Le poids de la corruption dans le sous-développement d’Haïti!

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par Francklyn B Geffrard

Jeudi 28 septembre 2017 ((rezonodwes.com))– Parler de la corruption dans les difficultés de développement de la République d’Haiti, c’est de la comparer à d’autres pays qui ont contre vents et marrées, réussi à apporter une certaine réponse dans leur appareil d’État respectif.

La République Dominicaine qui depuis un certain temps, fait de sérieux progrès en matière de lutte contre la corruption. En effet, au terme d’une longue investigation, Oderbrecht a reconnu officiellement le 22 Décembre 2016 avoir versé 800 millions de dollars de pots de vins pour obtenir de gros contrats d’infrastructures dans 12 pays, y compris la République Dominicaine.




Cette investigation sur la corruption d’Oderbrecht en République Dominicaine a été conduite pour examiner les 92 millions de dollars que la compagnie admet avoir versé à des intermédiaires et des représentants dominicains en échange de contrats en 2001 à 2014 (Les Amis de la terre). C’est dans le cadre de cette affaire que de nombreuses personnalités dominicaines dont le ministre du commerce Themistocles Montas, Radhames Segura, Cesar Sanchez, Gonzalez Rudy, l’ex ministre des travaux publics, Victor Diaz Rua, le président du Parti Révolutionnaire Moderne, Andres Bautista, Maximo de Oleo et l’homme d’affaires Angel Rondon (Listin Diario).

Au Brésil on en a fait mieux. On a destitué un président en fonction, Dilma Rousseff non pas parce qu’elle était directement impliquée dans le scandale de corruption du Petrobas. Elle a été jugée en partie responsable du scandale. Le procureur estimait qu’elle ne pourrait ignorer cette affaire puisqu’elle était ministre de l’énergie et présidente du conseil d’administration de Petrobas au moment des faits.

Dans le cadre de cette même affaire, on a jugé et condamné un ancien président, Lula Da Sylva, pourtant toujours très populaire. Entre 2003 et 2011, celui-ci a fait sortir près de 40 millions de ses compatriotes de la pauvreté extrême et de la faim pour accéder à la classe moyenne (Journal l’Express du 26 Juin 2012). La justice n’a pas été clémente avec Lula Da Sylva malgré sa bonne performance en matière de lutte contre la pauvreté et de réduction des inégalités sociales. En fait, les progrès sociaux et économiques réalisés sous l’administration de Lula sont indéniables.

L’actuel président brésilien, Michel Temer qui a remplacé, Dilma Rousseff évincée du pouvoir en Août 2016, pour implication dans la corruption, fait face lui aussi à de graves accusations de corruption. En fait, Mr. Temer déjà au centre d’un vaste scandale de corruption, fait aujourd’hui l’objet de nouvelles charges. Il est accusé, le 14 Septembre 2017 par le parquet de faire obstruction à la justice et de participation à une organisation criminelle. Le procureur (commissaire du gouvernement) a présenté une demande de mise en examen de Michel Temer et de six de ses proches collaborateurs, affirmant que le président jouait le rôle de leader de l’organisation en question.




En Haïti tout se passe autrement. On connaît les corrompus et les corrupteurs, mais on les couronne. On en a fait des « rois. » Ils sont aux timons des affaires. Ils continuent de jouir paisiblement de l’impunité. Ils sont les plus arrogants, car ils ne sont jamais inquiétés.

Les organisations de la société civile et les forces morales se taisent. Un corrompu invétéré remplace un autre, cela ne dérange personne. Et c’est l’une des causes des malheurs d’Haïti- lesquelles sont à la base du sous-développement du pays. Tout est lié à un déficit de bonne gouvernance qui empêche les gouvernements de réaliser de bonnes performances en matière de gestion des finances publiques.

Assurer la bonne gouvernance, c’est-à-dire promouvoir la transparence dans l’action publique, la lutte contre la corruption, le libre fonctionnement des marchés, la démocratie et l’Etat de droit, demeure l’un des défis majeurs à relever en Haïti. Malheureusement, trop souvent, les dirigeants confondent le pays avec une société secrète où tout se fait dans l’opacité sans qu’on ait à en rendre compte.

La corruption demeure l’un des plus grands défis à relever en Haïti. Ce phénomène qui affecte tous les secteurs de la vie nationale, est une spirale difficile à casser. Tout comme l’impunité, la corruption a pris des proportions alarmantes en Haïti. Elle devient un système institutionnel. Et l’Etat, dans son état actuel, semble être impuissant pour combattre la corruption. En réalité, on ne peut pas combattre la corruption quand on est soi-même soupçonné de corruption. Il faut avoir les mains propres.

La bonne gouvernance, autrement dit, la gouvernance démocratique implique que les institutions jouent effectivement leurs rôles dans la transparence. Ce n’est pas un homme ou une femme qui se croit doté de pouvoir divin et qui croit tout savoir, exerçant tous les pouvoir et assumant toutes les fonctions de l’Etat. Un tel comportement est contraire aux principes de bonne gouvernance et de démocratie. Une gestion transparente est d’autant plus importante qu’elle mette les dirigeants à l’abri de tout soupçon de corruption. Dénoncer la corruption de manière laconique alors qu’on a la responsabilité de l’attaquer, n’est pas une option et ne suffit pas. C’est un acte de lâcheté. Dans certains cas, cela peut être assimilé à de la complicité.

Il n’y a pas de bonne gouvernance sans un système judiciaire indépendant et libre de toute entrave politique. L’indépendance du pouvoir judiciaire constitue, en fait, l’un des principes fondamentaux sur lesquels se fonde l’Etat de droit. Cependant, on ne peut pas garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire avec un budget dérisoire, moins de 1% du budget national, alors qu’on accorde des sommes mirobolantes à d’autres secteurs dont on questionne l’utilité.

La bonne gouvernance requiert aussi l’intégrité et la responsabilité dans la gestion des finances publiques. Elle implique la mise en place de structures qui garantissent qu’un gouvernement rende compte de sa gestion financière. Tout cela relève de la bonne gouvernance qui, elle-même, est un attribut de la démocratie. Il ne suffit pas d’exercer la pression fiscale sur les citoyens pour obtenir beaucoup pas d’argent, il faut aussi être prêt à se soumettre à l’exercice de la reddition des comptes.

La corruption demeure un handicap majeur en Haïti qui sape le développement durable et l’Etat de droit. Elle constitue aussi un obstacle majeur à la croissance économique. Pire encore, elle renforce l’inégalité sociale. Le cas de grande corruption de Petrocaribe dont plus de deux (2) millards de dollars américains de recette ont été siphonnés au profit de quelques individus et au détriment des couches défavorisées, illustre bien cette réalité. En effet, la corruption systématique viole les droits fondamentaux des haïtiens, freine le développement durable du pays et accentue l’exclusion sociale. Elle diminue, en effet, l’accès à l’éducation, à la santé, au travail, au loisir etc. Autrement dit, la corruption freine tout effort qui consisterait à offrir un cadre de vie acceptable aux haïtiens.

C’est en vain que les populistes, les autocrates rétrogrades et, souvent, corrompus eux-mêmes, promettent de s’attaquer à la corruption. Au contraire, ils exacerbent le problème en s’octroyant beaucoup plus de privilèges. Dans certains cas, ils établissent un système parallèle à l’Etat régulier pour contourner le circuit administratif légal. Combien de nos dirigeants qui ont fait la déclaration de leurs patrimoines au moment de prendre fonction et après avoir été à la tête de l’Etat? Les organisations de la société civile font-elles pression pour que cela se fasse?




En 2016 Haïti était classée 159e sur 176 pays dans le rapport de Transparency International sur l’indice de perception de la corruption. Il est vrai qu’aucun pays ne soit exempt de la corruption, Haïti n’a jusqu’ici fait assez pour combattre la corruption. Elle n’a pas les caractéristiques qui feraient d’elle un pays engagé résolument dans la lutte contre la corruption. Pour être prêt à s’attaquer au fléau de la corruption, il faut un gouvernement transparent, une presse non inféodée au pouvoir politique et un système judiciaire vraiment indépendant. Si ces conditions minimales ne sont pas remplies, Haïti continuera à porter douloureusement le fardeau de la corruption pendant longtemps encore.

Francklyn B Geffrard

19 Septembre 2017

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