572 millions G pour les partis politiques, un acte en apparence légal mais mal initié et suspect

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par Agr Michel William

Port-au-Prince, dimanche 5 aout 2018 ((rezonodwes.com))–

1- La genèse de ce financement
Suite au renvoi antérieur de deux CEP pro PHTK accusés d’organiser les élections pour le pouvoir, le CEP de Pierre Louis Opont né du décret électoral du 2 mars 2015 avait publié une liste de 188 partis politiques et regroupements agrées et non agrées au 26 mars 2015.




Conformément à l’article 102 du Décret électoral, le Conseil électoral provisoire avait publié la liste définitive des 166 Partis et groupements politiques régulièrement enregistrés et agréés, donc habilités à participer aux prochaines joutes électorales.

Ces 166 partis politiques avaient pris naissance à partir d’un ensemble des gestures politiques dont le but était de créer la loi du nombre profitable au parti présidentiel PHTK lors des assises d’EL Rancho sous la direction du Cardinal Chibly Langrois . Quand le Cardinal haïtien Chibly Langlois annonca qu’un accord avait été trouvé après deux jours de rencontre entre les partis politiques et l’exécutif, des partis comme Fanmi Lavalas et La Fusion insatisfaits des retombées du dialogue allaient désister au dernier moment.

Rappelons que l’organisation politique de l’ancien Président Jean Bertrand Aristide, Fanmi Lavalas et du « Mouvement Patriotique de l’Opposition Démocratique » (MOPOD), qui regroupait les principaux partis de l’opposition : OPL, INITE, RDNP, PLH, PROP, Ayisyen pou Ayiti, KID, Ansanm Nou Fo n’avaient pas participé à ces évènements politiques. Il en était de même des responsables d’organisations de la Société Civile. Toutefois l’OPL et le KID membres du MOPOD, étaient présents à ces assises. Ref CEP Pierre Louis Opont 26 décembre 2015.

Depuis 2006, c’est seulement au 29 janvier 2017 que 31.056 candidats ont participé aux élections locales de toute sorte : Délégués de ville, Asec et Casec concourraient pour un ensemble de postes : 568 Cartels d’ASEC, 570 Cartels de CASEC, et 139 Délégués de ville. Un nombre de 5.536 candidats fut élu. dans les collectivités territoriales suite au scrutin du 29 janvier 2017. Ref Haïti, chronique d’une crise électorale (140) Élections des Collectivités Territoriales, fin du processus électoral Catherine Charlemagne 1/02’2017.

2-Les faits
D’après l’article 35 de la loi portant formation, fonctionnement et financement des Partis politiques publié le 16 janvier 2014, les procédures et modalités du financement définies par la présente loi ne concernent que les dépenses de fonctionnement régulier des partis politiques. Les articles 36,37 définissent le montant du budget et les allocations allouées aux partis politiques en fonction du nombre des candidats élus aux dernières élections. 57 sur 107 partis politiques ayant pris part aux élections entre 2014 et 2016, sont éligibles et se partagent un financement public allant jusqu’à 572 millions de gourdes pour l’exercice fiscale 2017-2018.




3-Notre décryptage du financement des partis politiques
Puisque la majorité des élus avait été sélectionnée à partir d’une initiative suspecte et partisane née de l’accord de El Rancho du parti au pouvoir,visant à créer à 90% des partis politiques bidons satellites sans représentativité politique réelle ,il en résulte que l’acte légal de financement des partis politiques a basculé dans un projet de suivi politique caractéristique des tours politiques dont seul le président défunt a le secret.. Il est considéré comme une arnaque politique pour canaliser la plus grande part du fond vers le parti présidentiel et alliés afin de conforter la position de ces derniers dans la consolidation de ce même parti dans toutes les élections à venir.

Il n’a pas échappé à personne que ce fond de subvention a été conçu pour financer deux types de partis politiques : les pro PHTK aujourd’hui favorisés politiquement et financièrement sur les budgets 17/18 respectifs de l’exécutif et du parlement avec les avantages colossaux données aux élus majoritaires et les partis « laloziens » dont l’OPL VERITE et la FUSION toujours enclins à tangenter la courbe du pouvoir. Fanmi lavalas et Pitit Dessalines majoritaires aux dernières élections ont ouvertement déclaré qu’ils déclineront ce cadeau politique empoisonné Ref Le nouvelliste 182270 « Le sénateur Antonio Chéramy et le député Jerry Tardieu tournent le dos à VERITE »

Pour mémoire il est significatif de rappeler aussi que si le pouvoir avait en vue de favoriser le renforcement des partis politiques , le meilleur signal qu’il eut pu envoyer aux partis politiques serait d’accéder à la demande du CEP de publier les résultats des élections indirectes .L’exécutif et le législatif ont préféré geler ce processus parce qu’ils sont contre la décentralisation politique du pays. Ces élections indirectes sont l’expression même de la volonté manifeste de voler au secours des partis politiques puisque le développement économique des collectivités est lié à l’éducation politique des citoyens de ces entités géographiques.

4-Conclusion
Avec ce fond de financement des partis politiques , les dirigeants haïtiens ont confirmé l’expression à la mode du président Trump à savoir que Haiti est un pays de merde et que nos élites ne sont pas capables d’offrir à la population des conditions politiques et économiques plus décentes de vie. Ce financement est in fine un type d’arnaque entre les pouvoirs exécutif et parlementaire pour utiliser les fonds publics pour faire main mise sur les élections dans les années à venir et conserver le dit pouvoir.




Avec ce financement Haiti est en train d’expérimenter la mise en œuvre d’un parti unique d’état financé par les fonds publics. C’est la plus macabre des supercheries politiques jamais enregistrées dans l’histoire de la constitution des partis uniques de ce pays sous couvert de renforcement d’un processus vicié d’institutionnalisation des partis politiques. Au lieu de renforcer les partis politiques ce financement en apparence légal n’est pas un cadeau mais il est suspect et empoisonné. Il vise plutôt à les affaiblir puisque déjà on assiste à un retrait de quelques acteurs politiques de leurs partis parce que n’ayant pas besoin de cette pitance pour passer une mauvaise étape de la vie économique. « Mounn ki grangou pa ka fè politik ».

michelwilliam1000@hotmail.com
24 janvier 2018

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