Le rôle des associations régionales dans le développement d’Haiti

0
46

par Kerlens Tilus

Lundi 11 février 2019 ((rezonodwes.com))– « A chaque conjoncture de crise, tous les esprits conscients des blocages structurels qui paralysent le pays se tournent  spontanément vers les ressources disponibles dans les communautés haïtiennes de l’extérieur, ce vaste gisement d’avoirs et de savoirs susceptibles d’être mis à contribution dans la perspective d’un grand dessein national. Mais, invariablement,  le constat a toujours été aussi brutal que désarmant.

L’Etat haïtien et sa diaspora continuent d’évoluer dans un isolement déconcertant. Celle-ci ne détient aucun espace politique sur la scène nationale ; celui-là n’élabore aucune stratégie cohérente pour sortir le pays du marasme. L’Etat haïtien ne dispose pas de moyens pour remplir ses obligations. Alors, comment éviter que la conjoncture amenée par le cataclysme du 12 Janvier soit encore une occasion manquée ? Comment réaliser l’arrimage des communautés de la diaspora à la nation, condition indispensable à l’élaboration d’un projet de développement autocentré viable ?

Une fois affirmée la volonté de rupture avec la politique traditionnelle de l’Etat envers les Haïtiens expatriés, il faudra mettre en place des mécanismes en vue d’un véritable dialogue transnational dont l’objectif sera de faciliter la synergie Etat/diaspora combien urgente dans le contexte haïtien actuel. De cette manière, l’action de la diaspora  haïtienne pourrait produire un impact notable sur la trajectoire nationale. » (GRAHN, Construction d’une Haiti Nouvelle)

Quand on parle dans ce texte d’associations régionales, on ne voit pas un regroupement d’Etats. On voit de préférence un regroupement d’hommes et de femmes issus de la même localité ou du même endroit dans un pays donné. Il peut être un département, une ville ou une commune. Dans presque chaque pays où il y a des Haïtiens, les associations régionales existent.

Ces associations jouent un rôle prépondérant dans leur communauté. Certaines associations remplacent même l’Etat dans certains endroits. Elles mettent en place des centres de santé, des écoles, construisent des routes, favorisent l’accès à l’eau potable et à l’électricité. Dans certaines communes d’Haiti, l’Etat est inexistant. Ce sont ces associations qui s’occupent de tout. Quand on dit que la diaspora n’investit pas en Haiti, ce n’est pas tout à fait vrai. Il n’y a pas de grandes entreprises certes qui peuvent être considérées comme propriété d’Haitiens vivant à l’étranger, mais ces derniers investissent dans des petites et moyennes entreprises. Il serait intéressant de réaliser une étude sur l’investissement des Haïtiens vivant à l’étranger, surtout dans les villes de province.

Il y a toujours une dynamique dans la diaspora, surtout en Amérique du Nord où les Haitiens se réunissent pour parler de leurs villes, de leurs communes. S’il y a une certaine velléité de collaborer et d’aider, mais la division a toujours le dessus sur les initiatives de mise en commun. Ainsi, tu peux voir par exemple qu’il y a une pléthore d’associations régionales pour l’Ile de la Gonâve, c’est bien le cas pour d’autres régions du pays. Les Haitiens n’arrivent pas à se mettre ensemble pour réaliser de grands projets au sein de leur communauté.

Nous avons beau écrire sur la diaspora, mais nous négligeons l’existence des associations régionales de la diaspora. Si la diaspora doit s’organiser, les associations joueront un rôle important et on doit commencer cette organisation avec elles. Ce qu’il faut aujourd’hui, c’est un projet de développement visant les dix départements du pays, les villes et les communes. Il faut d’abord recenser les ressources, faire des recherches sur les potentialités de chaque ville ou de chaque commune. Par exemple, la ville de Milot qui abrite le Palais Sans-Souci et la Citadelle Laferrière a un grand potentiel touristique. Cette commune devrait avoir un ou deux hôtels trois étoiles où des visiteurs pourront passer deux ou trois nuits pour visiter les lieux historiques. Dans le Sud, il y a le parc Macaya dans les hauteurs de la commune de Chantal comme belle attraction. Un peu partout dans le pays, il y a des sites qui peuvent attirer des touristes. L’Etat haïtien de concert avec les associations régionales pouvaient mettre en valeur ses sites.

« Le développement est la combinaison des changements mentaux et sociaux d’une population qui la rendent apte à faire croître, cumulativement et durablement, son produit réel global. » (F. Perroux) En Haiti, nous parlons de développement journellement, mais nous ne savons pas comment effectuer ce développement. Nous avons des chercheurs haitiens et étrangers qui ont réfléchi sur cette thématique, mais toutes ces réflexions restent dans des tiroirs. Il n’y aucune velléité de la part des dirigeants haïtiens de planifier le développement du pays sur le long terme. Voilà pourquoi, nous adhérons à l’idée d’un gouvernement de transition en Haiti pour rebattre les cartes. Les Haitiens aiment leur pays, il n’y a pas à en sortir de là.

Les Haïtiens vivant à l’étranger veulent le bien pour leur pays. Mais, il leur manque ce déclic pour réaliser la mise en commun. L’idée de compétition entre les associations régionales s’avère importante. Un ministère de la diaspora devrait se donner pour mission de regrouper ses associations et encourager leurs membres à participer dans le développement de leur ville, de leur commune. On ne peut pas penser développement en Haiti sans un changement de mentalité, L’Haitien qui savait travailler sa terre et qui comptait sur sa propre force pour vivre est aujourd’hui un parasite et l’Etat haïtien y est pour beaucoup. L’Etat haïtien de par son inaction encourage l’exode rural et l’exode massif des Haitiens vers d’autres pays.

D’un côté, on peut voir l’impact négatif de l’exode vers l’étranger parce que bien souvent ce sont des têtes bien faites qui quittent le pays. Mais, d’un autre côté, on peut tirer profit de ces gens qui ont le pouvoir d’achat et qui ont les moyens d’investir leur argent s’il y a une politique qui vise à les porter à investir. Voilà pourquoi l’idée d’une banque de la diaspora est très importante. C’est un projet que nous devons prendre à cœur. Et les différents groupes qui nourrissent la même idée devraient s’asseoir pour dégager un consensus et fusionner pour faire de cette idée, un projet viable et le matérialiser. Pour mettre en place une banque, il faut certes de grandes compétences, mais il faut avoir de grands moyens, surtout qu’on parle d’une banque de développement. Une telle banque devrait démarrer avec un capital de quatre milliards de dollars au moins et au moins 300 mille actionnaires. Le projet de banque de la diaspora pourrait être le point de ralliement de la diaspora haitienne. On ne peut pas mobiliser la diaspora en dehors des organisations existantes et surtout les associations régionales. Il est temps de recenser ces organisations et de les encourager à faire front commun. Le développement d’Haiti ne peut être effectif qu’avec les Haitiens et avec l’argent des Haitiens.

Je visionnais hier au soir une vidéo du savant Daniel Mathurin, assassiné par les ennemis d’Haiti en République Dominicaine quelques années de cela où il parlait des ressources d’Haiti, surtout de l’or que regorge notre mer. Il parlait des galions des flibustiers qui sont au large d’Haiti. Il est temps d’explorer les moyens d’avoir accès à ses ressources. La nature nous a tout donné. C’est l’homme haitien qui refuse d’exploiter les ressources mises à sa disposition par la Providence. Le Capois vivant à l’étranger peut ne pas s’intéresser à un projet qui se réalise dans la ville des Cayes, mais s’il est sensibilisé, il appuiera un projet quelconque dans sa ville natale. Il ne suffit pas de nourrir de grandes idées, mais il faut penser à des idées qui peuvent être matérialisées. Nous n’avons pas à réinventer la roue, tout est déjà là. Les associations régionales sont bel et bien existantes. Il faut tout simplement les dynamiser. Il faut un leadership éclairé que ce soit en Haiti et dans la diaspora. Certains papes dans la diaspora croient que s’ils ne sont pas partie prenante d’un projet, ils le boycotteront. Un temps viendra où l’on cherchera ces égocentriques, on ne les trouvera pas. Je me plains de certains Haitiens qui croient que les Américains vont financer des projets de développement durable en Haiti. Et pourtant, ces hommes sont détenteurs de doctorat. Ils n’arrivent pas à comprendre que depuis 100 ans, nous sommes sous l’occupation américaine et que l’Amérique est en partie la cause de nos malheurs, car ils arrivent à corrompre nos dirigeants et donner de l’engrais aux semences des Conzés.

Il est facile de pérorer, mais il demande du courage et du dynamisme pour agir. Le temps est à l’action. Voilà pourquoi nous écrivons et nous rencontrons des compatriotes pour les sensibiliser sur l’avenir du pays. Nous ne pouvons pas vivre dans l’instabilité qui mine l’économie et qui ronge le pays. Certaines fois, je me demande comment nous allons faire pour débarrasser Haiti de tous ces agents doubles, de tous ces opératives des puissances étrangères. Ils sont nombreux dans la société. Et, ils sont un peu partout : au timon des affaires, dans la société civile, dans la classe des affaires, dans les églises, dans les perystiles, dans les loges, à l’université, au sein de la classe politique. Le pays est infesté. Les associations régionales ont leur lot de problèmes. L’absence de leadership les empêche de jouer leur rôle primordial qui est d’aider à la construction de leur région. « La stratégie de la diaspora haitienne devrait consister à promouvoir autant que possible un dosage approprié entre la migration du retour et la circulation des cerveaux. A ce titre, une telle stratégie devra être humble et ambitieuse en même temps, tout en mettant l’accent sur le potentiel de croissance à moyen ou long terme. Il y a donc lieu de commencer à faire la promotion de petits projets porteurs qui s’appuient sur des contributions tangibles. En conséquence, nous proposons les initiatives suivantes :

  1. Un programme visant l’implication de la diaspora dans la formation des intervenants dans des secteurs clés sur le terrain en Haiti (livraison des services de santé, éducation, transport, construction, etc.) ;
  2. Institution d’un Fonds pour la promotion de capital de risque dédié à la création d’entreprises en Haiti » (GRAHN, Construction d’une Haiti Nouvelle)

Nous croyons que les associations régionales ont un rôle important à jouer dans le développement local, mais aussi dans le développement d’Haiti. Vouloir c’est pouvoir dit-on. Que nous soyons animés de bonne volonté et de dynamisme pour faire du rêve de l’Haiti Nouvelle une réalité. Que vive Hayti !

Kerlens Tilus   02/10/2019
Snel76_2000@yahoo.com
Tel : 631-639-0844

Illustration : photo de Sony Michel, haitiano-américain, joueur professionnel (NFL) Football américain

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.