillionnaire. Eske n ap fè peyi ? Eske nou ka di nou gen yon peyi ? Quand on dit qu’il y a une mauvaise répartition des richesses, nous ne disons pas que l’on doit s’approprier de l’argent et des biens des riches. On dit tout simplement que l’Etat doit être responsable pour contrôler le territoire national, pour mettre des structures en place pour forcer les citoyens à payer les taxes et les impôts et pour faire une bonne répartition des richesses. « Une demi-douzaine de législateurs des Etats-Unis se mobilisent pour aider Haïti à se défaire de la contrebande qui ronge son économie à la frontière. Les marchandises illégales couteraient environ 400 millions de dollars au gouvernement haitien. Des fonds qui, selon ces législateurs, pourraient être utilisés dans le système sanitaire et d’autres services de base » (Loop Haiti, la porosité de la frontière entre Haiti et la RD menace les USA)

L’Etat haitien à construire aurait pu créer dans l’Administration Publique 200 mille emplois bien rémunérés si tout allait bien. Au moins 60% d’Haitiens auraient pu avoir un boulot. Chaque haitien aurait pu manger un plat chaud chaque jour et avoir un endroit où se reposer. On aurait pu avoir l’électricité 24/24. Je n’invente pas les chiffres. Les études sont là et je donne des références. L’ADIH a les chiffres, le parlement a les chiffres, des organisations internationales comme la Banque Mondiale, la BID et le FMI ont les chiffres. Quand est-ce que nous allons décider de créer l’Etat haitien qui n’existe pas. Le peuple n’est pas assez éduqué pour comprendre ces analyses. Même quand on écrivait en créole, ils n’auraient pas pu comprendre ce que l’on avance ici. Il est du devoir des jeunes de rencontrer les paysans, les citoyens dans chaque commune et de faire l’éducation à la citoyenneté pour que les citoyens puissent connaitre leurs droits et ce qu’ils doivent attendre de l’Etat. Si nous ne faisons pas de notre mieux pour stopper cette hémorragie, des milliers de compatriotes finiront par mourir de faim et des problèmes de santé. On peut avoir un pays où il fait bon vivre. Mais un petit groupe d’hommes et de femmes décident que ce sont eux qui doivent vivre et que la majorité nationale doit croupir dans la misère. Ce n’est pas juste.

Est-ce que nous pouvons rester les bras croisés et ne pas écrire ? Est-ce que nous pouvons passer notre temps à pérorer, à faire des discussions oiseuses. J’invite le GRAHN a réalisé un cahier thématique sur le problème qu’on a soulevé aujourd’hui et de proposer des pistes de solution. Quand on dit qu’Haiti peut financer son développement, c’est une réalité. Si nous prenons les décisions qui s’imposent, « grès kochon an ka kwit kochon an. » Il est temps que les économistes responsables en Haiti fassent du bruit, il est temps que l’ADIH rencontre des associations pour expliquer ce qui se passe. Le peuple doit être informé. Comment pouvons-nous tolérer les « machann mikwo ». Quand un propriétaire de média choisit d’embaucher des idiots et des affairistes qui parlent de non-sens à longueur de journée, est-ce qu’il n’est pas un criminel, alors que nous avons des thématiques très sérieuses à débattre. Vous n’allez jamais entendre parler de ces problèmes dans les émissions d’analyse politique ni dans les espaces d’invité du jour. Les journalistes « machan miwko » font de la diversion. J’encourage les journalistes qui se respectent et qui sont plus ou moins honnêtes à réfléchir sur ces problèmes. Nous disons merci au journal le Nouvelliste, Alterpresse, Tout-Haiti, Rezonodwes, Loop Haiti, Metropole Haiti qui publient des articles de temps à autre sur le manque à gagner de l’Etat haitien.

Je choisis d’intervenir sur les problèmes systémiques. Nous avons donne des chiffres qui sont vérifiables. Nous perdons entre 1.7 à 2 milliards de dollars chaque année, ce qui dépasse le budget national qui est de 1.5 milliards de dollars. Les jeunes doivent partager ces réflexions et doivent fouiller eux-mêmes puisque les informations sont disponibles sur l’internet, sur des sites fiables comme Le Nouvelliste et les autres sites que j’ai cités plus haut. Je ne fais pas le vedettariat ; je traite des sujets d’importance nationale et qui sont vitaux pour permettre aux jeunes d’avoir une lecture rationnelle et non biaisée de la réalité. Je ne suis pas payé pour faire ce travail. C’est ma contribution à la construction de l’Haiti Nouvelle. L’adage stipule que celui qui a l’information détient le pouvoir et c’est bien vrai. Si le peuple savait ce qui se passe, comment l’Etat haitien est moribond, je vous garantis qu’il aurait eu un « leve kanpe » et le peuple aurait exigé un tabula rasa. Messieurs les journalistes « machan mikwo », crois-mois, un jour vous payerez très cher ce que vous êtes en train de faire au peuple haitien. Le peuple ne sera pas zombifié  à vie. Un jour, il va goutter du seul, et crois-moi, il aura fallu des averses pour nettoyer le sang des méchants sur le macadam. Je suis non-violent, mais je suis réaliste. Quand on choisit d’exercer une telle violence sur un peuple aussi docile qui ne demande qu’à vivre, on doit s’attendre à un réveil et pourquoi pas une révolution. Jeunes compatriotes, je vous demande de partager mes textes et de les discuter. Il y a des informations que je ne véhicule pas au grand public. Si vous avez des questions, n’hésitez pas à m’ecrire ou à m’appeler, car je suis toujours disponible.

Nous, Haitiens devons prendre notre destin en mains, sinon nous sommes appelés à rester à genoux et à mourir comme des chiens. Il faut un réveil sur citoyen dans ce pays.  Pensons aux enfants qui grandissent dans le dénuement total et qui n’ont pas accès à une éducation de qualité ; pensons à ces jeunes délaissés qui se prostituent pour survivre ; pensons à ces parents qui ne savent à quel saint se vouer. Pensant à tous ces gens qui veulent aider le pays, mais qui ont peur des bandits. Pensons à Haiti considère comme une latrine et qui est réellement une latrine à cause de l’incapacité, de la méchanceté de nos dirigeants. Disons non à la corruption. Chers jeunes, si vous devez choisir un combat, ce que je relate dans ce texte doit être votre combat. Que la Providence aide le peuple haitien à se réveiller de son sommeil pour forcer ses dirigeants à mettre les voiles pour faire place à des gens plus responsables et plus soucieux de l’avancement du pays. Que vive Hayti.

Kerlens Tilus     03/13/2019

Futurologue

Snel76_2000@yahoo.com

Tel : 631-639-0844

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