Économistes, politiques, militants de droits humains scrutent les 9 mesures de Céant

Par Hervé Noël

Confus, creux, inconsistant les qualificatifs abondent pour évaluer le contenu proposé samedi par Jean Henry Céant à l’occasion de son adresse. Les réactions recueillies sont unanimes à reconnaître un énorme fossé entre les 9 décisions et leur application dans le réel. Ce qui est d’autant plus surprenant, ce discours démontre à clair la bande à part de la Primature par rapport au Palais national qui veut se lancer dans un « monologue » pour jeter de la poudre aux yeux

Port-au-Prince, mardi 19 février 2019 ((rezonodwes.com))–« C’est un coup de maître’’ jugulaient les proches du Premier ministre au soir de son intervention préenregistrée. Jean Henry Céant, contrairement au Président de la République, Jovenel Moise s’est engagé dans l’exercice sans causer de casses, sans une attitude hautaine. Humble et conciliant. Dans le gestuel, le verbal le Chef du gouvernement s’est appliqué à souscrire aux injonctions de ses instructeurs. L’emballage du produit a ému, considèrent des spécialistes requérant l’anonymat.

Cependant, le fond du discours interpelle économistes, politiques, militants de droits humains. Dans leur jugement, ils sont unanimes à identifier des éléments  contradictoires repérés dans le document. A la loupe de leur analyse, les 9 points évoqués par Jean Henry Céant pour soulager les souffrances populaires et réorienter la gouvernance publique comportent des zones d’ombre.

Pour l’économiste Camille Charlemers, le point relatif à l’audit des organes autonomes se révèle la seule nouveauté inscrite dans la liste des chantiers à entreprendre. Malheureusement le directeur exécutif de  la Plateforme de Plaidoyer pour un Développement alternatif y décèle des irritants. ‘’ C’est révoltant de constater que des proches du pouvoir font main basse sur des institutions comme l’Unité centrale de Renseignement financiers et l’Unité de Lutte contre la Corruption. Cette tendance tend à fragiliser la  mission de ces institutions’’, s’indigne Camille Charlemers.

Envisager des mesures de redressement du cadre global, réglementaire sans penser à la réforme fiscale se révélerait d’un vœu pieux, de l’avis de l’économiste Eddy Labossière.

Pour le docteur en économie, la décision de réduire le prix des produits importés sera fatale pour l’économie. ‘’ Cela relève de l’irresponsabilité de penser à agir sur des produits alimentaires en mode pompiers. La décision de réduire le prix du riz importé creuse le déficit budgétaire et provoquera la dépréciation de la Gourde, prédit Eddy Labossière.

S’agissant de la réduction du train de vie de l’État, le gouvernement est appelé à joindre l’acte à la parole, de l’avis du secrétaire général de la Fusion des Socio-démocrates haïtiens.’’ À travers la loi de Finances 2018/2019, des signaux clairs doivent être envoyés. Le document en phase d’élaboration par l’Exécutif est une opportunité pour l’administration Moise/ Céant de manifester leur volonté de réduire jusqu’à 30% le budget de fonctionnement de la Primature, du Parlement et du Palais national, soutient Rosemond Paradel.

Briser le monopole dans le secteur économique ; un pas dans la bonne direction pour éliminer les inégalités sociales et favoriser la création d’emplois, juge le directeur exécutif du Centre Jurimédia. Cependant, Abdonel Doudou s’interroge sur la sincérité de la démarche.’’ Compte tenu de grande influence du secteur privé des affaires, le gouvernement aura-t-il les coudées franches pour renverser le statu quo’’, se questionne perplexe Abdonel Doudou.

Le dossier Petro Caribe, l’expression d’une gouvernance corrompue qui s’érige en système, scandalise le coordonnateur du Collectif. Pour Jean Robert Argan, rompre avec des options superficielles s’impose.’’ Il faut revoir la structure et non le superficiel. S’agissant du dossier Petro Caribe, le procès peut être engagé, mais sans la mise en question du système, les cas de corruption seront inéluctables’’, croit comprendre Jean Robert Argan.

En évoquant 9 mesures pour corriger les dérives et stopper le déclin économique, Jean Henry Céant n’a rien inventé, sinon des mesures qui méritaient d’être appliquées. Dans le cadre de l’accomplissement de ces engagements, le temps nous prendra en témoin.

Hervé Noël
vevenoel@gmail.com

Une pensée sur “Économistes, politiques, militants de droits humains scrutent les 9 mesures de Céant

  • 19 février 2019 à 5:48
    Permalink

    Le jeu force à couper. Il est mieux de faire que de rien faire surtout quand on ne peut pas plaire à tout le monde. Ces économistes agissent en prophètes de malheur à la recherche d’un boulot.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.