214 ans après : Sommes-nous indépendants?

Que penser de la fête de l`indépendance d’Haïti !

par Kerlens Tilus

Jeudi 4 janvier 2018 ((rezonodwes.com))– Grand observateur sur les réseaux sociaux et de la politique haïtienne, hier, 1er Janvier 2018, an 214ème de l’indépendance, j’ai scruté les pages Facebook, Twitter et WhatsApp de plus de 200 personnalités politiques et personnes qui ont pignon sur rue en Haïti ; pas même un seul n`a eu la décence de dire à leurs compatriotes : Bonne fête de l’indépendance.




Même ceux qui sont en campagne pour devenir président de la république ont raté cette occasion pour montrer un zest de patriotisme. Une fois l’observation faite, je me suis plongé dans une longue réflexion et je me suis demandé si ces politiciens dans leur quête et jouissance de pouvoir croient qu’Haïti est réellement indépendant. Je me suis aussi demandé si les conditions n’étaient pas réunies pour faire une nouvelle indépendance. J’ai récemment écrit un texte sur les 214 ans d’indépendance d’Haïti pour le magazine Reflets d’Haïti où j’ai posé la question : Après 214 ans d’indépendance, peut-on regarder les Blancs dans les yeux ?

Aujourd’hui, je veux prendre mon temps pour demander si les Haïtiens peuvent se regarder l’un et l’autre dans les yeux et se dire : sommes-nous indépendants. Je vais parler un peu du symbolisme du 1804 et donner mon point de vue sur la façon dont cette fête d’indépendance devrait être commémorée dans un pays appauvri comme Haïti où les gens tirent le diable par la queue. Pour ma première sortie en cette année 2018, je veux soumettre à mon public cible qui sont les jeunes, un article qui les poussera à méditer et à réfléchir sur leur condition d’existence et le futur de notre patrie commune, Haïti.

Quelqu’un eut à dire qu’un peuple qui nie ou oublie son passé est condamné à le revivre. Les Haïtiens vivent une situation d’esclavage depuis la mort de l’empereur Jean Jacques Dessalines. Le 1er Janvier est un jour qui devrait entrer dans la mémoire collective comme une journée de réjouissance et de solidarité. Depuis des lustres, les autorités haïtiennes s’astreignent à se rendre aux Gonaïves, organiser une cérémonie où des politiciens paradent et le chef de l’Etat délivre un discours « jako repèt ». Dans un pays où l’instruction civique et morale n’est plus enseignée, comment peut-on espérer que les jeunes puissent émuler de bons comportements et faire preuve de patriotisme ?




Les politiciens haïtiens prennent tous les Haïtiens inclusivement pour des imbéciles et des canards sauvages non doués de raison. Les politiciens qui sont en position de pouvoir qui négocient avec les Blancs et constituent des hommes de paille pour les classes possédantes et dominantes, et pour l’international savent que nous ne sommes pas indépendants et que nous sommes de facto des esclaves. Les politiciens ne sont pas à eux seuls les seuls responsables de cette amnésie ou ce mépris de la commémoration de l’indépendance. La presse nationale et la société civile sont responsables au plus haut niveau.

D’ailleurs, ils devraient être les premiers groupes en dehors de l’Etat à faire la promotion des valeurs patriotiques comme la liberté, l’égalité, la fraternité, la solidarité et l’entraide. Nous savons que la presse nationale et la société civile sont réduites à une peau de chagrin. En cette année 2018, le grand défi est de trouver des solutions alternatives et palliatives pour résoudre ce problème d’amorphisme.

En tant que détenteur de la citoyenneté américaine, j’ai appris à connaitre la vision commune partagée par les fondateurs de ce pays d’adoption et les idéaux constitutifs de la nation étasunienne. Le président John Fitzgerald Kennedy eut à dire : « ne pense pas à ce que le pays peut faire pour toi, mais pense à ce que tu dois faire pour le pays. » Plus près de nous en Haïti, le citoyen Henri M. Dorleans a soutenu la thèse que si nous nous changeons nous-mêmes, nous pouvons changer notre pays.

Dans un livre bien articulé et excellent, il a étayé sa thèse et a donné la marche à suivre pour arriver au changement de soi et le changement collectif. Quand on parle de 1804, que devrons-nous retenir ? La première leçon que tout Haïtien devrait retenir de la geste de 1804 est le courage, la volonté et la détermination de nos ancêtres. La deuxième leçon est celle de la solidarité. Malgré que cette solidarité entre les noirs et les mulâtres s’est révélée être une solidarité éphémère, mais ils ont su à un moment décisif se mettre au-dessus de tous les clivages, de toute mesquinerie pour trouver le juste milieu et l’entente nécessaire, et rendre possible l’indépendance.




La troisième leçon qu’on devrait tirer est que les ancêtres n’ont pas seulement libéré les noirs de Saint-Domingue, mais ils ont envoyé une onde de choc dans le monde entier pour dire non à l’esclavage. Je constate depuis des années qu’il y a des intellectuels haïtiens qui veulent rendre responsables les pères fondateurs dont Dessalines des conditions exécrables dans lesquelles vivent le pays et les Haïtiens arguant que ces derniers n’ont pas su fonder l’état-nation. Nous devons faire attention à ces agents destructeurs et leur rappeler que rien ne vaut cette liberté que nos ancêtres ont acquise du prix de leur sang.

Critiquer Jean Jacques Dessalines et le rendre responsable du mauvais sort des Haïtiens c’est méconnaitre l’histoire et c’est faire preuve d’ingratitude. Frantz Fanon eut à dire que « Chaque génération doit dans une relative opacité découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ». Jean Jacques Dessalines et les héros de l’indépendance ont accompli leur mission. On doit placer les torts là où ils sont. Ceux qui sont responsables de l’assassinat de l’Empereur Jean Jacques Dessalines sont ceux-là qui méritent d’être vilipendés et d’être accusés de malfaiteurs. Cette tendance de diaboliser l’empereur Dessalines dans l’histoire nationale n’est pas nouvelle et cette tendance est supportée par les néo-esclavagistes.

Quand un intellectuel haïtien agit comme caisse de résonnance pour donner écho à telle propagande, il se place dans une position de disgrâce et mérite d’être réprimandé. Nous ne pouvons pas faire le jeu de nos bourreaux. L’indépendance haïtienne de 1804 a fait son chemin, malgré que les grands penseurs de la fin du 18eme siècle et du début du 19eme siècle aient fait de leur mieux pour étouffer cette révolution réussie. Nous ne devons pas avoir peur ni avoir honte de ce que nos ancêtres ont accompli. Nous devons être fiers de scander qu’Haïti est la mère de la liberté dans le monde. Nous avons ouvert nos frontières à toutes les races, toutes les classes d’hommes sans exception, et même nos bourreaux sont reçus en grande pompe. Notre hospitalité comme peuple est inégalable dans le monde entier.

Chaque citoyen haïtien, chaque jeune devrait se constituer en porte-étendard pour lever haut le flambeau de l’indépendance et de la dignité humaine que nos ancêtres nous ont légué. Notre génération paye le prix de la haine, de la division, de l’égoïsme et de l’égocentrisme qui nous animent tous. En cette nouvelle année, nous devons faire le serment de vivre libres et batailler pour non seulement de tenir haut le flambeau de liberté et créer les conditions nécessaires pour sortir notre pays de l’ornière du marasme. Nous avons notre tradition à nous que nous continuons d’observer, malgré les tentatives des thuriféraires d’étouffer le flambeau de la liberté et de la dignité. Nous dégustons notre soupe au giraumont.

L’Etat haïtien devrait prendre tout le mois consacrer la mi-Décembre et tout le mois de Janvier pour commémorer la fête de l’indépendance nationale. Le premier Janvier l’Etat haïtien devrait s’assurer que chaque citoyen puisse dégouter la soupe au giraumont chez soi. Des cantines populaires devraient être érigées durant un ou deux jours pour servir ce plat national à tout un chacun. Des prix littéraires, des prix d’histoire, des concours de chants, des concours de danses devraient être organisés autour de la geste de 1804 pour encourager les jeunes à célébrer non seulement les héros de l’indépendance, mais d’utiliser leur imagination, leur esprit inventif pour créer, innover, corriger le présent et mettre le cap sur un futur santibonique. Malheureusement que nous n’avons pas de dirigeants à la dimension de nos héros de l’indépendance. Le dirigeant haïtien et je peux même dire que l’Haïtien en général a cessé d’être « moun ». Nous devons retrouver notre « mounité ». Nous devons visiter la philosophie mounale brillament énoncée par notre compatriote Henock Francklyn.

Nous démarrons l’année avec un esprit positif et une attitude combative. Nous savons que cette année se repose sur le sceau du succès, de la positivité et du progrès. Une année axée sur le développement intérieur, spirituel et individuel est une année qui doit essentiellement être grandiose. Nous nous mettons au service du créateur, de notre patrie, de la jeunesse de notre pays, de notre communauté, et de l’humanité. Nous débutons cette année sur le sceau du renouveau et du réveil spirituel. Que nos ennemis deviennent notre marchepied afin que nous puissions marcher la tête haute de victoire en victoire et reproduire chaque jour la geste de 1804. Cette année, nous nous concentrerons sur le développement spirituel et la transformation profonde de la jeunesse haïtienne. Nous croyons en cette force somnolente qui sommeille au tréfonds de cette jeunesse vilipendée. Avec Dieu, nous ferons des exploits. Bonne et productive année. Bonne fête d’indépendance à tous les Haïtiens de partout à travers le monde. Je termine sur une note très positive en partageant un petit texte de notre compatriote Jean Poincy :

« En pleine déchéance institutionnelle, Ayiti s’enlise davantage dans la misère. La pauvreté fait tâche d’huile sur la mosaïque sociale, l’incertitude et l’inquiétude concrétisent l’injustice sociale. Nos instituions sont absentes, opaques ou muettes!!! Perdant tout espoir, nos citoyens se déresponsabilisent et démissionnent, mais en profitent quand même pour se tirer d’affaires soit en pillant les trésors publics, restant amorphes ou quittant le pays. De sa faible lueur, le feu de l’espoir allumé en 1804 pour une société juste et équitable où il serait bon d’y vivre doit être revivifié par nos institutions qui ne sont pas malades comme nous nous plaisons à le dire. Cela n’est possible que par le traitement des organisations devant rendre effectives nos institutions.

Que nous, citoyens Ayitiens composant les organisations y relatives, en prenions conscience et acceptions de contrôler notre nature humaine, donc nos fortes pulsions égoïstes et rationnelles. Soyons assez clairvoyants cette nouvelle année pour finalement insuffler le renouveau à nos institutions formelles et informelles dont la fonction est de modeler le comportement des uns et des autres par le biais des récompenses et sanctions, de réduire les incertitudes et de permettre d’espérer par la garantie d’opportunités égales pour tous. Ce faisant, Ayiti cessera d’être le berceau de la misère, de la médiocrité et de la laideur. Nous y trouverons tout ce que nous cherchions et qui garde encore éveillé en nous le mauvais de notre nature humaine.
Sincèrement,
Jean Poincy »

Que nous puissions chaque jour ressasser la geste de 1804, que nous puissions nous assumer comme citoyens soldats pour vivre journellement les valeurs positives de l’amour filial, l’amour agape, la liberté, l’égalité, la fraternité, l’entraide et la solidarité. Les héros de l’indépendance ont accompli leur devoir envers la nation haïtienne ; il revient à nous aujourd’hui de trouver la voie de la solidarité et de mettre à profit nos ressources pour relever les grands défis auxquels nous sommes confrontés. Je ne crois pas aux vœux pieux ; mais je crois que chaque Haïtien est appelé à se transcender pour rendre possible le changement intérieur et changer Haïti comme l’indique bien le compatriote Henri Marge Dorléans dans son livre phare : « Change toi toi-même et change ton pays. » Que les jeunes s’arment de courage pour rendre possible une nouvelle indépendance et faire éclater la gloire du grand architecte de l’univers sur la terre d’Haïti, et la faire rayonner dans le monde entier.

Kerlens Tilus 01/02/2018

Futurologue/ Templier de Dieu

Snel76_2000@yahoo.com

Tel : 631-639-0844

3 pensées sur “214 ans après : Sommes-nous indépendants?

  • 4 janvier 2018 à 12:25
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    Nous ne le fûmes déjà plus, à partir du moment où on accepta de payer cette dette de l’Indépendance. En général, c’est le contraire qui se fait. Cette décision continue, d’ailleurs, de nous diviser. Et, si vous ne croyez pas, demandez à Kplim qui eût à dire que la France ne devait pas un sou à Haïti. Bon, on ne sait pas si celui-ci le pense encore aujourd’hui. Parce que, cette déclaration, il la faisait lorsqu’il avait voulu être nommé premier ministre!

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  • 4 janvier 2018 à 3:47
    Permalink

    Wi e Non!

    Wi, paske lemond antye temwen istorikman ak entènasyonalman, Ayisyen te fè yon revolisyon anti esklavajis, anti kolonyalis ak anti rasis e nou te rive rache ENDEPANDANS AK EMANSIPASYON NOU SAN EKIVÒK ZAM ALA MEN! To ou ta, tout peyi te rive rekonèt ENDEPANDANS AYITI. Fòk nou di tou se te yon ZAK LACHTE GRAV de la pa Lafrans lè li te chwazi moman fèblès Ayiti pou li te vin fè brakaj kont nou pou nou te peye swadizan “dèt” lendepandans la. SA SE TE YON MOMAN LAWONT ISTORIK POU TOUT LAFRANS POU LI VIN AJI AN BOUWO KONT AYITI ALEPÒK. E JOUK JOUNEN JODI A, LAFRANS AP POTE MAK LAWONT LA POU ZAK LACHTE SA A LI TE VIN KOMÈT KONT AYITI A. Se ala suit de agresyon sa a kont Ayiti, Lafrans ak Lèzetazini te finalman rekonèt ENDEPANDANS Ayiti. ENDEPANDANS Ayiti rekoni nan dwa entènasyonal. POU LISTWA, LAFRANS DWE NOU LAJAN SA A YO TE VIN FÈ BRAKAJ LACH SOU AYITI POU VIN VÒLÒ A.

    Non, paske pandan dènye mwatye 19èm syèk la e sitou depi debi 20èm syèk la, fòs militè etranjè vin enplike dirèkteman ann Ayiti. Etazini vin anvayi peyi a 28 Jiyè 1915 nan yon agresyon enperyalis pou te vin enpoze yon lokipasyon ki dire 19 van jiska 1934. E depi 1934, yo enpoze yon dominasyon enperyalis sou Pèp Ayisyen an ki la toujou jounen Jodi a. Dominasyon enperyalis la chita sou konplisite klas dominan reyaksyonè anti nasyonal ak anti pèp la epi konfyolo politisyen abolotcho yo. Se sa ki esplike yo gen kontwòl total tout enstitisyon nan peyi a, enkli enstitisyon ki sipoze reprezante souverènte nasyonal la tèlke KEP a. Yo gen kontwòl tout sa. Yo pèmèt tout bagay sila yo fonksyone ak fòs koripsyon lajan nan tout selil yo, tout venn yo.

    Ositou, nap viv yon ENDEPANDANS NON SOUVREN. Ekzòtasyon patriyotik ou soulve yo tankou “libète, egalite, fratènite, solidarite, ak antrèd” gen plas yo kanmenm. Moman an mande yon depasman de swa, yon transandans menm de valè kap elve nou pi wo. Fòk gen yon transfòmasyon psikolojik ak ideyolojik lakay Pèp la ki montre yon sèten nivo pasyon ak antouzyasm pou chanje sitiyasyon an. Sepandan, jounen jodi a, nou dwe mande tèt nou ki klas sosyal nan peyi d Ayiti ki gen plis potansyèl pou dirije batay pou mennen nou a SOUVERÈNTE NASYONAL NAP CHACHE A? Sètènman, potomitan batay sa a dwe mas popilè yo. Men direksyon batay sa a potansyèlman nan men Klas Ouvriyè a, klas ki potansyèlman pi revolisyonè nan sosyete a. Toutfwa, mas popilè yo se atizan chanjman yo vle a e klas ouvriyè a se atizan pwòp emansipasyon li. SE LA POU NOU RIVE.

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    • 6 janvier 2018 à 3:12
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      Monsieur en tant que français je suis d’accord avec vous
      La France devrait rembourser l’argent qu’elle a exigé d’Haïti à l’époque ou du moins aider haïti pour cette somme en construisant des routes en électrification le pays bref en construisant toutes les infrastructures nécessaires à concurrence de la somme qu’elle a jadis volée à haïti
      Mais il ne faut pas que cette somme soit donnée en argent à Haïti car elle irait dans la poche de quelques uns et ne profiterait pas au pays et au peuple !

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