«Drame de l’Arcahaïe», réalité confuse ou scénario monté de toutes pièces? par cba

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La machination doublée d’arrogance, de menaces et d’intimidation, d’un panel de conférenciers, y compris le chef du Parquet de Port-au-Prince, mardi matin, est-elle de nature à amener l‘opinion publique à s’apitoyer sur un mauvais sort ?




par Claudy Briend Auguste

Port-au-Prince, mercredi 12 avril 2017 ((rezonodwes.com)).- Quand on a recours à des mots forts pour couvrir la voix des autres, cela ouvre la voie à des spéculations et à des hypothèses pour le moins plausibles, avec des questionnements éclairés en vue de trouver des éclaircissements sur une sombre histoire. Un communiqué de la présidence a fait état de l’attaque dont le cortège présidentiel a été l’objet, non loin de SaintThard (Arcahaie), le vendredi 7 avril dernier. Annoncée presque 48 heures après l’incident, la réaction du Palais national est jugée bizarre. La reconnaissance est à l’ordre du jour, puisque le président en est sorti indemne, ayant été protégé par son véhicule blindé. Les félicitations fusent de toutes parts. Les unités spécialisées de la Police nationale d’Haïti, en charge de la sécurité du chef de l’État, ont reçu en tout premier lieu leurs lauriers roses, pour leur promptitude et leur professionnalisme.

A l’exception du responsable du commissariat de Police de l’Arcahaïe qui a fait les frais de cette mésaventure, du coordonnateur général du Palais national au responsable du Service d’intelligence, tout le reste du personnel est maintenu en place. D’autant plus que, les informations disponibles n’ont pas fait état que «l’incident de l’Arcahaie » était, vendredi soir, au menu des discussions qui se déroulaient entre la présidence et le DG de la PNH convoqué à cet effet. Jovenel Moise serait-il le nouvel inscrit à l’école de Papa Doc, qui savait créer des effets spéciaux et des événements pour maîtriser une situation ?




Les thèmes évoquées par les experts en communication de la présidence disant que « les mots ne sont pas assez forts » pour rapporter cet incident, semble-t-il, ne refléteraient pas objectivement la tragédie, quand de multiples hypothèses sont déposées sur la table.

Pour comprendre les dispositifs de sécurité déployés lors du déplacement du chef d’État, à l’intérieur du pays, nous nous sommes amenés à interroger brièvement un ancien commissaire divisionnaire de police. Celui-ci, qui, parait-il, est bien imbu des différentes structures mises en branle pour accompagner le cortège présidentiel, dans une tournée intérieure quelconque, s’interroge sur l‘absence, semble-t-il, de patrouilles mobiles, des agents-éclaireurs susceptibles d’être déployées en pareille occasion. Pourquoi ces « éclaireurs» dont la mission essentielle consiste à prévenir le cortège contre toute obstruction de la circulation au passage du chef de l’État, n’avaient rien signalé auparavant ? Pourquoi le commissaire du sous-commissariat de l’Arcahaïe n’avait-il pas informé ses supérieurs hiérarchiques sur un probable ou éventuel dérapage dans la zone ? L’heure exacte à la quelle le cortège devait traverser la côte des Arcadins, pourquoi les agents de la force publique locale n’étaient-ils pas tenus informés ?

Partant de ces hypothèses, le silence de Lucien Jura, qui n’a pas convoqué la presse, le soir même de cet incident, et qui a attendu jusque dimanche matin pour faire sortir un communiqué laconique, un tel comportement n’est-il pas de nature à créer des doutes et soulever la méfiance des citoyens. M. Jura, si toutefois, il est maître de ses mots, a pesé fort sur l’accélérateur en évoquant le terme « terroriste » quand on connaît de nos jours la connotation péjorative de cette expression. Néanmoins, cet acte, tout bien considéré, pour reprendre la note de la présidence, est « barbare » et condamnable, nonobstant ses auteurs semblables à ceux qui ont conçu des stratagèmes dans l’éclatement des bombes artisanales à Pétion-Ville en décembre 1990; ou encore ceux-là qui ont provoqué une émeute de la fin pour déstabiliser le gouvernement de Jacques-Edouard Alexis; sans oublier l’incident « rafales de balles» dirigées devant la résidence de Préval, en 2010, pour justifier ces coups de filet jusqu’à penser mettre certains de ses opposants hors d’état de nuire.




Presqu’une dizaine d’arrestations ont été déjà opérées par la police, moins de 48 heures après le guet-apens tendu à Jovenel Moïse. Paradoxalement, en cette même période de temps, la présidence parle d’individus non identifiés. Sur quelle base d’investigation rapide ces individus ont-ils été identifiés jusqu’à ce qu’ils soient mis aux arrêts, alors que le communiqué du Palais national a précisé, dimanche, que ces actes « feront l’objet d’une investigation minutieuse et rigoureuse par les instances compétentes en vue de trouver leurs auteurs et de les déférer par devant les autorités judiciaires préposées à cet effet».

Les violons ne semblent pas s’accordent entre la présidence et le porte-parole de la police qui paraissait ouvert et décontracté lors de son point de presse alors que la présidence, avec une batterie de porte-paroles, officiellement 4 au total, se rechignent à se laisser questionner par la presse. Par contre, Gary Desrosiers, n` a pas confirmé que le cortège a également essuyé des tirs lors de cette attaque qualifiée d’ « embuscade» et d`actes terroristes par la présidence, comme l’a soulignée l’organe de presse en ligne Rezonodwes.com.

Si nous devrions comparer deux points relevés dans le communiqué de Lucien Jura, candidat malheureux aux législatives de l’Arcahaie, à quelques nuances près, il y a vice de forme. Comment peut-on parler d’« actes attentatoires à la vie du président» qui, en même temps, est « resté serein », tel qu’il a souligné dans son communiqué publié dimanche matin, presque 48 heures après le drame. Ce qui se passe au tour, revient autour sans pourtant chercher à appuyer, voire justifier ce que le Palais national qualifie d’ « ignominie », mais les autorités ont tort de parler de menace contre la paix publique quand c’est un décret illégal de morcellement d’ un territoire, pris depuis juillet 2015, qui en est à la base. Il est fort à parier que pour trouver, comme l’a si bien mentionné la présidence, une issue définitive à la crise de l’Arcahaie qui n’a que trop duré, il faudrait mater les rebelles, venir avec une loi de ballonnement de la presse et réduire au silence des organismes des droits humains.

D’une source généralement bien informée, l’Affaire de l’Arcahaie pose des doutes avec un jeu basé sur les demandes immédiates de l’Exécutif et des réponses du chef de la Police convoquée au Palais national, pour la réédition des vielles pratiques pour le plein contrôle et de la soumission des forces de police, du temps de Jean-Bertrand Aristide. Le développement de l’actualité viendrait confirmer que le Palais national sachant impossible, la reconstitution des Forces Armées d’Haiti (FAd’H), sans la bénédiction de Washington, cherche désormais à “militariser” la police haïtienne. D’ ailleurs, un secret qui a ébruité dans les milieux de l’institution policière, parlerait d’un imminent changement au sein du cabinet du DG Michel-Ange Gédéon. A la DCPJ où Jocelerme Privert a laissé ses empreintes, des changements seraient envisageables. Tout ceci aurait été dicté à Gédéon, au soir même de sa convocation au Palais national où aucun sujet sur l’incident de l’Arcahaie, n’aurait été approfondi, chose apparemment bizarre. La formation de la “Commission d’enquête” dont parlait Gary Desrosiers, n’aurait même pas été prise en compte par le Palais national, et la nation risque de ne jamais savoir si effectivement la vie du Chef de l’Etat était en danger, vendredi soir à l’Arcahaie.

A la gestion du quinquennat de l’administration Moise-Lafontant/PHTK et alliés, fait remarquer un observateur, qui opinait également sur “l’Affaire de l’Arcahaie” tout en étant très sceptique, il leur manque le contrôle de la police pour la chronique d’une dictature annoncée par ce régime. Pour enlever le velours de leurs mains de griffes, rien n’est encore possible à la nouvelle équipe, aux timons des affaires depuis plus de deux mois tant que le contrôle de la police judiciaire, le pénitencier national et la direction générale de la police échappent à leur surveillance. Les premiers éléments d’informations qui nous sont parvenues de source crédible, ont révélé qu’il y avait attroupement d’hommes bien avant l’arrivée du président sur les lieux et que le mouvement ne serait pas spontané.

Si effectivement, il y avait eu une “embuscade” contre le cortège présidentiel, toute l’équipe de la sécurité rapprochée du président, le chef du Service d’Intelligence, le Coordonnateur du Palais national devraient être renvoyés dans l’immédiat en même temps que le commissaire Gracieux Junior, pour les suites de l’enquête, a fait remarquer notre interlocuteur. Il a poursuivi que la mairie de l’Arcahaie ainsi que le délégué départemental de l’Ouest, devraient faire aussi l’objet d’enquête pour tirer au clair cet incident.

Autrement dit, l’incident de l’Ar cahaie n’a-t-il pas été créé par des dissidents experts en manipulation d’information qui sont avides de militariser la PNH , à défaut de reconstituer l’armée, à la veille du départ de la MINUSTHA, une force de laquelle nous héritons la maladie mortelle du choléra. N’a-t-on pas toujours besoin d’un abri pour justifier un besoin ?

cba

(texte extrait de la version originale publiée dans www.Haiti-Observateur.ca / Edition du 12 au 19 avril 2017)

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